Les nouvelles du front (18 avril 2021)

Le front se serait-il déplacé de la lutte des classes à l’entente des chefs?

1. Donc ‘les gauches’ discutent ‘programme’. C’est-à-dire vont tenter, en vain bien entendu, de se mettre d’accord sur les fables qu’ils vont nous servir pour tenter de nous faire voter pour eux. Eux qui n’ont rien fait pour empêcher Macron de continuer pendant son règne la casse du service public, la pire répression des manifestations depuis la guerre d’Algérie, la gouvernance au service de la plus-value des capitalistes et contre le peuple, et j’en passe. Eux qui se sont arc-boutés depuis des années contre la préparation de la Grève Générale sur le mot d’ordre ‘Macron démission’ que seuls les gueux, les Gilets Jaunes ont osé prononcer dans nos rues. Elle n’aura pas lieu, certes, mais la coalition de ces petits chefs sans armée, sur un programme tiédasse et anti-communiste, constituerait un autre avatar de leur trahison perpétuelle. Tant que ce seront ces bandits de petits chemins qui se réuniront au sommet sur notre dos pour nous préparer une réédition des gouvernements Hollande, Jospin, Mitterrand et consorts, les représentants du MEDEF et de l’Europe à la botte de l’Empire américain n’auront pas de souci à se faire. Ce sont eux, ces ‘opposants’ aux petits pieds, qu’il faudrait dégager d’abord, pour faire place nette et permettre une mobilisation claire contre le pouvoir de la finance, des églises, des polices et des armées. De telles mobilisations se multiplient dans le monde, certes en tâtonnant, certes encore avec des brouettes d’illusions, mais combien de temps le peuple de 1789, le peuple de la Commune, le peuple du Conseil National de la Résistance, va-t-il continuer à se laisser berner, à laisser d’autres parler en son nom? États généraux!

 2. Quant au bon, au brillant Mélenchon et à ceux qui le soutiennent, qui eux aussi ont tout fait, par ‘discipline républicaine’ et fétichisme électoral, pour empêcher que ‘les luttes’ cristallisent sous la forme de la Grève Générale, leur entre-soi ronronnant les aveugle au point qu’ils se refusent, peut-être en raison de leur peur justifiée d’être incapables d’assumer leurs responsabilités historiques, à comprendre que la séquence catastrophique ‘La République c’est moi’ a constitué un événement indépassable qui a brisé en un instant des années de patient et remarquable travail politique et organisationnel pour faire éclater la main-mise des staliniens et des socio-démocrates sur le mouvement ouvrier. Ce naufrage a barré définitivement la route du pouvoir aux Insoumis. Certes, l’importance indue prise par ce faux pas résulte de la mise en épingle qu’a su en faire la coalition médiatique qui n’a pas laissé passer l’aubaine tandis qu’elle faisait vite passer sous le tapis bien d’autres bévues bien plus graves des représentants du capital, mais le fait est là, et nier les faits constitue le premier pas vers la défaite—un ‘premier pas’ dont les révolutionnaires illusionnaires sont depuis longtemps coutumiers. Que Mélenchon continue à nous livrer ses analyses, souvent pertinentes, ses livres, c’est parfait. Mais tant qu’il apparaîtra comme le chef de file de ce mouvement, celui-ci restera impuissant, aux portes du pouvoir. Lui aussi, quoi qu’il en coûte, il faudra le dégager. États généraux!

 3. Enfin il y a le mythe de ‘la pédagogie’. Mais je vois qu’il est déjà tard, et que j’ai déjà trop écrit. Nous y reviendrons demain.

 

 Alain Dubois

18 avril 2021

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