Régionales en PACA : où en est la gauche ?

Les 6 et 13 décembre auront lieu les prochaines élections régionales. Elles se placent dans le cadre des nouvelles régions et de leurs nouvelles compétences. Centré sur la région Provence – Alpes – Côtes d'Azur, cet article a pour but de faire le point sur les principales forces en présence,

Les 6 et 13 décembre auront lieu les prochaines élections régionales. Elles se placent dans le cadre des nouvelles régions et de leurs nouvelles compétences. Centré sur la région Provence – Alpes – Côtes d'Azur, cet article a pour but de faire le point sur les principales forces en présence, de parler d'une alternative citoyenne naissante, d'exposer la ligne du Parti de Gauche et de mettre en lumière les rencontres entre ce parti et ses partenaires. Il cherche à répondre à la question « Régionales en PACA : où en est la gauche ? ».

Pour certains lecteurs, un dictionnaire des acronymes sera utile : Ensemble ! (E!), Europe Écologie Les Verts (EÉLV), Front National (FN), Front de Gauche (FDG), Les Républicains (LR, ex-UMP), Nouvelle Donne (ND), Provence – Alpes – Côtes d'Azur (PACA), Parti Communiste Français (PCF), Parti de Gauche (PG), Parti Socialiste (PS).

Les principales forces politiques en présence

En PACA, la droite extrême d'Estrosi (LR) et l'extrême-droite de Maréchal - Le Pen (FN) sont en campagne. Dans le même temps, le premier négocie avec ses partenaires de droite et la seconde avec ce qu'il y a de plus fasciste dans le coin. Un objectif commun : devancer l'autre afin de ravir la région présidée par Vauzelle (PS). Un point commun : se dire républicain et agir à l'encontre de la République.

Côté PS, le rapporteur de la loi Macron a également entamé sa campagne, bien que ses camarades ne l'aient porté tête de liste dans aucun des six départements. Faiblement soutenu dans ses propres rangs, il répète la sempiternelle danse du ventre socialiste, dans l'espoir de conserver la région à gauche via la formule classique de la gauche plurielle (PS-EÉLV-PCF)... comme au second tour de 2010... Oui mais de l'eau à couler sous les ponts depuis 2010. Et si en 2010 le PS n'était déjà plus la gauche de Jaurès (si tant est qu'un jour il l'ait été), on peut aujourd'hui se poser la question : « Le PS est-il de gauche ? ».
Une fois de plus, Solférino tire les ficelles de ses marionnettes locales en criant au grand méchant loup, ce dernier étant incarné en PACA par Estrosi et Maréchal - Le Pen. Mais force est de constater que le charme de Cambadélis et de ses représentants n'a pas pris. Force est de constater que personne n'a envie de disparaître avec le PS, torpilleur de la gauche et du socialisme. Force est de constater que les anciens partenaires du PS en ont assez de la dérive productiviste, anti-sociale et anti-démocratique qu'il incarne au pouvoir depuis 2012. Ces anciens partenaires cherchent d'autres stratégies pour faire gagner les valeurs de gauche, car rien n'est pire que de choisir une stratégie vouée à l'échec aujourd'hui et à la barbarie demain.

Ainsi, côté EÉLV, les militants ont décidé à la mi-juin de mener une campagne autonome du PS. Fraîchement investie par son parti, Sophie Camard a débuté sa campagne en se rendant aux côtés des migrants bloqués à la frontière franco-italienne ; un signal fort envoyé à ses partenaires politiques avec qui EÉLV a fait campagne commune lors des dernières élections départementales dans un important nombre de cantons. Ce choix de l'autonomie clarifie la position d'EÉLV qui après avoir quitté le gouvernement marque ici et ailleurs, par des positionnements politiques analogues, que le PS n'est pas le bon allié pour mener une politique en faveur de la transition écologique, du progrès social et démocratique. Autonomie du PS ne signifiant pas isolement, EÉLV tend la main aux formations de gauche pour construire une région coopérative où les citoyens auront une place toute particulière dans la vie politique.

De même, le PCF et E! n'ont pas souhaité s'unir au PS pour mener bataille commune en PACA et appellent à un grand rassemblement des forces de gauche, souhaitant renouveler l'expérience FDG – EÉLV des départementales, sous la forme d'une simple alliance partidaire.Plus particulièrement, Jean-Marc Coppola, chef de file du PCF depuis le 12 mai, sillonne la région en invitant les citoyens à être co-auteurs du programme régional, à partir d'une proposition de Pacte citoyen pour une Région solidaire et écologiste. Dernièrement, il a appelé ses partenaires à s'unir autour d'un projet clair et offensif à gauche, et non d'une personnalité ou d'un parti, proposant dans ce sens une tête de liste partagée. Il parle par ailleurs de la nécessité d'espaces citoyens servant de forces d'appui pour la gestion collégiale et démocratique de la région.

