5 décembre: les mensonges de Macron et Dominique, caissière dans un supermarché.

A l'approche de la journée du 5 décembre, le gouvernement et ses relais mènent une campagne consistant à désigner les grévistes comme des privilégiés qui défendent uniquement des acquis corporatistes. C'est Emmanuel Macron lui-même qui a lancé cet élément de langage.

 C'est Emmanuel Macron lui-même qui a lancé cet élément de langage, immédiatement suivi par ses relais, notamment par des comptes Twitter anonymes qui relayent en boucle des chiffres totalement faux sur l'âge et le montant des retraites à la RATP et à la SNCF

 On peut lire ci-dessous le témoignage d'une femme salariée, travaillant 30h par semaine comme caissière.

Dominique travaille en Seine-et-Marne. Cela fait 32 ans qu’elle est assise derrière sa caisse à scanner des articles. Âgée aujourd’hui de 53 ans, elle se sent déjà fatiguée. La retraite est encore loin, et la réforme en cours n'est pas de nature à la rassurer. "Je souffre de tendinite au niveau des coudes, de douleurs au niveau des cervicales et de tassement au niveau des lombaires qui sont la conséquence de mes positions en caisse depuis tant d’années et de passage d’objets lourds", explique-t-elle. Une fatigue physique mais aussi psychologique, selon Dominique "parce qu’il faut se concentrer quand même un petit peu et être toujours agréable", dit-elle.

J’ai toujours des gros packs d’eau et de bière à passer, et j’avoue qu’au bout de ma journée de huit heures, je rentre et je suis extrêmement fatiguée. Et puis on n’a pas forcément des gens agréables en face de soi. Ça aussi ça pèse.

La pénibilité de son travail et ses gestes répétitifs ne sont pas reconnus. Dominique n'a pas de compte professionnel de prévention, ni les points qui lui permettraient de partir plus tôt à la retraite. Alors, avec 950 euros par mois pour 30 heures par semaine, cela fait déjà quelques temps que cette mère de famille s'est préparée à travailler plus longtemps. "J’avoue que ça me fait peur parce qu’au vu des douleurs que j’ai déjà à 53 ans, de l’usure du corps, je ne me vois pas vraiment travailler plus longtemps, mais je sais que je vais être obligée de le faire", s'inquiète-t-elle.

 

Dominique, 53 ans, caissière.Dominique, 53 ans, caissière. (WILLY MOREAU / RADIO FRANCE)

 

Partir à 62 ans mais avec une retraite de 400 euros, qui peut accepter ça ?Dominique n'est pas favorable à la réforme voulue par le gouvernement. Encore moins à l'instauration d'un âge pivot à 64 ans, comme le préconise le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye. Mais si la surcote de 5% par an est actée au-delà de cet âge, elle pourrait bien prendre sa retraite plus tard. "Je serai peut-être obligée de le faire, pour gagner 5% sur une petite retraite assez misérable, on va dire. Je ne le ferai pas parce que j’en ai envie mais par nécessité, oui certainement. Il va falloir que je tienne".

 

Elle est épuisée par son travail, dont la pénibilité n'est pas prise en compte, malgré ses fortes contraintes. Son cas semble d'ailleurs relever d'une prise en charge au titre des maladies professionnelles ( en l'occurrence maladie 30 B du tableau de ces maladies) Mais la reconnaissance de ces maladies liées au travail représente souvent un parcours semé d'embuches. De plus nombre de salariés craignent d'être licencié.e.s en cas de reconnaissance de leur état.

Donc cette caissière se prépare à souffrir et à continuer à travailler encore plus longtemps que prévu actuellement. S'il y a une réforme des retraites à faire, c'est bien celle qui consiste à permettre à ces millions de salariés qui s'usent au travail de pouvoir bénéficier de leur retraite dans des conditions correctes de dignité et de santé. C'est pourquoi le mouvement qui s'engage le 5 décembre est souhaitable, bienvenu et à soutenir totalement.

A lire également, à propos des conditions de travail à la RATP 

Pour les conducteurs de métro: des heures, jours et années de conduite en tunnel en maintenant une attention continue, en craignant les incidents dont les fameux "accidents graves de voyageurs" qui désignent les suicides sur la voie.

La " fatigue du tunnel" guette en permanence. les conducteurs/trices.

Pour les conducteurs de bus, c'est la tension de la circulation notamment à Paris, la crainte des agressions verbales et physiques dont certaines laissent des séquelles post-traumatiques terribles.

Pour tous, travail de nuit, amplitude de 5h du matin à 1h30 la nuit, les WE et jours fériés. Par définition ceux qui débutent si tôt ou finissent si tard ne peuvent pas bénéficier de transports en commun. De plus comme la grande majorité des salariés, ceux et celles de la RATP habitent de plus en plus loin de leur lieu de travail.  

De plus ces dernières années, la direction de l'entreprise éjecte de nombreux salariés en cas d'inaptitude à leur poste. Les reclassements sont quasiment inexistants.

Le droit à la retraite un peu plus tôt demeure donc un des rares points qui permette de compenser la pénibilité physique et psychologique. Ceci explique l'ampleur de la mobilisation prévue le 13 septembre. Ces dernières années, l'éclatement des statuts s'est accompagnée à la RATP d'un management acharné à détruire les solidarités et les collectifs de travail. Ainsi dans le métro, règne le management "par ligne" qui vise à empêcher le sentiment pour les conducteurs/trices de constituer une communauté de travail et de revendications.

Avec cette grève un pas est fait pour retrouver ce sentiment collectif. C'est une raison supplémentaire pour soutenir ce mouvement qui en annonce d'autres.

 

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