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Billet de blog 13 sept. 2020

Patrimoine : la face cachée du Fort St Nicolas à Marseille.

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© Alain Castan

Lorsqu'on se trouve sur le Vieux-port de Marseille face à la mer on est frappé par la masse écrasante de ce fort qui domine la ville.

Peu nombreux sont celles et ceux qui ont eu l'occasion de le visiter. et pour cause, jusqu'en 2011, le fort, classé monument historique depuis 1969, était toujours propriété du ministère des armées. La municipalité en est aujourd'hui propriétaire, l'association d'insertion Alta Vista y mène un chantier de restauration du Haut-fort St Nicolas tandis que la partie basse est encore gérée par le « Groupement de Soutien de la Base de Défense de Marseille »*.

À l'occasion des prochaines journées du patrimoine, ce « patrimoine architectural » sera ouvert aux visiteurs, en visite libre .pour le Haut-fort, accueil par l'armée de terre dans la partie basse.

Autant dire qu'au cours des ces visites il y a fort peu de chances que soit mis en évidence ce qui a fait l'essentiel d'un tel ouvrage, symbole pendant des siècles et jusqu'à la deuxième moitié du 20ème siècle, de la répression d'état contre les révoltés, révolutionnaires, résistants, anticolonialistes..  et ce quels que soient les régimes : monarchies, républiques, empires, collaboration ou occupation des nazis.

Le Fort St Nicolas a été édifié de 1660 à 1664 par le chevalier de Clerville sur ordre de Louis XIV afin de mater l’esprit d’indépendance de la ville de Marseille. La « citadelle de Marseille » a essentiellement pour objectif de contrôler la ville. Rapidement d'ailleurs il est utilisé comme prison et à la Révolution la population commence à détruire pierre par pierre ce symbole du pouvoir central monarchique. Rapidement la Convention met le holà et dès le début du XIXe la prison reprend ses droits jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale..

Le 7 avril 1871, après l'écrasement de la Commune de Marseille par le général Espivent sous les ordres de Thiers, Gaston Crémieux, son dirigeant le plus connu est arrêté et interné au Fort St Nicolas, condamné à mort par le tribunal de guerre le 28 juin et fusillé, tout à côté, au Pharo, le 30 novembre sa grâce ayant été refusée.

En 1939 on y enferme celles et ceux qui sont suspectés de « défaitisme » Jean Giono, du 16 septembre au 11 novembre, accusé de diffusion d’écrits pacifistes mais également Louis Sarda instituteur vauclusien, dirigeant, jusqu’en 1936, du syndicat des instituteurs de la confédération générale du travail unitaire (CGTU), de sensibilité syndicaliste révolutionnaire (courant École émancipée). Mobilisé en septembre 1939, il est accusé d’avoir tenu dans son village d’Althen-des-Paluds (Vaucluse), lors d’une permission, des propos défaitistes et antigouvernementaux. Arrêté le 16 septembre, il est incarcéré au fort Saint-Nicolas. il est acquitté le 30 novembre 1939. C'est grâce à ses minutieux dessins que l'on une idée précise des cellules**.

Y ont également été détenus entre 1940 et 1942 : Jean Zay député socialiste et ancien ministre de l'Education nationale à la suite de sa condamnation pour «  désertion  » par le régime de Vichy, dans l'attente de sa déportation vers le bagne en Guyane, transféré dans la prison de Riom il est assassiné par la milice ; les députés communistes déportés vers l'Algérie, dont Jean Cristofol, futur maire de Marseille. De nombreux résistants y sont également incarcérés et jugés par le Gouvernement de Vichy.

Habib Bourguiba et Hédi Nouira, leaders nationalistes tunisiens, fondateurs du néo-destour, y furent également incarcérés entre 1940 et 42, ainsi que d'autres militants tunisiens anticolonialistes.

En 1942 le fort est occupé par l'armée allemande jusqu'à la libération de la ville

Il restera encore quelques temps le siège du bureau d'engagement de la légion étrangère et du tribunal des forces armées jusqu'en 1966. À ce titre y seront jugés nombre de déserteurs et insoumis y compris pendant la guerre d'Algérie.

*Le Fort St. Nicolas a été coupé en deux en 1860 par le percement du boulevard Charles Livon. Le Haut-fort porte le nom de l'amiral d'Entrecasteaux, célèbre pour être parti en 1791 à la recherche de l'expédition de La Pérouse dans le Pacifique. A cette occasion il a abordé les côtes de la Grande-Terre en Nouvelle-Calédonie. Auparavant il avait participé à l'expédition pour soumettre la Corse en 1769, puis été nommé gouverneur général des îles française de l'Océan indien. Quant à la partie basse, elle porte le nom d'un autre officier de marine, le vice-amiral Ganteaume, qui a participé à la Guerre d'indépendance des États-Unis, aux guerres de la Révolution et de l'Empire, il a conduit les troupes de l'expédition françaises contre St Domingue en 1802.

**  Voir la fiche qui lui est consacrée de l'historien Robert Menchérini sur le site Musée de la résistance en ligne

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