alberic perrier
enseignant, théâtreux
Abonné·e de Mediapart

8 Billets

0 Édition

Billet de blog 15 avr. 2021

Insolence de la charge, être le faire valoir d’une autorité sans charisme.

J’ai été amené à siéger, au titre de mes responsabilités syndicales de représentant du personnel, à une commission départementale de réforme, statuant sur l’état de santé d’un agent.

alberic perrier
enseignant, théâtreux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Participer, au titre des représentants du personnel, à une commission départementale de réforme est une expérience toujours délicate. D’autant que d’un département à l’autre, d’un sujet à traiter à un autre, les interlocuteurs, le périmètre et les prises de parole peuvent se gérer différemment. Ce qui contribue à une certaine opacité de l’administration et de la procédure mise en place. L’ « insolence de la charge publique » est l’expression par laquelle Michaël Walzer dénonce cette forme de mépris entretenu par celles et ceux qui savent, qui ont des responsabilités et s’autorisent à exercer un certain pouvoir (en tout cas de décision sur le sort de leurs agents).

Ce qui est assez insupportable, c’est de s’entendre dire, par la présidente de la dite-commission, que ne pas connaître ce qu’est une commission départementale de réforme, ne pas savoir ce que vaut l’avis médical qu’elle prononcera, quelle procédure sera alors enclenchée, etc., relève de la responsabilité des usagers invités et non de l’administration elle-même. Il y a là une forme d’inversion de la charge, par laquelle l’administration se défausse alors que, dans un pur et simple souci de justice, ces informations minimales auraient pu être transmises aux intéressés (l’agent concerné, l’administration qui le représente ainsi que les représentants du personnel). C’est l’exigence de transparence que nos interlocuteurs ont, pour le coup, négligé.

Mais cette insolence de la charge publique est, de fait, davantage mise en œuvre par la question sur laquelle nous sommes amenés à statuer. Que peut dire un représentant du personnel, qui n’est pas médecin, et n’a nulle information sur le sujet (hormis les éléments qu’il est allé rechercher auprès de l’agent concerné) sur le motif médical de l’avis ? Quel marchandage doit-il faire pour négocier le taux d’Invalidité Professionnelle Permanente ? Comment peut-il s’opposer à une dispense de soins ? Nous sommes confrontés à un corps médical, certainement expert (il ne s’agit pas de le contester), mais tellement sûr de lui qu’il ne manquera pas une occasion de tourner en ridicule toute revendication qui pourrait s’y opposer. Quel argument peut-il fourbir, qui aurait la même valeur d’expertise que celle de ce corps médical, quand on lui fait comprendre que les conditions de travail de l’agent avant l’accident qui justifie la réunion de cette commission ne sont pas l’objet du débat ? Les représentants du personnel ne sont-ils là que pour renvoyer à ces experts, et comme par un effet miroir, l’étendue de leur expertise et science ?

Enfin, insolence le charge publique, quand, alors que ni l’agent ni ses représentants ne savent ce que concrètement signifie telle ou telle décision, on renvoie l’agent à son employeur sans lui expliquer quoi que ce soit. Certainement, relèvera-t-il de sa responsabilité individuelle d’entreprendre vis-à-vis de son employeur toutes les démarches qui s’imposent mais surtout de savoir vers quel service se tourner pour trouver l’interlocuteur qui traitera son dossier ! D’autant que, ce qui s’ensuivra, pour cet agent, n’est pas du ressort de la-dite commission.

Décidément, on aurait voulu susciter plus de gêne pour les représentants du personnel et d’inquiétudes pour l’agent qu’on ne s’y serait pas pris autrement, avec cette insolence indolente de la charge de la fonction.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
Corruption en Afrique : le protocole Bolloré
Mediapart révèle de nouveaux éléments qui pointent l’implication personnelle de Vincent Bolloré dans l’affaire de corruption présumée de deux chefs d’État pour obtenir la gestion de ports africains. Après l’échec de son plaider-coupable, le milliardaire est présumé innocent en attendant son futur procès.
par Yann Philippin
Journal — Politique économique
Taxation de l’héritage : une lignée de fractures entre candidats à la présidentielle
La rationalité économique plaide pour un durcissement de l’impôt sur les successions, mais la droite se laisse aller à la démagogie en plaidant contre une hausse forcément impopulaire, dénonçant parfois un « impôt sur la mort ». La gauche cherche un équilibre entre justice et acceptabilité.
par Romaric Godin
Journal — Libertés publiques
Covid-19 : « Le gouvernement réglemente par protocoles et foires aux questions, une menace pour l’État de droit »
Stéphanie Renard, maîtresse de conférences en droit public, fait le bilan de deux années de crise. Cette spécialiste de l’ordre public sanitaire s’inquiète de la diffusion d’un « droit souple » qui « menace l’avenir de l’État de droit et le principe de légalité », et dénonce un « retour en arrière, vers une vision hygiéniste de la société ».
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Nucléaire
Hugo, lanceur d’alerte du nucléaire : « J’accuse EDF de dissimulations »
« Avec ce type d’attitude, nos centrales ne sont pas sûres » : le témoignage choc d’un membre de la direction de la centrale nucléaire du Tricastin, inquiet que la culture de la sûreté nucléaire passe en arrière-plan des impératifs financiers au sein du groupe EDF.
par Youmni Kezzouf et Jade Lindgaard

La sélection du Club

Billet de blog
Lettre aux candidats : vous êtes la honte de la France
Course à la punchline, postillonnage de slogans... vous n'avez plus grand chose de politiques. Vous êtes les enfants de bonne famille de la communication. Vous postulez à un rôle de gestionnaire dans l’habit de Grand Sauveur. Mais je suis désolée de vous apprendre que nous ne voulons plus d’homme providentiel. Vous avez trois trains et quelques générations de retard.
par sarah roubato
Billet de blog
Primaire et sixième République : supprimons l'élection présidentielle
La dissolution de l'Assemblée afin que les législatives précèdent la présidentielle devrait être le principal mot d'ordre actuel des partisans d'une sixième République.
par Jean-Pierre Roche
Billet de blog
Quand l’archaïsme du système des parrainages s’ajoute à celui du présidentialisme
La question de la pertinence du système des 500 parrainages revient régulièrement au moment de l’élection présidentielle. Plutôt que de revenir au système de l’anonymat des signatures, il serait préférable d’élargir le champ de la responsabilité de la sélection aux citoyens.
par Martine Chantecaille
Billet de blog
Élection présidentielle : une campagne électorale de plus en plus insupportable !
Qu’il est lassant d’écouter ces candidats qui attendent des citoyens d'être uniquement les spectateurs des ébats de leurs egos, de s'enivrer de leurs mots, de leurs invectives, et de retenir comme vainqueur celle ou celui qui aura le plus efficacement anéanti son adversaire !
par paul report