Enfin pour ce qui est du PG où je milite, la ligne politique de ce parti est de prioriser l'intervention citoyenne dans la vie politique en se mettant à la disposition de rassemblements de citoyens indépendants du PS et en convainquant ses partenaires politiques de faire de même.

Je poursuis cet article en tâchant de faire la transparence sur les relations qui se nouent depuis plusieurs semaines entre les principales formations politiques à la gauche du PS.

En effet, le temps de la politique autrement est le temps de la transparence à tous les étages. Le temps de rendre publics les dessous d'une possible alliance. Surtout lorsque celle-ci peut être guidée par l'intérêt général plutôt que le partage des places au Conseil Régional.

Mais tout d'abord, retour détaillé sur la ligne politique du Parti de Gauche depuis son Conseil National des 4 et 5 avril, affinée lors du Conseil National des 6 et 7 juin et affirmée sur le temps long lors de son Congrès des 3, 4 et 5 juillet.

 

La ligne politique du Parti de Gauche pour les élections régionales

Dans sa résolution politique des 4 et 5 avril et après des désaccords avec le PCF lors d'élections passées où ce dernier a préféré s'allier au PS qu'à ses partenaires du FDG, le PG fait le constat de l'indépendance du FDG vis-à-vis PS sur la quasi-totalité des cantons de France lors des élections départementales. Il note également le potentiel de l'élargissement des listes menées par le FDG aux formations politiques comme EÉLV, Nouvelle Donne, … En même temps, il met en avant l'insuffisance de cette juxtaposition de formations politiques pour lutter contre le premier parti de France qu'est l'abstention. Son objectif est alors de ramener à la politique institutionnelle une partie de ces abstentionnistes. Dès le 5 avril, deux chantiers ont alors été mis en avant par le PG :

  • la nécessité d'une démarche citoyenne en France, composée de rassemblements citoyens locaux reposant sur de véritables assemblées citoyennes et de nouvelles pratiques militantes, le PG portant notamment comme propositions dans ces assemblées la question de l'exemplarité de l'élu, du non-cumul des mandats et du référendum révocatoire, la fonction d'élu n'étant pas un métier et un mandat n'étant pas un blanc-seing ;

  • la nécessité d'une lisibilité nationale de ces rassemblements car ces élections ont lieu les mêmes jours partout en France et que la lecture des forces politiques en présence sera principalement nationale.

Enfin, dans cette résolution des 4 et 5 avril, le Parti de Gauche présente un calendrier pour les Régionales. Celui-ci comprend l'amplification ou l'initiation de démarches d'implication citoyennes, la poursuite des discussions locales et nationales avec tous les forces pouvant s'inscrire dans de telles démarches citoyennes et autonomes du PS, la désignation d'un binôme de chefs de file paritaire par région et le vote au Conseil National des 6 et 7 juin d'une base programmatique pour les Régionales.

Dans sa résolution politique des 6 et 7 juin 2015, le Parti de Gauche fait le constat de l'existence d'appels citoyens dans la plupart des régions de France, chacune à des stades différents, regroupant sur l'ensemble du territoire des milliers de citoyens, membres ou non de partis politiques ou de syndicats, engagés dans des associations ou luttes locales ou révoltées par la situation du pays. Les signataires de ces appels partageant une volonté de s'organiser pour reprendre leurs affaires en main sans attendre les consignes pour cela. Dans cette résolution, le PG écrit que les partis doivent être au service d'une démarche autonome et citoyenne à vocation à l'emporter dans les urnes. Ceci est à rebrousse-poil des habitudes des formations politiques qui disent constituer des listes citoyennes en mettant les partis devant et leurs sympathisants derrière. Le PG réaffirme sa volonté que les forces politiques autonomes du gouvernement défendant les valeurs d'écologie, de solidarité et de démocratie soutiennent ces rassemblements. Il prône un mode de fonctionnement basé sur des assemblées représentatives où « une personne = une voix » et associant les partis, collectifs, associations, … qui le souhaitent. Il prône une lisibilité nationale de ces rassemblements, à travers un label commun. Le PG a pris contact depuis la fin du printemps avec ses partenaires à gauche (FDG, ND, NPA, les Décroissants, EÉLV, des socialistes en rupture, ...) pour vérifier les possibilités d'engagement sur le plan national comme régional pour l'autonomie et le soutien de ces différentes forces aux rassemblements citoyens. Enfin, cette résolution se conclut par « Les élections régionales peuvent être l’occasion d’un sursaut citoyen. Ainsi, nous pourrons faire avancer l’égalité, la solidarité, l’écologie, la démocratie et la République, en contestant la réforme territoriale et en agissant pour le développement des services publics et pour la transition écologique. Ainsi, nous pourrons bousculer la donne. ».

