Pour l’interdiction de la publicité pour les voitures

Une pétition pour l’interdiction de toute forme de publicité dans tous les médias en faveur de marques et de modèles automobiles pourrait être un premier pas pour organiser le combat réel pour la « transition écologique », qui de toute manière ne pourrait être réalisée qu’en mettant à bas le capitalisme.

Si l’on met de côté les éternels « optimistes » de « gauche », écolos, socialos, « décroissants » et autres bisounours de la « société civile », nul ne croit plus que la « transition écologique » pourrait s’effectuer dans le cadre du capitalisme. La crise planétaire de l’environnement, dont le dérèglement climatique n’est qu’un aspect, et qui, combinée avec les crises économiques, sociales et politiques du capitalisme en cours d’exacerbation et avec leurs conséquences sanitaires et alimentaires, nous mène à grande vitesse vers l’implosion de la civilisation mondiale, ne pourrait (ou peut-être devrait-on déjà dire « n’aurait pu ») être ralentie (sans parler de la stopper et de revenir en arrière) qu’en mettant à bas le capitalisme, c’est-à-dire le système politico-social de la propriété privée des moyens de production et de la plus-value comme moteur de fonctionnement de l’économie. Le stalinisme, produit de l’encerclement de la jeune république d’URSS par les régimes capitalistes du monde entier, a réussi cet exploit, il faut dire avec l’aide efficace non seulement de la bourgeoisie mais aussi de la plupart des intellectuels occidentaux, de dégoûter durablement les exploités du monde entier de la perspective de la révolution sociale et politique en les entraînant dans des impasses et voies de traverse politiques de toutes sortes, et permettant au capitalisme mondial de survivre plus d’un siècle à la révolution d’octobre, un miracle inespéré pour les capitalistes eux-mêmes. Aujourd’hui, la confusion mentale et idéologique dominante est tellement profonde qu’à l’inverse le miracle serait effectivement une victoire mondiale de la révolution. L’affaire semble largement entendue : malgré les gesticulations des uns et des autres, l’effondrement de la civilisation relève aujourd’hui de la quasi-certitude.

 Est-ce à dire que l’on ne doit plus rien faire ? Comme on dit, il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, et d’ailleurs quoi faire d’autre en attendant la catastrophe ? Donc, si l’on a encore l’énergie de se battre, malgré la quasi-certitude de l’échec, il n’est pas totalement absurde de remettre pour la millième fois depuis un siècle l’ouvrage sur le métier et de tenter une fois de plus de construire les partis et l’internationale révolutionnaire ayant pour objectif la destruction du capitalisme. Au moins il y a là matière à s’occuper pour faire quelque chose qui a du sens, même si c’est un sens interdit…

 Et puis, ne pourrait-on envisager des mots d’ordre « de transition », dans le sens donné à ce terme par les révolutionnaires depuis longtemps ? Ces mots d’ordre ont pour fonction, non pas comme l’envisagent les réformistes niais de remporter des victoires partielles, qui agrégées mèneraient à un vrai changement de société, un rêve que des multitudes d’illusions perdues ont permis de fracasser, mais de permettre de discuter, de mobiliser, d’organiser, de construire l’organisation ou les organisations, l’outil politique sans lequel tous les mouvements révolutionnaires depuis un siècle ont abouti à l’échec.

 Alors, faisons mine de jouer le jeu, et de croire à la « transition écologique » sans toucher au capitalisme. Prenons la question du dérèglement climatique, sur lequel tous concentrent leur attention alors qu’il n’est qu’un élément d’une crise plus globale. Donc, il s’agit avant tout de réduire les émissions de gaz à effet de serre issus de la combustion de combustibles fossiles.

 Or, ne l’oublions pas, le point de départ du mouvement des gilets jaunes fut la « taxe carbone » et l’augmentation du coût des carburants pour les particuliers (mais pas pour les compagnies aériennes et autres bénéficiaires d’exonérations). Ces taxes sur les carburants pour les véhicules des particuliers étaient présentées par les gouvernements Macron et par les médias comme une des principales mesures, sinon la principale, susceptible d’agir en faveur de la transition écologique... Le tour de passe-passe est pourtant grossier ! Bien entendu, ce n’est pas en taxant les déplacements des particuliers qu’on fera cesser ceux-ci : ce serait en limitant la nécessité de ceux-ci, en favorisant les circuits courts et le développement de déplacements moins producteurs de gaz à effet de serre. La seule perspective un peu crédible en termes d’effets sur le climat serait de réduire considérablement (de 90 ou 95 %) les déplacements individuels sur de longues distances, donc le parc mondial d’automobiles, le nombre de kilomètres parcourus par ceux-ci, et la source d’énergie utilisée pour leur propulsion. Bien entendu, un tel programme ne pourrait que se heurter aux intérêts de deux domaines les plus puissants du capitalisme, l’industrie pétrolière et l’industrie automobile, que l’on peut désigner ensemble du terme de « lobby automobile ». Si l’on n’envisage pas de l’affronter, ce n’est pas la peine de parler même une minute de transition écologique.

 On a du mal à imaginer un mouvement social puissant se donnant aujourd’hui pour objectif immédiat la réduction du parc automobile tant que les modes alternatifs d’organisation de l’espace, de la production, des transports et des déplacements n’auront pas été mis en place. Mais il est un talon d’Achille du lobby automobile qui pourrait s’avérer un bon moyen d’engager le combat contre lui : c’est la publicité pour les marques et modèles de voitures dans tous les médias, mais avant tout la télévision. Il serait certainement éclairant de faire le décompte du temps consacré à de telles publicités et de son importance par rapport à l’ensemble des publicités mais aussi de l’ensemble des émissions. Comme si pour se déplacer pour aller au boulot ou en vacances on avait besoin de tous les gadgets qu'ils inventent sans cesse, comme si pour rouler en ville on avait besoin de 4x4, comme si pour rrouler sur des autoroutes limitées à 130 km/h on avait besoin de voitures qui montent à 200. Aucune marque automobile n’a montré ces dernières décennies qu’elle méritait notre respect : elles ont toutes trempé dans des scandales comme ceux des moteurs diesels (commencé chez Volkswagen mais depuis généralisé), elles ont toutes des dirigeants malhonnêtes et corrompus, même s’ils ne sont pas tous en prison au Japon.

 Comme je l’ai déjà suggéré ici, à l’heure des réseaux sociaux, une campagne pour une pétition en faveur de l’interdiction toute forme de publicité sur tous les médias pour des voitures pourrait certainement être organisée avec succès, et, même si elle n’aboutissait pas à son objectif annoncé, elle pourrait jouer un rôle dans la prise de conscience du problème par le plus grand nombre, et par un début de mobilisation et d’organisation contre un des aspects les plus visibles et les plus nuisibles de la société capitaliste du début du 21e siècle. Et discuter, se mobiliser, s’organiser, c’est le début de l’action concrète, par-delà les bavardages de bisounours, pour changer notre société mortifère. Le tout début d’une action qui devrait ensuite se développer dans bien d’autres directions. Il est même étonnant, à mon avis, que ce mot d’ordre ne soit jamais apparu sur les réseaux sociaux.

 

Alain Dubois

25 février 2019

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.