albert herszkowicz
Militant antiraciste, également bloggeur à www.memorial98.org et http://info-antiraciste.blogspot.fr/. Santé publique, justice sociale.
Abonné·e de Mediapart

652 Billets

0 Édition

Billet de blog 17 janv. 2019

Didier Guillaume, ministre du vin, nous soûle.

Le ministre de l'Agriculture déclare "Je ne crois pas que le vin soit un alcool comme les autres" Il répercute le discours du lobby du vin, comme Emmanuel Macron. J' y ai été moi-même confronté dans mes fonctions de conseiller médical pour les addictions au ministère de la santé.

albert herszkowicz
Militant antiraciste, également bloggeur à www.memorial98.org et http://info-antiraciste.blogspot.fr/. Santé publique, justice sociale.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Mise à jour du 8 août 2019 

Permettre la vente d’alcool en permanence dans les stades, c'est ce que proposent 105 députés LREM, au détour d'une proposition de loi perversement intitulée "Faire de la France une nation sportive". Le lobby des alcooliers est particulièrement puissant à l'Elysée, au gouvernement et chez les députés LREM. Mais il est aussi trans-partis, comme l'a montré la remise en cause de la loi Evin déjà obtenue en 2015 par la conseillère actuelle de Macron Audrey Bourolleau  suite à une manoeuvre tordue du groupe PS de l'époque

Didier Guillaume insiste: je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du Côtes-du-Rhône, du Crozes-Hermitage, du Bordeaux ou du Costières de Nîmes"

Or la ministre de la santé Agnès Buzyn, médecin cancérologue, avait exprimé exactement le contraire:  "L'industrie du vin laisse croire aujourd'hui que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c'est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky, il y a zéro différence." 

Et la ministre d'ajouter: "On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu'il apporterait des bienfaits que n'apporteraient pas les autres alcools. C'est faux. Scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre."  

En réalité dans la sortie de  Guillaume, il s'agit d'une nouvelle manifestation du lobbying en faveur de la filière du vin, dont le pouvoir est installé au coeur même de l'Etat.

Comme d'autres médecins de santé publique, j'y ai été confronté durant mes fonctions à la direction générale de la santé (DGS). A chaque fois qu'il a été question de politiques fortes et novatrices afin de contrer le discours des industriels et producteurs de ce domaine, le dossier "remontait " au cabinet du ministre et se retrouvait bloqué. Ce fut notamment le cas quand les publications scientifiques et institutionnelles (OMS) ont montré que le risque accru de cancer se produisait y compris avec des consommations modérées d'alcool.

Derrière Didier Guillaume il y a Emmanuel Macron qui donne le plus mauvais exemple en la matière. 

Sa conseillère agriculture Audrey Bourolleau est une  représentante connue du lobby du vin. 

Déléguée générale de l’organisme de lobbying bien connu "Vin et société"  elle avait obtenu l'affaiblissement de la loi Evin par le Parlement en 2015.
L’un de ses principaux faits d’arme a en effet été d’obtenir, lors de l’examen de la loi santé en 2015, le détricotage de la "loi Evin" qui encadre la publicité sur les boissons alcoolisées en France depuis 1991. Les parlementaires avaient alors fortement assoupli les conditions dans lesquelles il était possible de faire la promotion du vin, en dépit de l’opposition de la ministre de la santé Marisol Touraine. La mesure avait reçu la bénédiction de François Hollande et de son ministre de l’économie  d'alors... Emmanuel Macron.
L’actuelle ministre de la santé, Agnès Buzyn, alors présidente de l’Institut national du cancer, s’était dite « très inquiète » de cette volonté de changer la législation. « C’est un échec grave pour la santé publique et une victoire des lobbies, avait-elle assuré dans un entretien à L’Humanité, estimant que « clairement, les industriels [avaient] gagné cette bataille sur le front parlementaire ».

Audrey Bourolleau avait par ailleurs piloté en 2015 une campagne de communication malfaisante . Sous le slogan « Aimer le vin, c’est aussi avoir un grain de raison », cette opération était censée donner aux Français les « repères de consommation » de vin, baptisés « 2.3.4.0 ». Soit deux verres maximum par jour pour une femme, trois verres pour un homme, quatre en une seule occasion et 0 un jour par semaine

L'officielle Haute autorité de santé( HAS) avait alors dénoncé une « campagne publicitaire qui détourne un outil médical de lutte contre les dangers de l’alcool ».

Soulignant que « la consommation d’alcool représente un problème de santé publique majeur », l’autorité avait jugé que « la campagne publicitaire orchestrée par Vin et société transforme des seuils de consommation à risque nécessitant une prise en charge médicale en “repères” pour une consommation “acceptable” d’alcool ».

