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Billet de blog 9 mai 2021

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Bienvenue en Greenwashie

Dans un monde où les avertissements liés au changement climatique sont en train de passer du stade d’horizon lointain à celui de réalité concrète, Emmanuel Macron a décidé de trahir un espoir à la fois écologique et démocratique : une véritable opération de greenwashing politique, à la fois cynique et criminelle.

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En émiettant progressivement l’intégralité des actions proposées par la Convention citoyenne pour le climat, puis en laissant l’indigne loi climat se faire désosser par les coups de boutoir de plusieurs lobbys, il a acté qu’il n’était pas le président de l’écologie – mais bel et bien celui du greenwashing, qui est prêt à tous les subterfuges de communication pour faire passer un vernis de peinture verte pour un programme ambitieux. Pourtant, en raison du changement climatique, ce sont des milliers d’emplois qui seront menacés dès demain. Alors que la France s’achemine vers un avenir qui oscillera entre manque d’eau, gels brutaux et fortes chaleurs fréquentes, plusieurs métiers seront directement impactés : qu’il s’agisse par exemple de l’agriculture traditionnelle ou de la viticulture, pour ne citer qu’elles, les impacts désastreux ne manqueront pas de survenir – et on ne pourra pas éternellement repousser les politiques à mener avec un mélange habile de subventions de catastrophe et de mesurettes dérisoires.

Alors que plusieurs Etats démocratiques commencent, bien trop tard, à travailler à d’ambitieuses politiques pour sortir de l’économie carbonée (notamment l’Allemagne ou les Etats-Unis), notre président, ses ministres et ses députés se contentent d’un satisfecit qui a tout du culte du chef – et rien d’une ambition écologique résolue et nécessaire. Pis encore, tout au long des débats qui ont animé la loi climat, les thuriféraires de la Macronie ont rivalisé de petites polémiques, et accompagné leur grotesque exercice législatif d'un écolo-bashing mortifère. Tous ces effets de manche ont fini par aboutir à l’apex du 9 mai 2021, lorsque fuitait dans le JDD l’abandon du référendum citoyen sur l’écologie, au moment même où le collectif "Plus jamais ça" organisait une marche pour le climat couronnée de succès.

Ainsi, plutôt que de regarder en face les changements radicaux nécessaires pour faire face aux bouleversements environnementaux, la majorité a fustigé les « khmers verts » ou la « dictature verte », en essayant de faire oublier que l’écologie propose de véritables solutions concrètes, bien au-delà des grossières manœuvres de communication. Les choses sont pourtant claires : pour contrer le changement climatique, il s’agit de créer des emplois dans des secteurs qui deviendront incontournables, de faire de la justice sociale une pierre angulaire pour reconstruire des sociétés résistantes, et de recréer de la démocratie réelle là où ne subsistent que de maigres et méprisantes consultations citoyennes, bien vite piétinées par un pouvoir trop occupé à s’écouter lui-même.

Ils parlent de dictature verte, mais ils nous privent du moindre pouvoir que nous aurions pour ralentir la course folle de notre société malade. La réalité est que, si nous devions filer la métaphore de l’autoritarisme, nous pourrions affirmer la chose suivante : nous vivons dans une dictature grise. Une dictature grise, comme une zone grise dans laquelle subsiste un flou tiède et insipide dont il faudrait apprendre à se contenter, alors que l’avenir impose l’urgence. Une dictature grise qui préfère la pollution et la société carbonée, un statu quo agrémenté de quelques aménagements, afin de satisfaire un système néolibéral d’un autre temps, qui n’a pour seul paradigme que la croissance éternelle et l’exploitation morbide de toute forme de ressource, vivante ou non - et qui agite constamment le spectre de l'extrême-droite pour pouvoir maintenir sa domination. Une dictature grise, grisée par elle-même et incapable de voir ses propres dogmes et limites, imposée à toutes et à tous sans négociation, comme une évidence, et qui nous enferme dans notre docile statut de citoyen-consommateur – comme si l’ensemble du modèle économique dans lequel nous vivions ne reposait que sur nos coupables choix quotidiens.

Un tel constat demande un changement radical de perspective : le problème n’est pas seulement le système capitaliste néolibéral dans lequel nous vivons, mais également la nature même des démocraties contemporaines. En effet, il n’existe pas de démocratie libre sans économie capitaliste – alors que l’inverse est malheureusement possible. Cet état de fait, sur lequel alertent politologues et économistes depuis plus d’une trentaine d’année, amène à un constat fort : on ne pourra pas répondre à l’urgence climatique en adaptant notre modèle économique, mais il faudra également y associer un changement de régime politique sans précédent, qui permettra de remettre la dignité, l’équité et la reconnaissance au cœur d’un projet de société qui s’organise autour de la nature, de nos biens communs, d’une organisation politique différente et, bien évidemment, d’échanges économiques repensés. Nous n’avons plus le choix que de nous diriger vers une écoarchie, qui portera en son germe l’équilibre des relations entre la nature, le vivant et des sociétés où la voix de chacun.e devra compter, quelles que soient ses origines, ses croyances, sa culture ou son identité. Le premier pas pourra peut-être, il faut le souhaiter et y travailler, résider dans des initiatives comme celle de la "Primaire populaire" qui aura lieu à l’automne 2021.

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