Dans son texte d'orientation politique issu du Congrès des 4, 5 et 6 juillet, le Parti de Gauche défend l'implication citoyenne lors de ces élections et au-delà, afin de fédérer le peuple : « [...] nous entendons rassembler toutes celles et ceux qui ne veulent plus de ce système qui affame les peuples, saccage l'écosystème, opprime et confisque le pouvoir. Rassembler celles et ceux qui veulent abattre la monarchie présidentielle de la 5e République, celles et ceux qui convergent aujourd’hui dans les mobilisations sociales comme écologistes, les expérimentations concrètes d'une autre société, les dynamiques citoyennes qui ont vu le jour aux élections précédentes. La solution, c’est l’implication citoyenne. ». La Révolution citoyenne est défendue depuis des années par le Parti de Gauche. La réappropriation populaire du pouvoir est notre feuille de route. Précisément, notre orientation en la matière est la suivante. Elle commence par un constat de l'échec de la stratégie du Front de Gauche : « Le Front de Gauche a eu un rôle important en permettant de remobiliser un électorat et des citoyens dispersés. Il a permis la campagne exceptionnelle de 2012, mais n'a pas traduit son succès électoral dans un nouveau mouvement populaire. Le moteur s’est essoufflé dans l’absence de cohérence aux élections municipales et dans le manque de clarté aux européennes. Il reste un acquis, mais il est aujourd'hui incapable par lui-même de représenter une alternative. ». Si le PG reconnaît la nécessité de rassembler les forces politiques dans les luttes et les échéances électorales (« Bien sûr, le rassemblement avec d’autres forces comme Europe Ecologie – Les Verts, des militants PS en rupture, Nouvelle Donne ou le NPA, le POI dans des cadres unitaires existants, dans le soutien à Syriza ou dans les candidatures aux départementales est un élément positif et encourageant. »), il constate la limite de cette juxtaposition de forces organisées et souligne qu' « il faut désormais faire plus. ». L'heure n'est plus à un cartel de partis comme l'est devenu – hélas – le FDG, « même élargi ». Et le PG d'écrire : « Nous voulons contribuer à des cadres d’implication permettant à toutes celles et ceux, militants politiques, syndicalistes, citoyens en colère, de reprendre leurs affaires en main pour faire face à la situation du pays. ». Avant de citer en exemple le « le succès de Grenoble lors des élections municipales » ou « les victoires des listes de convergence citoyenne dans plusieurs grandes villes espagnoles », ainsi que les démarches citoyennes innovantes menées dans différents cantons lors des élections départementales. Je note pour ma part que cette stratégie est celle du FDG de 2012, stratégie qui aurait dû (devait ?) être amplifiée à la suite des élections présidentielles. Ne revendiquions-nous pas la multiplication d'assemblées citoyennes ? Ne clamions-nous pas « Place au peuple » ou « Prenez le pouvoir » ? Hélas aujourd'hui, alors qu'il aurait dû devenir un instrument insurrectionnel, le FDG n'est plus qu'un logo rapportant plus de voix lorsqu'on en est membre plutôt qu'en utilisant celui de son seul parti. À qui la faute de l'échec du FDG ? Je laisse le soin de la réponse à d'autres et en reviens au texte du Congrès, même si ayant rejoint le FDG puis le PG en 2012, je ne cesse de constater un profond gâchis. Dans sa résolution donc, le PG insiste sur le fait que « le déclenchement d’une puissante dynamique citoyenne doit donc être notre priorité » tout en soulignant que ceci « n’est pas contradictoire avec la recherche du rassemblement des forces politiques autonomes du Gouvernement, défendant des valeurs de solidarité, d’écologie et de démocratie ». Et le PG de préciser les condition de ce rassemblement : que ces forces « acceptent de s’inscrire en soutien » de cette dynamique citoyenne ; en d'autres termes, les partis sont des outils mis à la disposition d'un collectif de citoyens. Ceci implique nécessairement de dépasser les logiques et affrontements d'appareils au sein d'un « mouvement citoyen » qui les dépasse ; pour cela , un tel mouvement devra s'appuyer « sur des assemblées citoyennes dans lesquelles « une personne = une voix » . Autonome des forces libérales, « un tel mouvement » aura vocation à soutenir les « mobilisations locales », élaborer des programmes et des « chartes éthiques (non cumul des mandats, révocabilité) ». Pour s'élargir et convaincre, ce mouvement devra également puiser dans les « les méthodes de l’éducation populaire pour de nouvelles formes d’implication, de débat et d’arbitrage ». Ceci est la vision du PG ; en lisant ses bonnes intentions, on est en droit de se poser la question « Et le rôle du PG dans tout ça ? ». Réponse : «  Le Parti de Gauche se veut facilitateur de la création de ce mouvement. ». Ceci peut passer par initier de telles démarches avec d'autres citoyens ou bien convaincre ses partenaires politiques, associatifs, syndicaux, … de soutenir de telles démarches déjà existantes. D'un point de vue moins structurel et plus programmatique, le PG « défendra notamment » dans ces mouvements « la revendication d'une assemblée constituante » pour changer les règles du jeu politique, « la désobéissance aux traités de l'UE » qui ne permettent pas d'appliquer une politique sociale et écologiste, et de garantir la souveraineté des peuples.Il s'opposera également au « politiques d'austérité et productivistes ». Dans le cas où ces mouvements décideraient de présenter des listes, le PG met en avant « une forte exigence en matière d'exemplarité de la vie politique » comme un pré-requis pour « toute proposition politique ». Pour ce qui est du second tour, le PG précise qu'il « refusera de gouverner avec le PS » et que de façon plus générale, « c’est dans le cadre des rassemblements citoyens que » doivent « se prendre les décisions stratégiques électorales ».

