La production d’alumine doit rester à Gardanne, sous contrôle scientifique et populaire.

Cet article du Parti de Gauche des Bouches-du-Rhône aborde sous un angle écosocialiste le dossier de l'usine d'alumine ALTEO située à Gardanne et rejetant des effluents toxiques en mer Méditerranée. Du fait d'importantes améliorations dans son procédé industriel, le Préfet des Bouches-du-Rhône a accordé à l'entreprise un sursis de six ans pour se conformer aux réglementations environnementales.

Le 1er janvier 2016 a sonné la fin de 50 ans de rejet de « boues rouges » dans la mer Méditerranée par l’usine d’alumine de Gardanne. Ce composé chimique est présent partout dans nos vies : matériaux réfractaires, ignifugation, abrasifs, chimie, verre, céramiques, matières premières, sols stratifiés, ….

bauxite

UN PROCÉDÉ EN PHASE D'AMÉLIORATION

Afin d’éliminer les résidus solides appelés « boues rouges » et se conformer à la réglementation, la société ALTEO a dû améliorer son procédé industriel de traitement de la bauxite, roche rouge dont est extraite l’alumine. Elle a pour cela installé trois filtres-presses transformant ces résidus en un produit sec, appelé « Bauxaline », entreposé en extérieur et dont l’enjeu actuel est sa valorisation (travaux publics, dépollution des sols, couverture de décharges, …).

Cette amélioration conduit à présent à un rejet de résidus non plus solides mais liquides, réduisant de 99% la part de polluants, grâce notamment à la création d’une station de traitement de finition des eaux usées. Néanmoins, ces effluents contiennent encore des éléments toxiques, à des doses dépassant pour certains celles admises par la réglementation.

mediterranée

LA MÉDITERRANÉE, BASSIN AUX MULTIPLES POLLUTIONS

L’importante quantité de boues rouges accumulées pendant cinquante ans et les autres pollutions industrielles sont le témoignage d’une époque où les principales forces politiques notamment se souciaient fort peu des questions environnementales.

À cette pollution industrielle du bassin méditerranéen viennent s’ajouter des pollutions multiples, résultant des activités humaines maritimes et terrestres, qui se déversent en mer par le Rhône, par les eaux de ruissellement lors des grosses pluies ou encore par l’égout de Cortiou, et qui sont renforcées par la sur-fréquentation touristique du littoral durant la période estivale.

Cette zone maritime faisant partie du Parc National des Calanques et des Aires Marines Protégées, de nombreuses expertises ont été conduites par des organismes de recherche publique depuis de nombreuses années, et plus récemment suite à la demande formulée par la société ALTEO de rejeter ses effluents liquides dans le canyon de Cassidaigne.
Sans pouvoir toujours faire la part entre les différentes sources de pollution, ces études attestent de son niveau élevé et de la nécessité de la réduire. Il est donc absolument nécessaire de prendre au sérieux cette pollution générale de la Méditerranée, d’améliorer les processus industriels, notamment ceux de l’usine de Gardanne, de minimiser les traitements chimiques polluants et d’améliorer la qualité des rejets des égouts en mer, tout en en réduisant la quantité.

OPPOSER EMPLOI ET ENVIRONNEMENT EST CONTRE-PRODUCTIF.

À l’occasion de l’enquête publique, une campagne et une pétition « contre les boues rouges » ont été lancées par certains groupes environnementalistes et politiques. Naïveté ou récupération démagogique ?
Au-delà de l’amalgame réalisé entre boues rouges et effluents liquides, les instigateurs divisent malhonnêtement la population en deux camps.

  • D’un côté, nous aurions les défenseurs de la pollution pratiquant le « chantage à l’emploi ».
  • De l’autre, les adversaires de la pollution, loyaux défenseurs de l’environnement et des générations futures.

Il est facile et malsain de fabriquer des discours opposant des catégories de population les unes aux autres : employés de l’industrie, pêcheurs, usagers des sites pour leurs loisirs, employés de l’industrie du tourisme, …

De surcroît, cette politique de l’émotion est contre-productive et représente un frein à la résolution des problèmes sociaux et écologistes.

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LA POSITION DU PARTI DE GAUCHE 13

Le Parti de Gauche 13 constate que la production d’alumine ne peut disparaître sur le temps court tant ce composé chimique est omniprésent et nécessaire à de multiples produits de notre quotidien.

Le Parti de Gauche 13 rejette ainsi les appels à l’arrêt immédiat des rejets dans la Méditerranée. Celui-ci causerait la délocalisation non seulement de la production et des centaines d’emplois qui lui sont liés, mais aussi celle des pollutions dans des pays aux normes écologiques moindres.

À cette vision dangereuse de dumping social et environnemental, le Parti de Gauche 13 oppose le développement de procédés industriels préservant l’écosystème humain et assurant le maintien à Gardanne de l’activité d’extraction d’alumine.

Sur autorisation du préfet, ALTEO a six ans de sursis pour mettre fin aux rejets d’effluents en Méditerranée tout en poursuivant son activité durant cette période.

Partant de ce fait, le Parti de Gauche 13 défend la mise en place :

  • d’un planning opérationnel à destination d’ALTEO, comportant des engagements contractuels afin de respecter la réglementation environnementale, dans l’esprit des recommandations du CA du Parc National des Calanques ;
  • d’une structure indépendante d’information et de contrôle écologique et sanitaire :
    • portant sur les rejets d’effluents en mer et l’entreposage au sol de Bauxaline et
    • composée d’organismes publics, d’élus, de scientifiques, d’associations, de représentants de la population, de représentants des salariés de l’usine, …
  • d’un bilan annuel et public par la structure d’information et de contrôle portant sur les avancées en matière de transition écologique de l’activité d’ALTEO afin de respecter les normes environnementales.

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DERRIÈRE CE DOSSIER SE CACHE UN VRAI CAS D’ÉCOLE.

La problématique soulevée par l’usine de Gardanne est un vrai cas d’école mêlant enjeux sociaux et écologiques à traiter sous l’angle de l’écosocialisme.

La réponse – complexe – réside dans :

  • un contrôle populaire et scientifique de la mise en conformité de l’usine vis-à-vis des réglementations environnementales et
  • le maintien de son activité sur le site de Gardanne.

L’outil permettant de parvenir à une « pollution zéro » est la planification écologique.

La planification écologique implique la définition d’un planning opérationnel fixant des étapes clés. Cet outil permet de garantir une lisibilité nécessaire à l’entreprise et une transparence de l’information essentielle à la population. Cette planification requiert aussi à chaque étape un travail d’analyse pour permettre les possibles rajustements.

Sur le temps long, une réflexion profonde doit être menée au sujet des impacts sur l’environnement et la santé publique des produits dérivés de l’alumine, omniprésents dans notre quotidien : industrie agroalimentaire, industrie de l’emballage, industrie pharmaceutique, cosmétologie ou encore industrie du bâtiment. Là encore, la communauté scientifique et populaire aura un rôle crucial à jouer.

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