L'algorithme "ubuesque" de Parcoursup

Parcoursup, l’avenir des étudiants se jouera dans la pléthore de variantes locales, estampillées "outils d’aide à la décision". "Opaques" pour les uns, incompréhensibles", pour les autres, ces algorithmes locaux sont "un vrai moyen de sélection" à l'entrée de l'université.

parcoursup

Dans un article très complet Alexandra Saviana (Marianne) nous présente l'algorithme "ubuesque" de Parcoursup, c’est de ce logiciel dont va dépendre, toutes les formations qui recrutent après le bac.

"Publier cet algorithme au niveau national ne sert à rien, se désole Thomas Alam, maître de conférences en sciences politiques à l’Université de Lille II. Les critères ajoutés par chaque université, chaque filière, seront absents. Le véritable enjeu est dans les algorithmes locaux, dont le contenu est aujourd’hui totalement opaque". De fait, dans l’enseignement supérieur, nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre un algorithme qui permettrait une "sélection déguisée" des candidats à l’entrée de l’université.

"L’outil de décision", c’est le petit nom donné aux algorithmes locaux qui sont censés aider les enseignants-chercheurs dans leur classement. On y trouve une somme de critères assez difficile à appréhender, supposée rendre "plus humain" le recrutement dans les universités. D’abord le "projet de formation motivé", à travers la lettre de motivation. Ensuite, les "fiches Avenir" remplies par les professeurs principaux des élèves et les proviseurs. Après, les notes des élèves en fonction de leur bulletin de Première et de Terminale (certaines filières pouvant remonter jusqu’au collège) et enfin les notes du bac, indexées sur les épreuves anticipées passées l’année précédente.

C'est là que les "spécificités locales" entrent en jeu car il revient aux formations d’établir les différentes pondérations auxquelles seront soumis les dossiers. "Nous quittons le registre national pour nous orienter vers un système où chaque filière représentera en elle-même un îlot de sélection", se désespère Christel Coton, maîtresse de conférence en sociologie à l’université de Paris I.

Passons à un deuxième critère. Les enseignants-chercheurs doivent également se pencher sur les "fiches Avenir". Sont déterminés par le prof principal : la méthode de travail d’un élève, son autonomie, son engagement, son esprit d’initiative et sa capacité à s’investir. Au proviseur est laissée la lourde tâche de déterminer la cohérence du projet du lycéen et… de donner son avis sur sa capacité à réussir ! Une fois dans l’algorithme, ces appréciations écrites doivent être transformées en note comprise entre 0 et 20, "20 étant le maximum possible donné à la modalité 'Très satisfaisant' ou 'Très cohérent'". "Dans certains lycées, les professeurs principaux n’ont pas joué le jeu. Ils ont décidé de mettre ‘Très satisfaisant’ à chacun de leurs élèves, nous explique un membre de l’Observatoire de la sélection universitaire. C’est normal, ils ont envie qu’ils réussissent ! Ce qui signifie que si on décide de faire entrer les fiches avenir dans nos critères de notation, nous allons désavantager les élèves dont les professeurs ont scrupuleusement respecté les consignes du Ministère".

Troisième et dernier élément à renseigner dans l’algorithme local : l’examen du projet de formation motivé. Exit, comme sur APB, les indications des préférences des étudiants en fonction des établissements : "Comment savoir si un étudiant veut venir si on ignore où notre filière se situe dans ses voeux ?" s’agace un enseignant. Sur Parcoursup, la réponse se trouve dans les lettres de motivation en 1.500 signes remplies par les élèves. "Mais elles peuvent avoir été rédigées par quelqu’un d’autre, du professeur au parent ! se désespère Christel Coton. On avantage les élèves dont l’entourage est suffisamment disponible et cultivé pour écrire ces billets. C’est de la sélection sociale".

Parcoursup, un nouveau marché pour les acteurs privés du conseil en orientation, des forfaits allant jusqu’à 900 euros sont proposés pour aider à l’inscription à l’université.

 

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