Cette position de Congrès est la ligne politique du PG pour les années à venir. Elle fait partie de la Révolution citoyenne qui se traduit par l'intervention citoyenne permanente. C'est elle qui guide nos positionnements pour les élections à venir. Elle se matérialise par le soutien à des rassemblements de citoyens. Cette ligne a vocation à être défendue par le PG lorsqu'il rencontre ses partenaires.

C'est donc cette ligne que le PG applique en région PACA : favoriser l'émergence d'un rassemblement de citoyens sur le temps long et convaincre ses partenaires de la soutenir.

 

La ligne du Parti de Gauche appliquée en région PACA

=== Appel pour une Alternative citoyenne - solidaire - écologiste en PACA

Le 1er avril, quelques jours après le second tour des départementales, une dizaine de citoyens encartés (PG, EÉLV, Ensemble!) et non encartés ont initié un appel pour une Alternative citoyenne – solidaire – écologiste en région PACA. Ces personnes sont issues du rassemblement Alternative citoyenne – solidaire – écologiste (non encartés, EÉLV, E ! PCF, PG) constitué sur le canton de Pélissanne à l'occasion des dernières élections départementales. Cette initiative a été prise indépendamment des partis politiques auxquels appartenaient certains de ces citoyens (remarque : pour le PG par ailleurs, cet appel a été initié avant le CN des 4 et 5 avril et ne saurait être une application d'une résolution politique du PG).

Concrètement, les initiateurs ont voulu aller au-delà des prémisses d'une démarche citoyenne lancée sur le précédent canton lors d'une échéance électorale, dont l'inertie de la section communiste avait limité la portée. Afin que la gauche progresse et ramène les abstentionnistes dans les urnes, il était nécessaire pour ces personnes de dépasser les oppositions stériles des appareils politiques. En effet, si ces derniers partagent un horizon commun et si l'intérêt est grand de voir leurs formations politiques réunies, on ne peut que constater que sur ce canton comme ailleurs, les discussions à quelques uns autour d'une table, avant et pendant la campagne, loin du regard des électeurs, ne mènent qu'à une absence de dynamique populaire, condamnant de facto la participation électorale et la réussite à gauche. Trop souvent ces appareils perdent leur temps à discuter du partage des places, du format de tract ou de la place de la virgule plutôt qu'à l'utiliser dans une campagne dynamique, structurée, réfléchie et innovante sur le terrain. Et trop souvent ces appareils s'affrontent pour positionner sur les « places d'ouverture » de « leur » liste les « citoyens » ou « membres de la société civile », cachant (ou pas) que ces « non-encartés » sont souvent leurs sympathisants respectifs et marquant l'ineptie qu'un militant politique ne serait pas un « citoyen » ou un « membre de la société civile ». Tout ceci n'est pas sans compter que cette « société civile » sert trop souvent de caution citoyenne pour rapporter des voix et n'a bien trop souvent pas droit à la même considération que les autres candidats lors des décisions à prendre durant la campagne.

