Réflexions ferroviaires

La plaisanterie qui consiste à dire que les conditions de sécurité sont les mêmes dans un train sans agent SNCF dans les wagons que dans un train avec est tellement grosse qu'on ne peut plus en rire. Et les "syndicats" qui l'ont rendue possible devront un jour en rendre compte au peuple, au même titre que les gouvernants.

France Info écrit:

"Guillaume Pepy, PDG de la SNCF, a estimé que la présence ou non d'un contrôleur à bord d'un train ne fait 'pas de différence de niveau de sécurité' et de citer les '6.000 trains qui circulent chaque jour avec un conducteur seul' en Île-de-France."

Et les médias relaient cette information et la "polémique" qu'elle déclenche!

Donc, si une femme enceinte accouche dans un train, si un passager a un AVC ou un infarctus, si des agressions ou des viols ont lieu dans un wagon, l'absence de TOUT AGENT DE LA SNCF dans le train ne fait aucune différence?

De qui se moque-t-on?

Et de qui se moquent les "syndicats", prompts à tenter de récupérer le mouvement spontané des cheminots contre ce mode de fonctionnement du rail, qui ont laissé s'installer celui-ci sans appeler dès le début à une grève générale illimitée jusqu'à son annulation?

Honte à eux, plus encore peut-être même qu'au gouvernement et à la direction de la SNCF qui au moins disent clairement leur but: pour eux les "contrôleurs" sont là seulement pour "contrôler", un point c'est tout, pas pour aider. Ils sont là pour vérifier que vous avez bien payé, et sont donc devenus désormais obsolètes "grâce aux" contrôles des billets sur le quai avant l'embarquement, tout comme les caissières de supermarchés et bien d'autres, avec la "numérisation" de notre société.  Le rêve parfait des capitalistes, remplacer les travailleurs par des robots, est en train de se réaliser.

Il fut un temps où l'on trouvait dans les wagons de trains toutes sortes d' "agents" (qui ne portaient pas encore ce nom infâmant, signifiant qu'ils sont "agis" et pas "acteurs"), depuis des "contrôleurs"" jusqu'à des cireurs de chaussures (voir le film "Europa" de Lars von Trier) en passant par des responsables des wagons-lits ou de la restauration. On pouvait leur demander des renseignements, ils étaient là pour aider.

C'était une autre époque, certes aussi une époque du capitalisme, mais pas le même, pas celui sanglant de notre crépuscule de la civilisation, cette époque où la gôche nourrie pendant des décennies aux mamelles du stalinisme, particulièrement en France, emploie volontiers la formule "du temps de la lutte des classes" - ce qui est aussi intelligent que "du temps de la pesanteur".

Le problème de la lutte des classes aujourd'hui, c'est qu'il s'agit d'une guerre dans laquelle les généraux des deux armées appartiennent au même camp, celui des exploiteurs sanguinaires.

Ah oui bien-sûr, une fois matée à son tour cette énième révolte spontanée des exploités, les "syndicats" vont "énergir protestement" lors d'une grève d'un jour non reconductible et d'un défilé "festif" dans les rues, permettant aux "ultras" de casser et donc de nourrir encore la crainte des fameuses "classes moyennes" - moyennes-moins, devrait-on dire.

Honte à eux et, comme ils ne changeront pas, vivement le Collapse, que toute cette société pourrie s'effondre et ouvre la voie à un autre système que le capitalisme, puisque les travailleurs ont été incapables en plus d'un  siècle d'abattre celui-ci!

Dès maintenant, c'est à cela qu'il faudrait se préparer, à l' "après", pour qu'il ne soit pas une ultime répétition grimaçante de l' "avant" Collapse où nous sommes encore pour quelque temps...

 

Alain Dubois

25 octobre 2019

 

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