Covid19 : vaccin de Pfizer / BioNTech, science ou communication ?

Pfizer et BioNTech communiquent sur un vaccin, les bourses montent en flèche, les politiciens font la fête. Les médecins des plateaux TV fanfaronnent. Mais qu'en est-il scientifiquement ? De quel(s) résultat(s) parle-t-on ?

MISE A JOUR : CNN rapporte que le PDG de Pfizer a vendu 5,6 million de dollar d'actions le jour du communiqué de presse. La céssion des actions  pour cette date était prévue depuis le 19 août. Le hasard fait bien les choses...

 

Le communiqué de presse de Pfizer du 9 novembre 2020.

 

Quel est donc ce vaccin BNT162b2 ?

J'ai décrit le détail de la stratégie vaccinale dans mon billet précédent (B1, étape 4).

Des vésicules contenant de l'ARNm codant pour la protéine Spike (de longueur totale et stabilisée) sont injectées pour forcer l'organisme à produire de la protéine Spike. Ainsi les personnes vaccinées développeront une réponse immunitaire dirigée contre Spike. Bloquer le fonctionnement de Spike empêchera le virus de pénétrer nos cellules et de s'y reproduire.

Ce que l'on sait de ce vaccin BNT162b2 sont les résultats publiés pour l'étude de phase 1 dans le NEJM. Le protocole est une première injection suivie d'une seconde 3 semaines plus tard. 7 jours plus tard, un pic d'anticorps contre Spike est observé.

Jusque là tout est normal car pour toute vaccination, on a un pic d'anticorps 3/4 semaines après immunisation. D'ailleurs, il en est de même après infection par le SARSCov2. Le pic d'anticorps est obtenu environ 20 jours après infection (publié dans Nature Microbiology). 60% des patients développent même des taux neutralisant avant de chuter (dès 30 jours après infection). 65 jours après infection seuls 16,7% des patients avaient encore un taux d'anticorps neutralisant !

Quel dommage que l'étude de phase 1 de Pfizer se soit arrêtée à 35 jours après la première injection. D'un autre côté, ça aurait été difficile de tester/vendre un vaccin pour lequel les taux d'anticorps neutralisant ont chuté à 60 ou 90 jours.

 

Quelles données ont été communiquées par Pfizer ?

Seulement un communiqué de presse. Pas d'article scientifique, même pas un preprint sur medarchivx. Pas terrible niveau scientifique...

Faisons avec ce communiqué puisque c'est tout ce qu'on a.

43538 personnes ont été enrôlées dans une étude de phase 3 à travers le monde d'âge et d'ethnies différents. Suivant la démarche de la phase 1, les personnes ont reçu au premier jour une injection d'une dose du vaccin (ou un placebo), suivie 3 semaines plus tard d'une seconde dose (ou un placebo). Au 8 novembre 2020 (jour de la publication du communiqué), 38955 personnes avaient reçu la deuxième dose.

Pfizer communique qu'une semaine après la seconde dose (donc à jour 28), le vaccin est efficace à 90% sur 94 patients infectés. Point. C'est tout. Évidemment pourquoi attendre d'avoir quelques centaines de patients pour faire des statistiques ? 94 sur potentiellement 43538...

Qu'est-ce que cela signifie ? que les Etats doivent foncer tête baissée dans l'achat de ce vaccin ?

Déjà que signifie efficacité de 90% ? Est-ce que cela signifie qu'il y a 9 fois plus de personnes injectées avec le placebo qui ont été infectées par le SARSCov2 comparé aux patients injectés avec le vaccin ? C'est-à-dire 85 personnes (placebo) versus 9 (vaccin) ?

Qu'en est-il de la gravité ? c'est 85/9 à symptômes équivalents ? ou bien il y a 85 avec symptômes légers versus 9 aux symptômes graves ou bien 85 graves et 9 légers ?  (dans ces cas, quels sont les critères utilisés pour évaluer la gravité ?)

Cette "efficacité" de 90% empêche-t-elle la contamination d'autrui ?

