La mils, la miviludes, et moi... Suite à mon premier article sur cogito'z

La miviludes est la mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires... Elle nous protège donc collectivement des mouvements sectaires? Pas si simple...

Lorsque j'ai choisi de publier mon récit de mésaventures auprès de Cogito'z, j'avais précisé qu'il me faudrait un jour développer ce que j'ai également appris sur la miviludes... Ce récit ayant commencé à être lu, il me faut désormais faire ce complément. J'ai en effet lu parfois que si celle-ci n'a pas donné suite à mon signalement, c'est bien la preuve du peu de sérieux de mon propos. Je crois que cette conclusion, bien que légitime, ne peut qu'être émise par défaut de connaissance du sujet.

Je comprends cette reaction, qui précède à mon avis la compréhension de ce qu'est désormais la miviludes (mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), depuis 2002. Même si la transition a été douce, la seule époque ou la France a effectivement agit contre les sectes, c'était durant les années fin 1980, puis 1990... Car les événements du temple solaire et la sensibilisation populaire avait imposés d'agir. En particulier, les actes importants eurent lieu durant la période de 1998 jusqu'à 2002 avec la création de la mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS).

Celle ci a mobilisés des commissions parlementaires dans son sillage, avec une certaine productivité, s'attaquant aux financements, aux mécanismes d'emprise, etc. D'ailleurs, les commissions parlementaires ont continués après 2002, mais de façon de plus en plus discrète, si ce n'est désormais anecdotique. La MILS avait mises en évidence de très nombreuses dérives, partout ou elles peuvent exister... Avec fracas aussi, parfois, dans les mondes "spirituels", mais aussi dans le monde de la psychanalyse, ainsi que chez les catholiques et autres chrétiens (amenant même le pape a faire du tri dans les ordres reconnus, c'est dire! Ou y aillant tout au moins participé). Les rapports effectués alors par la MILS et les commissions parlementaires sont toujours consultables en téléchargement (les sectes et l'argent, qui est un rapport décisif, puis l'enfance volée, les mineurs victimes des sectes, aboutit en 2006, dernier acte important même si l'action y a déjà partiellement cédée la place à une simple volonté de description).

La miviludes ne fait maintenant qu'orienter voir appuyer une démarche individuelle judiciaire... Contrairement à l'objectif social et politique qui était celui de la MILS. Celle-ci avait pour but également d'enquêter (ce qui n'est plus le cas de la miviludes) et de faire politiquement barrage aux mouvements sectaires, quitte à attaquer la scientologie (ou d'autres) frontalement, comme personne morale. Cela permettait potentiellement d'interdire globalement "l'église de scientologie" et ses "associations caritatives"... Ce qui n'est plus désormais possible. Libération avait d'ailleurs noté cette abandon du gouvernement dans cet article, en avril 2015... Mais cette évolution trouve ses sources bien plus tôt, en particulier suite aux pressions du département d'état américain, au sujet de la scientologie, qui y est reconnue comme religion.

Il me semble qu'une explication par corrélation ferait de moi un conspirationniste, ce que j'éviterais avec une pirouette et un pas chassé... En disant que les avancées notables l'ayant précédées ne sont peut-être pas pour rien dans le muselage de la mils. Quel rapport avec notre affaire, me direz vous?... Aucun, j'en ai peur. Si ce n'est peut être que l'interdiction de cogito'z n'a pas de sens pour moi, si je devais être le seul exemple de dérive, évidemment. Toute dérive n'est pas la scientologie, heureusement pour nous toutes et tous. Par contre, une information claire sur la légitimité des facchins, dans l'exercice de leurs activités, m'est plus imaginable... Et c'est là la seule intention de mon premier article.

Le lien, aussi, reste qu'aujourd'hui la miviludes "oriente" vers une procédure pénale individuelle... Ce qui a donné lieu à diverses condamnations au fil du temps. On condamne désormais des responsables scientologues pour "escroquerie en bande organisée"... Donc encore une fois comme des individus isolés, ou comme un groupe circonscrit au sein d'une organisation, plutôt que comme membres d'une organisation toute entière criminelle. Parallèlement, l'état français est condamné par la cour européenne des droits de l'homme pour "violation de droit à la liberté de religion des Témoins de Jéhovah"... Juste incroyable.

La laïcité française repose sur deux principes corollaires, on interdit pas un dieu ou un culte, quels qu'ils soient, mais nul ne peux se soustraire à la loi. C'est à dire qu'on ne peut interdire aucun dieu, que qui que se soit se revendique chrétien, juif, musulman, hindou, ou dudeiste, c'est permis. Par contre, toute église, ou toute association de personnes, qui agît de façon contraire à l'intérêt général, définit comme tel par notre assemblée, en est responsable devant la loi.

Ces modalités peuvent s'étendre à une organisation toute entière, dont le fonctionnement serait globalement hors la loi, par l'action collective de ses membres (ou au moins de la majorité d'entre eux). Tout comme des organisations politiques violentes peuvent être interdites, un ordre religieux qui contrevient à la loi (par l'emprise psychologique, la coercition, ou autre), qui serait donc sectaire, doit pouvoir être interdit... ET ce même s'il est légitimé par Rome, par Jérusalem, par l'Arabie Saoudite, ou par la grande A'Tuin elle même (qui sait, elle, exactement ou elle va).

Cette évolution a remis en cause les fondements mêmes de la laïcité, ce qui a d'ailleurs potentiellement participé à rendre possibles les implantations salafistes, tout comme le "réveil" des intégrismes chrétiens, ici aussi. Alors, dans un cas comme le mien, on s'en fout un peu, socialement, ça ne parait pas bien grave, je vous l'accorde. Je n'ai jamais eu l'intention d'aller individuellement en justice, ni de demander compensation... Ce qui me met de fait actuellement hors des clous pour la miviludes. Celle ci ne sert plus à lutter contre des mouvements, mais à envoyer une victime vers une association (de victimes) pour obtenir éventuellement une réparation en justice... Ce qui occasionne au mieux la condamnation d'une infraction ponctuelle comme de l'acte isolé d'une personne indépendante... Assurant donc une forme de protection pour les mouvements susceptibles de dérives répétées.

Pour ma part, je suis athée, ce qui m'impose de ne considérer aucune loi divine comme supérieure à celle des hommes... Et lorsque les hommes renoncent à leurs lois, obtenues de haute lutte au fils des siècles, celà me dérange. La MILS était l'un des garants de la laïcité, une avancée suite aux multiples événements des décennies 1970 à 1990, dont nous nous sommes désormais collectivement privés. La condition indispensable à la liberté des cultes est la liberté de croire ou pas... Mais il est indispensable d'y ajouter la soumission de tous les cultes aux mêmes règles, définies par l'état et appliquées par la justice... Ce qui me paraît désormais au bas mot compromis !

Alban Clerjon

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.