Au-delà d'une volonté de mettre un frein à cette opposition stérile entre les partis et à cette manipulation de la « société civile » – et a fortiori de l'électorat – , cet appel partait du constat que les partis politiques ne parviennent pas à rassembler plus d'un électeur sur deux aux urnes, du fait du discrédit qui pèse – à tort ou à raison – sur eux et les élus de leurs rangs et du mal fait à la gauche par le PS au gouvernement. On ne peut se satisfaire d'un système de démocratie représentative où seulement la moitié des électeurs choisit ses représentants.

Cet appel a dès le départ eu vocation à rassembler sur le long terme les citoyens défendant les valeurs de solidarité, d'écologie et de démocratie. Dès le début, il était évident que la chose ne serait pas aisée mais nécessaire, notamment en l'absence de convergences significatives des luttes dans notre pays. Dès le début, il y avait les élections régionales dans l'horizon proche, mais ces élections régionales ne pouvaient être qu'une étape, probablement nécessaire, sous une forme ou sous une autre, nullement une fin en soi.

Publiquement lancé à la mi-avril, cet appel rassemble aujourd'hui près de 550 signataires dont les deux tiers se revendiquent sans carte politique. Ces chiffres, et notamment cette proportion de non-encartés, révèlent la pertinence de la démarche : rassembler les citoyens partageant des valeurs de gauche, souhaitant faire de la politique afin de reprendre leur avenir commun en main, sans pour autant devoir justifier de l'appartenance à un parti politique.

Ce collectif a créé un forum numérique pour échanger, débattre et proposer des actions et a mis à disposition sur le site une carte interactive des luttes (sociales, écologistes, démocratiques) en PACA, que tout un chacun peut enrichir. Il s'est réuni à Aix-en-Provence et à Marseille en juin et en juillet. Il vient de lancer l'écriture collaborative d'un code éthique pour cadrer le mandat des élus et favoriser l'intervention citoyenne au cours de ce mandat.

Pour autant, les signataires actifs favorables à constituer une liste aux élections régionales sont pour le moment minoritaires ; une importante majorité semble privilégier la construction sur le temps long, le tissage de liens avec des associations, des luttes, la croissance du collectif, … En revanche, ce collectif souhaiterait être un contre-pouvoir à gauche durant la campagne des élections régionales et intervenir pour bousculer l'ordre établi par les formations politiques.

On note qu'un nombre important de militants du PG ont rejoint cet appel au sein duquel ils agissent en leur nom et non avec un mandat de leur formation politique. Un rassemblement citoyen ne saurait être la propriété, ne serait-ce que minime, d'une formation politique. Un rassemblement citoyen est un rassemblement de citoyens ; c'est évident mais c'est mieux en le disant ! Ses valeurs sont définies par l'appel qui le constitue, ce dernier pouvant évoluer au cours du temps selon la volonté de ses signataires. Ces décisions doivent être prises dans des lieux dématérialisés (forum numérique par exemple) et non dématérialisés (assemblées citoyennes) sur le principe d' « 1 personne = 1 voix ». Dès lors, les mouvements structurés (partis, mais aussi associations, syndicats, collectifs, …) n'ont pas a priori vocation à intégrer ces rassemblements citoyens car n'étant pas des personnes physiques.

Si des formations politiques approuvent la démarche d'un rassemblement citoyen et souhaitent la soutenir, elles sont les bienvenues et libre à elles de demander à échanger avec ce collectif ou à les soutenir publiquement. Mais soutien et discussion ne valent pas intégration de ce rassemblement.

C'est l'option du soutien à ce mouvement qu'a choisi le Parti de Gauche PACA lors de sa conférence régionale du 20 juin : 
 « Lors des élections régionales de 2015, le Parti de Gauche s’est engagé à soutenir les listes de rassemblement citoyen. Il invite les forces de gauche opposées à la politique du gouvernement à se mettre à la disposition de ces rassemblements. Lancé par une dizaine de citoyens, pour moitié non encartés, pour moitié du FdG et d’EÉLV, l’appel pour une alternative citoyenne – solidaire – écologiste en Provence-Alpes-Côte d’Azur (www.alternative-paca.fr) a rassemblé en quelques semaines près de 500 signataires, membres ou non de collectifs, d’associations, de syndicats, de partis politiques. Il est un outil d’implication citoyenne et de rassemblement, où l’ensemble des décisions sont prises par les assemblées citoyennes souveraines. ».