Et à long terme ? Ohlala que dis-je, déjà à moyen terme, qu'en est-il ? C'est bien beau d'observer à J28, c'est-à-dire au maximum des taux d'anticorps qu'il y a une protection mais ça devient quoi. Après tout, comme dit plus haut, après 65 jours après infection, seuls 16,7% des patients avaient encore un taux potentiellement suffisant d'anticorps neutralisant (c'est-à-dire que potentiellement l'immunité dure moins de 65 jours après infection pour 85% des patients) !

On peut même dire qu'au pic de la réponse immunitaire, une "efficacité" de 90%, c'est pas terrible.

Évidemment, si après 2/3/4 mois..., la protection est perdue ou fortement amoindrie, à quoi servirait se vaccin ? A se refaire piquer tous les 3 mois et se flinguer les reins ?

En fait, on s'en fout un peu. Une demande d'autorisation de mise sur le marché d'urgence va être déposée ces prochains jours.

Heureusement, les participants de cette étude seront suivis pendant 2 ans. Heureusement, Pfizer compte soumettre ses données (qu'on a donc pas encore vu) un jour pour publication.

 

Pourquoi est-il grave de communiquer ainsi ?

Pour y répondre, il faut se poser la question suivante : Qu'est-ce que la démarche scientifique ?

La science, ce n'est pas de publier (communiquer) des données (affirmations) dans des video youtube, des tweets ou des communiqués de presse qu'AFP/Reuters reprennent et que les journalistes relaient sans réflexion.

La science c'est se poser des questions et d'obtenir des données qui permettent de tirer des conclusions basées sur des expériences fiables. Suite à quoi, on écrit un manuscrit qui est envoyé à des experts qui travaillent sur la même problématique ou des problématiques proches. Ces experts pointent les forces et les faiblesses du manuscrit, ce qui conduit à de nouvelles expériences, obtention de nouvelles données pour compléter et renforcer le manuscrit initial.

Ainsi est publié un article scientifique auquel on peut se fier et auquel d'autres chercheurs pourront se référer. Cet article est communiqué (tweeté/youtubé...) au public et pourra servir aux experts et conseillers politiques dans leur prise de décision politique.

Dans le cas actuel, sommes-nous dans la recherche ?

Ou sommes-nous plutôt dans la communication qui permet à une entreprise privée qui selon les dires même du dirigeant a arrêté tous ses projets en cours pour tout miser sur un vaccin contre le SarsCov2 (1500 personnes qui arrêtent leurs projets pour se lancer dans la course au vaccin, cela signifie-t-il que ces 1500 personnes travaillaient sur des choses inintéressantes/inutiles?). Au fait son cours est passé de 33$ (13/12/2019) à 110$ hier.

Peut-on se baser sur 94 patients aux caractéristiques inconnues (sexe, âge,...) ? avec rien à moyen (ou long) terme pour passer des commandes de vaccin ? ou pour immédiatement à demander à le rendre obligatoire ?

Sauter sur le premier machin venu, ne saurait masquer l'absence de mesures/matériels, d'anticipation et de coordination de ces derniers mois en Europe (y a pas qu'en France que ça part dans tous les sens).

 

Bonus

Tout est basé sur une réponse immunitaire dirigée contre la protéine virale Spike. l'ARNm injecté code pour le Spike de la souche de janvier 2020. Si Spike mute, ce vaccin sera inefficace.

Mais attendez... il existe des variants du SARSCov2 (billet précédent) détecté chez l'homme où deux mutations sont observées dans les régions fonctionnelles de Spike !! Alors faut espérer ou agir pour que ces mutants ne se répandent pas. Dans le cas contraire...

 

Bonus 2 (problème logistique)

Le vaccin doit être conservé à -70°C (sûrement à cause de la conservation de l'ARNm de Spike). Cela sera-t-il possible dans des régions du monde "pauvres" comme en Amérique latine, Asie du Sud-Est ou en Afrique ?

 

Conclusions :

Données scientifiques : aucune

Communication : 100%, la bourse décolle, les ventes du vaccin également, ainsi que le moral des dépressifs du pseudo-confinement qui pensent à leurs courses de Noël.

 

NOTE : pour éviter éviter toute confusion. Je suis PRO-vaccin.

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