Alcool: un lobby au coeur de l'Etat

Ils poussent un cri de colère: les médecins spécialistes des addictions protestent contre l'absence de politiques publiques destinées à réduire la consommation excessive d'alcool. C'est également ma propre expérience en tant que conseiller médical addictions à la direction générale de la santé du ministère de la santé (2009-2016).

A chaque fois qu'il a été question de politiques fortes et novatrices afin de contrer le discours des industriels et producteurs de ce domaine, le dossier "remontait " au cabinet du ministre et se retrouvait bloqué. Ce fut notamment le cas quand les publications scientifiques et institutionnelles (OMS) ont montré que le risque accru de cancer se produisait y compris avec des consommations modérées d'alcool.

 
Les experts déclarent "L’alcool ne doit pas rester l’éternel trou noir des politiques de prévention de la consommation de produits psychoactifs. Aucun Français ne doute de la puissance de lobbys qui parviennent à museler l’action politique dans le domaine de l’alcool, sujet d’intérêt général qui ligue contre lui le plus grand nombre d’intérêts particuliers.
C’est oublier qu’au-delà des 49 000 morts annuelles causées directement par sa consommation, l’alcool est :
la deuxième cause de cancers (et la première cause de cancers du sein) ;
la première cause de démence précoce ;
la première cause de mortalité chez les 15-30 ans ;
la deuxième cause d’hospitalisation médicale.
C’est oublier que l’alcool est impliqué dans plus de la moitié des violences faites aux femmes et aux enfants. C’est oublier que l’alcool est la première cause évitable de retard mental chez l’enfant. "

La protestation de ces experts du risque alcool se heurte à la puissance du groupe de pression de la filière de ce secteur dont la représentante n'est autre que la conseillère " agriculture" de Macron, comme nous l'avions montré ici dès février dernier; nous écrivions:

"Mauvaise action contre la santé publique:  Audrey Bourolleau ,  représentante du lobby du vin, est  nommée conseillère agriculture d’Emmanuel Macron.Déléguée générale de l’organisme de lobbying bien connu "Vin et société,  elle avait obtenu l'affaiblissement de la loi Evin par le Parlement en 2015.
Sa nomination est la suite de son engagement au côté de Macron lors de la campagne présidentielle. 

L’un de ses principaux faits d’arme a en effet été d’obtenir, lors de l’examen de la loi santé en 2015, le détricotage de la "loi Evin" qui encadre la publicité sur les boissons alcoolisées en France depuis 1991. Les parlementaires avaient fortement assoupli les conditions dans lesquelles il était possible de faire la promotion du vin, en dépit de l’opposition de la ministre de la santé Marisol Touraine. La mesure avait reçu la bénédiction de François Hollande et de son ministre de l’économie  d'alors... Emmanuel Macron.

L’actuelle ministre de la santé, Agnès Buzyn, alors présidente de l’Institut national du cancer, s’était dite « très inquiète » de cette volonté de changer la législation. « C’est un échec grave pour la santé publique et une victoire des lobbies, avait-elle assuré dans un entretien à L’Humanité, estimant que « clairement, les industriels [avaient] gagné cette bataille sur le front parlementaire ».

Audrey Bourolleau avait par ailleurs piloté en 2015 une campagne de communication malfaisante . Sous le slogan « Aimer le vin, c’est aussi avoir un grain de raison », cette opération était censée donner aux Français les « repères de consommation » de vin, baptisés « 2.3.4.0 ». Soit deux verres maximum par jour pour une femme, trois verres pour un homme, quatre en une seule occasion et 0 un jour par semaine

L'officielle Haute autorité de santé( HAS) avait alors dénoncé une « campagne publicitaire qui détourne un outil médical de lutte contre les dangers de l’alcool ».

Soulignant que « la consommation d’alcool représente un problème de santé publique majeur », l’autorité avait jugé que « la campagne publicitaire orchestrée par Vin et société transforme des seuils de consommation à risque nécessitant une prise en charge médicale en “repères” pour une consommation “acceptable” d’alcool ».

La consommation excessive d'alcool est responsable de 49 000 morts par en France et également de très nombreux actes de violence, notamment contre les femmes. Il s'agit donc d'un mauvais coup porté dans un des domaines-clé de la santé publique en France. Macron qui déclare vouloir mettre au premier plan les actions de prévention est en totale contradiction avec cet engagement; il doit annuler cette nomination."

Non seulement Macron a maintenu Audrey Bourolleau mais il a multiplié les déclarations promouvant la consommation quotidienne et excessive  d'alcool. Il se promeut en modèle et se vante de boire du vin plusieurs fois par jour. De plus lors de la présentation de son plan santé le 18 septembre, il a mentionné le tabac comme facteur de risques mais a soigneusement omis l'alcool. Macron cherche à combattre l'image de président des villes, éloigné de la "France des territoires et des terroirs" Il a donc choisi de favoriser les chasseurs et les producteurs de boissons alcoolisées.

 Pour nous il ne s'agit pas de promouvoir une illusoire abstinence mais de permettre une véritable politique de prévention et de réduction des risques, sans plier aux diktats de l'industrie alcoolière. Une fois de plus c'est la santé publique qui doit être au poste de commande et pas les lobbys.  

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