Parallèlement au soutien à cet appel, et en application des résolutions de son Conseil National et de son Congrès, le PG a rencontré ses partenaires politiques.

=== Rencontres du PG avec le PCF, Ensemble ! et EÉLV

Le PG a rencontré EÉLV puis E! et le PCF, afin d'échanger les positions des uns et des autres sur les stratégies respectives pour les élections régionales. Les délégations du PG comprenaient notamment Luc Léandri et Hélène Le Cacheux, chefs de fil du PG pour les élections régionales en PACA. La position du PG a été d'inviter les forces politiques de gauche à se mettre à la disposition d'un rassemblement régi par des assemblées citoyennes et d'avoir au cœur de la campagne une charte éthique à destination des élus et de l'intervention citoyenne. Une autre rencontre s'en est suivie, réunissant EÉLV, E !, PCF et PG. Enfin, plus informellement, le PG a échangé avec ND qui est plus favorable, à l'heure actuelle, à un rassemblement ne ressemblant en rien à un cartel de partis.

====== Rencontre avec EÉLV

EÉLV s'est dit favorable à une campagne comportant une dimension citoyenne où le but serait d'associer à leur démarche de campagne des personnalités du mouvement écologiste, environnementaliste et social, ainsi que les organisations politiques partenaires. Le PG a rappelé que pour lui, la dynamique devait être d'abord citoyenne, les partis pouvant dans un second temps y apporter leur soutien, y être associés mais en aucun cas la piloter. Le PG a senti qu'EÉLV avait du mal à faire converger l'émergence d'un mouvement citoyen et l'émergence d'un rassemblement de partis se mettant à disposition de ce mouvement. Néanmoins, EÉLV était prêt à chercher des points de ralliement et a été plutôt favorable à trois éléments importants pour le PG :

  • mener une campagne pour redonner de la souveraineté au peuple (co-construire les politiques publiques entre autres)
  • la nécessité de respecter un code éthique et d'en faire un pilier de la campagne
  • la co-construction du programme sur la base de radicalités concrètes, et non de phrases tout faites

En revanche, une divergence notable a eu lieu entre EÉLV et le PG sur la question du centre de décision, EÉLV voyant une décision collégiale des partis politiques du rassemblement quand le PG a mis en avant les assemblées citoyennes sur le principe «  1 personne = 1 voix ».

EÉLV souhaitant rapidement un signe de début de démarche collective, et non nécessairement un accord pour décembre, le PG a proposé une plateforme collaborative citoyenne sur Internet afin que chaque citoyen puisse contribuer au débat. Cette décision a reçu un bon accueil d'EÉLV.

====== Rencontre avec E ! et PCF

Le PCF voulait aller vite en ayant un accord pour une fusion FDG/EÉLV. Le PG n'était pas d'accord car cela voulait dire dès le départ de faire disparaître la voix du PG dans celle du FDG ; en effet, ce dernier aurait été représenté essentiellement par Jean-Marc Coppola, chef de file du PCF et chef de file naturel du FDG selon les sondages. Une discussion bipartite FDG/EÉLV aurait ainsi repidement fait disparaître la méthode de campagne prônée par le PG : l'intervention citoyenne. Le PG a donc souhaité engager les discussions entre EÉLV et les forces du FDG de manière quadripartite. Il a également fortement abordé la question du contenu et de la méthode de campagne, à savoir l'implication citoyenne. Le PG a répété que la campagne devait être portée par une démarche citoyenne soutenue par les partis rassemblés, et non l'inverse. Pour E ! et le PCF, cette proposition était incompréhensible ; en effet, si pour eux l'implication citoyenne est réellement nécessaire, c'est sous la forme d'une composante citoyenne formée de militants sociaux, syndicaux ou associatifs, issus des réseaux des formation politiques membres du rassemblemen, qui interviendrait dans la composition de la liste.

Le ton de cette réunion a été logiquement dur entre les organisations car cela faisait longtemps que le FDG ne s'était pas réuni dans cette configuration régionale et que les stratégies des forces en présence divergent par rapport à la dimension citoyenne et à la question des élus actuels et à venir. Elle s'est néanmoins terminée par deux points positifs : la réunion une semaine plus tard avec EÉLV sous forme quadripartite et le portage d'une plateforme contributive ouverte sur internet afin de définir le programme, plateforme dont le lancement se ferait de façon événementielle afin de l'ouvrir à la population et de médiatiser cette forme de démocratie.