La consommation excessive d'alcool est responsable de 49 000 morts par en France et également de très nombreux actes de violence, notamment contre les femmes. Il s'agit donc d'un mauvais coup porté dans un des domaines-clé de la santé publique en France. Macron qui déclare vouloir mettre au premier plan les actions de prévention est en totale contradiction avec cet engagement; il doit annuler cette nomination."

Non seulement Macron a maintenu Audrey Bourolleau mais il a multiplié les déclarations promouvant la consommation quotidienne et excessive  d'alcool. Il se promeut en modèle et se vante de boire du vin plusieurs fois par jour. De plus lors de la présentation de son plan santé le 18 septembre, il a mentionné le tabac comme facteur de risques mais a soigneusement omis l'alcool. Macron cherche à combattre l'image de président des villes, éloigné de la "France des territoires et des terroirs", particulièrement dans le contexte de la mobilisation des Gilets jaunes. 

Il a donc choisi de favoriser les chasseurs et les producteurs de boissons alcoolisées.

Ainsi le plan gouvernemental sur les  addictions récemment publié en catimini ignore le risque alcool et ne propose aucune mesure forte en la matière, au point que la presse a noté cette victoire du lobby correspondant

Pour nous il ne s'agit pas de promouvoir une illusoire abstinence mais de permettre une véritable politique de prévention et de réduction des risques, sans se plier aux diktats de l'industrie alcoolière.

Une fois de plus c'est la santé publique qui doit être au poste de commande et pas les lobbys.  

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Fraude fiscale : la procédure opaque qui permet aux grandes entreprises de négocier
McDonald’s, Kering, Google, Amazon, L’Oréal… Le règlement d’ensemble est une procédure opaque, sans base légale, qui permet aux grandes entreprises de négocier avec le fisc leurs redressements. Un rapport exigé par le Parlement et que publie Mediapart permet de constater que l’an dernier, le rabais accordé en 2021 a dépassé le milliard d’euros.
par Pierre Januel
Journal
Cac 40 : les profiteurs de crises
Jamais les groupes du CAC 40 n’ont gagné autant d’argent. Au premier semestre, leurs résultats s’élèvent à 81,3 milliards d’euros, en hausse de 34 % sur un an. Les grands groupes, et pas seulement ceux du luxe, ont appris le bénéfice de la rareté et des positions dominantes pour imposer des hausses de prix spectaculaires. Le capitalisme de rente a de beaux jours devant lui.
par Martine Orange
Journal — Livres
Le dernier secret des manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
Il y a un an, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat confirmait dans un billet de blog de Mediapart avoir été le destinataire de textes disparus de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui, toujours dans le Club de Mediapart, il revient sur cette histoire et le secret qui l’entourait encore. « Le temps est venu de dévoiler les choses pour permettre un apaisement général », estime-t-il, révélant que les documents lui avaient été remis par la famille du résistant Yvon Morandat, qui les avait conservés.
par Sabrina Kassa
Journal
Le député Sacha Houlié relance le débat sur le droit de vote des étrangers
Le député Renaissance (ex-LREM) a déposé, début août, une proposition de loi visant à accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales. Un très « long serpent de mer », puisque le débat, ouvert en France il y a quarante ans, n’a jamais abouti.
par Nejma Brahim

La sélection du Club

Billet de blog
L’eau dans une France bientôt subaride
La France subaride ? Nos ancêtres auraient évoqué l’Algérie. Aujourd’hui, le Sud de la France vit avec une aridité et des températures qui sont celles du Sahara. Heureusement, quelques jours par an. Mais demain ? Le gouvernement en fait-il assez ? (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Le bon sens écologique brisé par le mur du çon - Lettre ouverte à Élisabeth Borne
On a jamais touché le fond de l'aberration incommensurable de la société dans laquelle nous vivons. Au contraire, nous allons de surprises en surprises. Est-ce possible ? Mais oui, mais oui, c'est possible. Espérons que notre indignation, sans cesse repoussée au-delà de ses limites, puisse toucher la « radicalité écologique » de madame Borne.
par Moïra
Billet d’édition
Canicula, étoile chien
Si la canicule n’a aucun rapport avec les canidés, ce mot vient du latin Canicula, petite chienne. Canicula, autre nom que les astronomes donnaient à Sirius, étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Pour les Grecs, le temps le plus chaud de l’année commençait au lever de Sirius, l’étoile chien qui, au solstice d’été, poursuit la course du soleil .
par vent d'autan
Billet d’édition
Les guerriers de l'ombre
« Je crois que la planète va pas tenir longtemps, en fait. Que le dérèglement climatique ne me permettra pas de finir ma vie comme elle aurait dû. J’espère juste que je pourrai avoir un p’tit bout de vie normale, comme les autres avant ». Alors lorsque j'entends prononcer ces paroles de ma fille, une énorme, incroyable, faramineuse rage me terrasse. « Au moins, j’aurais vécu des trucs bien. J’ai réussi à vaincre ma maladie, c’est énorme déjà ».
par Andreleo1871