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Billet de blog 22 janv. 2022

Le boycott constituant, réponse démocratique à la crise politique de la 5e République

Les élections présidentelles d’avril 2022 ont pour fonction de légitimer à nouveau un régime autocratique qui se dresse contre les besoins des travailleurs et des jeunes. L’appel au boycott actif de ces élections, s’appuyant sur les mouvements sociaux en cours, a pour but de mettre fin à cette situation et de préparer les conditions de la mise en place d’une nouvelle Constituante démocratique.

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Depuis des années, et particulièrement depuis un an, les travailleurs, les démocrates, les jeunes envoient un message clair : ils ne veulent plus du régime politique actuel de la France, de ses institutions et de leurs représentants, qui sont au service des capitalistes et de la finance. Ce message, ils l’ont envoyé à travers les multiples grèves dans tous les secteurs et portant sur une diversité de revendications (code du travail, retraites, salaires, coût de la vie, santé, hôpital, enseignement, SNCF, grèves générales aux Antilles et en Polynésie), à travers le mouvement des Gilets Jaunes, à travers les manifestations contre la dégradation de l’environnement et du climat, contre la répression et le contrôle policier de la population, et à travers les abstentions croissantes lors de toutes les dernières élections (67,8 % lors des dernières régionales). Ce que tous ces mouvements expriment, c’est le rejet de la constitution anti-démocratique de la 5e République, issue du coup d’État de de Gaulle en 1958, qui fait du président de la République un monarque et retire, notamment à travers l’article 49-3, tout pouvoir réel au parlement.

Dans le cadre de cette République, les élections présidentielles jouent un rôle déterminant: tous les 5 ans, leur fonction est de renforcer la 5e République en crise, de donner à son chef suprême une légitimité, qui sera renforcée par les élections législatives qui désormais les suivent immédiatement. L’abstention croissante de ces dernières années traduit le fait que les masses, échaudées par les dernières expériences de gouvernements « de gauche » qui ont appliqué à de nombreux égards les mêmes politiques que les gouvernements de droite, n’attendent plus de ce système la solution à leurs problèmes économiques, sociaux, sanitaires, écologiques et sociétaux. Elles se retrouvent ainsi piégées dans un cul-de-sac, contraintes de « choisir » entre divers représentants de la bourgeoisie, impliquant même régulièrement d’authentiques candidats fascistes ‒ conséquence de la désillusion politique qui a suivi les expériences issues des élections de ces dernières années, notamment présidentielles.

La seule manière de sortir de tels pièges historiques est de refuser de jouer le jeu. C’est ce qu’ont bien compris les Kanaks de Nouvelle-Calédonie en s’organisant pour aboutir le 12 décembre 2021 à une participation réduite à 43,37 % des inscrits au référendum sur l’indépendance dont ils avaient demandé le report en raison de la pandémie du covid. Forts de ce résultat, ils ont annoncé qu’ils « ne reconnaissent pas la légitimité et la validité de ce scrutin qui leur a été confisqué ». Ce faisant, ils ont montré la voie aux travailleurs, démocrates et jeunes de France (Merci aux Kanaks). Un boycott conscient, actif et organisé de la « présidentielle pestilencielle » de 2022 permettrait de sortir de ce cul-de-sac et, sans être une fin en soi, de préparer le combat pour une Constituante, non pas organisée par le monarque, mais issue des revendications et mobilisations populaires.

Le boycott est un acte politique fort, actif et conscient, pas un signe de désintérêt ou de démission, bien au contraire. Il ne s’agit pas d’un geste de dépit, d’un pis-aller qui résulterait seulement du constat de la division des « partis de gauche ». Ces divisions traduisent à la fois des différences réelles d’orientation et des affrontements d’ambitions personnelles dans le cadre de la course à la présidence de la 5e République. Or nous sommes maintenant arrivés à un point de l’histoire de cette dernière et de sa décomposition où la question qui se pose n’est pas de la diriger, mais de la quitter et de la remplacer par un nouveau système politique démocratique, dont les contours devront être déterminés par la base populaire, par les jeunes, pas par des appareils politiques et syndicaux qui ont montré depuis longtemps qu’ils ne sont pas prêts à s’affronter au pouvoir politique, économique et médiatique de la 5e République.

Cette idée qui rompt avec la tradition a fait son chemin indépendamment depuis plus d’un an dans plusieurs groupes de militants et personnes d’origines et sensibilités diverses, ce qui a abouti le 6 octobre 2021à un premier appel à la préparation d’un tel « boycott constituant » (A bas la présidentielle!), présenté le 11 janvier 2022 lors d’une conférence de presse (Appel pour le boycott) dont Mediapart a rendu compte (Un boycott politique). Cet appel inhabituel soulève diverses questions, notamment concernant la place que l’extrême-droite a prise en France comme dans bien d’autres pays, qui méritent réponse (Questions sur le boycott). Il peut être signé en se connectant sur le site Boycott des présidentielles. Il fera l’objet d’une réunion en ligne des signataires le samedi 22 janvier à 10h30. Pour revevoir le lien permettant de participer à celle-ci, il suffit d’envoyer un message à boycottconstituant@protonmail.com.

Alain Dubois

21 janvier 2022

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