====== Rencontre EÉLV – E ! – PCF – PG

Cette rencontre du 20 juillet a mis en avant les mêmes éléments que lors des précédentes réunions. Quelque jours après, EÉLV a fait une proposition à ses partenaires. Elle comprenait notamment un certain nombre de proposition qui me semble aller dans le bon sens :

  • convention début septembre où le rassemblement arrêtera la liste (avec les places réservées pour l’ouverture et les citoyen-nes), les axes du programme, le budget et les axes de campagne ;

  • 25% de places éligibles à des personnalités ou à des citoyens souhaitant s'engager, possiblement désignés par des consultations citoyennes courant octobre ;

  • publication des dépenses de campagne sur le site de campagne, au fil de l'eau, par mesure de transparence ;

  • élaboration d'un code éthique ;

  • tenue de forums publics sollicitant les contributions de tous les citoyens et la publication de synthèses régulières ;

  • ouverture d'une plateforme collaborative.

Au jour d'aujourd'hui, les partis poursuivent leurs discussions sur la base de leurs propositions respectives. M'en restreignant à la position du PG, la majorité des propositions d'EÉLV vont dans le bon sens, même si elles restent à peaufiner, notamment en donnant le plus de place possible à l'intervention des citoyens non-encartés, intervention propositionnelle et intervention décisionnelle. Notamment, la proportion de personnes non-encartées sur la liste devrait se retrouver dans l'équipe et la direction de campagne. Pour le PG, la dynamique de campagne pouvant mener à la victoire (i.e. présence au second tour puis battre Estrosi ou Maréchal - Le Pen) « ne peut reposer sur une alliance partidaire ».  Le PG souhaite pouvoir annoncer le plus tôt possible, avec ceux qui veulent en être partie prenante, la « création d'outils collaboratifs premières images de ce qui se déclinera dans la région coopérative ». Au sujet de la convention, elle doit être « ouverte à tous les citoyens intéressés par notre démarche et nos propositions, dépassant ainsi le cadre restreint d’une discussion entre forces politiques » et par la suite, le PG propose « la mise en œuvre de collectifs citoyens dans les localités et les départements pour décliner et enrichir notre démarche coopérative. ». Enfin, le PG conclut sa réponse à EÉLV en les termes : « La manière dont nous ferons campagne doit être une démonstration de la manière dont se comporteront nos élus qu’ils soient dans la majorité ou dans l’opposition. Afin de redonner confiance et pouvoir au plus grand nombre, il faut donner à voir que nous serons un socle sur lequel les habitants de PACA pourront s’appuyer au-delà de la campagne régionale, que nous ne sommes pas un rassemblement de circonstance pour une élection qui se désagrègera à peine le 13 décembre passé. Une des garanties reste pour nous la participation des citoyens à la campagne, à tous les niveaux même ceux décisionnaires, au même niveau de représentation que la présence sur la liste. ».

 

Vers une alliance de partis aujourd'hui pour une alternative populaire demain ?

De l'appel citoyen et de ces rencontres, je tire quelques conclusions :

  • les signataires de l'appel pour une Alternative citoyenne – solidaire – écologiste en PACA ne semblent pas disposés actuellement à constituer une liste pour les élections régionales et préfèrent assurer la construction d'un mouvement citoyen solide et consistant sur le temps long. Pour ces élections néanmoins, ils pourraient jouer un rôle de caillou-dans-la-chaussure pour les forces politiques de gauches, ou d'aiguillon comme l'a écrit un journaliste de La Marseillaise. Ils ont ainsi commencé à élaborer un code éthique qu'ils souhaitent populariser durant les mois à venir et avec lequel ils pourraient interpeller les partis progressistes, si je m'en tiens aux propos échangés lors de la réunion du collectif à Marseille le 25 juillet.

  • le PG défend sa ligne de la Révolution Citoyenne, devant se matérialiser lors des élections par le soutien des forces politiques à des mouvements citoyens régis par des assemblées citoyennes, centre des décisions sur le principe « 1 personne = 1 voix ». Il défend également l'intervention citoyenne permanente, dans la campagne électorale, dans les luttes du quotidien et dans la vie institutionnelle. Il prône ainsi un code éthique permettant à la fois de cadre les activités d'un élu, mandataire de ses électeurs, et favorisant cette intervention citoyenne. En l'absence de mouvement citoyen existant favorable à constituer une liste, le PG cherche à convaincre ses partenaires politiques pour favoriser au maximum l'implication citoyenne (propositionnelle et décisionnelle) dans une possible campagne commune et le renouveau du politique à travers d'un code éthique.

  • Le PCF et E ! souhaitent une alliance EÉLV/FDG, possiblement élargie à d'autres formations comme ND ou des socialistes en rupture (la Gauche Socialiste par exemple?). Ils revendiquent également une campagne citoyenne, mais sous un format plus « à l'ancienne » où chaque formation politique présenterait dans la liste des citoyens non encartés qui leur sont proches. Ils sont cependant favorables à une plateforme collaborative sur Internet pour que chaque citoyen puisse être force de proposition dans cette campagne.

  • EÉLV est favorable à un rassemblement large à gauche du PS, afin de faire de PACA une région coopérative. Il souhaite que les citoyens jouent un rôle important durant la campagne, rejoint la proposition de plateforme programmatique collaborative ouverte aux citoyens et est prêt à ce que les citoyens non encartés de la liste (25% selon leur proposition) soient désignés dans des assemblées citoyennes.

  • EÉLV, E ! et PG sont par ailleurs d'accord sur le principe d'une charte éthique, même s'il reste à discuter des propositions la constituant en détail. Sans doute que le code éthique d'Alternative PACA saura bousculer l'ensemble de ces formations politiques.

Ainsi, l'alliance de partis regroupant EÉLV, E !, PCF et PG me semble quasiment acquise en région PACA. En effet, les différentes formations sont favorables à la présence de citoyens non encartés sur la liste (à hauteur de 25%?) et à la mise en place d'une plateforme collaborative à destination des citoyens. La notion de code éthique semble faire consensus même si dans le détail, les négociations devraient être âpres sur certains points de ce code qui ne saurait être une liste de propositions réduite au minimun et n'engageant à rien.

Il est par ailleurs possible qu'un tel rassemblement, s'il se constitue rapidement, passe devant le PS au soir du premier tour, ce qui ferait de ce rassemblement « la » force de gauche au second tour pour s'opposer à la extrême-droite et à la droite-extrême.

Il est de la responsabilité de la gauche de savoir se rassembler pour réussir à prendre la région des mains du PS et à la redonner au peuple.

De la responsabilité de la gauche de ne pas la laisser tomber dans les mains d'Estrosi ou de Maréchal - Le Pen.

De la responsabilité des forces de gauche de donner des signes de confiance aux citoyens en les intégrant dans la campagne, à défaut de pouvoir se rassembler derrière un rassemblement citoyen. Cette intégration doit être faite à tous les niveaux et sous toutes les formes : dans l'équipe de campagne et dans la liste, par la tenue d'assemblées citoyennes, forces de proposition et de décision.

Il est de la responsabilité des forces de gauche de se convaincre et de convaincre que la solution est dans le peuple, dans ces femmes et ces hommes qui vont vivre notre région, d'un point de vue économique, social et culturel.

La politique n'est pas une chose réservée à une élite vivant dans un château-fort dont les douves la séparent de la population. La politique est l'affaire de toutes et de tous.

Si dans cet article je me suis restreint à la dimension citoyenne, c'est que je ne pense pas que d'un point de vue programmatique, tant de choses séparent les formations politiques pour ne pas faire route commune. En effet, les forces situées à gauche du PS, nous les retrouvons partout en France dans les rassemblements de défense de sans-papiers, de sauvegarde des services publics, dans les manifestations interprofessionnelles, dans les collectifs de lutte contre l'austérité, dans les rassemblements contre les grands projets inutiles, en soutien aux zones à défendre, aux salariés en lutte, .... Chacune avec son vocabulaire défend un horizon commun proche des autres. Et à l'heure où le gouvernement sème le désespoir et salit le mot gauche à défaut d'en appliquer les valeurs, il serait de l'irresponsabilité de la gauche que de se chercher des différences, existantes et reconnues, là où ce qui nous rassemble est si grand.

Alors oui, à défaut d'un rassemblement citoyen suffisamment mûr pour présenter une liste et contraindre les forces politiques de gauche à le soutenir, nous pouvons espérer une alliance de partis ouvrant grand et de façon honnête ses portes et ses fenêtres aux citoyens.

Et tout faire pour que demain émerge une alternative citoyenne, solidaire et écologiste en France et ailleurs, fondée sur une convergence des luttes existantes et à venir.

Pour la victoire des valeurs progressistes, les peuples sont la clé, la souveraineté populaire est la solution.

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