Frankenstein

Il se pourrait qu'on ait en main la dernière pièce du puzzle concernant la covid-19.

L'autre jour, j'avais fait une tentative de recit (1) du déroulement de la gestion du coronavirus. Je n'ai pas grand chose à y changer, si ce n'est qu'un élément nouveau pourrait bien s'avérer en être la clef ultime, celle qui permette de reconstituer l'ensemble du puzzle. Ce nouvel élément, c'est la haute probabilité que le covid-19 soit un mutant, une création de laboratoire, une sorte de Frankenstein qui aurait échappé au contrôle des hommes en sortant du labo qui l'avait créé.

L'avantage avec cette histoire, c'est que si elle s'avère vraie, elle explique tout !

Mais revenons un peu en arrière. J'étais parti il y a un an sur un billet intitulé "dictature sanitaire" (2) où je narrais les faits insupportables qui à mes yeux avaient émaillé la gestion de l'épidémie. Mais l'un d'eux m'avait particulièrement choqué, celui qui m'avait en fait amené à parler de "dictature" : que l'ensemble de la presse ait suivi le gouvernement comme un seul homme. Or il se pourrait que si le covid-19 est un mutant créé par l'homme, on ait enfin le fin mot de l'histoire.

Récapitulons. Ça commence par un documentaire de 38 minutes (hautement recommandé) de "Envoyé Spécial" (3). Il nous apprend qu'une équipe chinoise (dirigée par le docteur Shi) travaillait à Wuhan depuis des années sur les coronavirus de chauve-souris, et pose clairement la question de savoir si ce ne serait pas ses expériences qui auraient créé un mutant particulièrement adapté à l'homme. Lesdites expériences consistaient en effet à faire ce qui s'appelle un "gain de fonction", à partir d'un coronavirus de chauve-souris. Un gain de fonction consiste à doter ledit virus d'autres fonctions que celles naturelles, en l'occurence ici de le rendre le plus compatible qui soit avec l'homme. Il s'agit donc de créer des virus qui s'adaptent au plus près à l'homme, qui soient susceptibles de l'infecter le plus sûrement qui soit. Pourquoi faire ? A priori des vaccins censés combattre les ennemis les plus redoutables qui pourraient un jour advenir. On imagine évidemment la dangerosité de telles expériences, et l'on ne peut être que stupéfait quand le documentaire nous montre que les manipulations faites à Wuhan l'auraient été sans même respecter les normes les plus élémentaires de très haute sécurité !

Tout semble donc coller pour que l'hypothèse n'ait rien d'absurde, mais le point d'orgue du documentaire intervient en la personne d'un virologue australien qui, en étudiant le génome du covid-19, nous explique avoir été particulièrement choqué de découvrir qu'il semblait fait sur mesure pour l'homme, c'est-à-dire qu'il y était en fait bien mieux adapté qu'à la chauve-souris même !

Le documentaire est passé à la télé il y a quelque semaines, et à l'époque je considérais que mon enquête s'était plus ou moins terminée avec la parution de mon récit sur la gestion du covid (et puis j'en avais marre). J'étais donc moins attentif et je l'avais vu comme une question de plus parmi les innombrables alimentant la parano ambiante : encore un truc insensé, ça n'arrête jamais, m'étais-je dit sans plus trop y penser. Puis est paru récemment dans Médiapart un billet de Mucchielli reprenant la même affaire, en fait la traduction d'un article d'un certain Nicholas Wade, journaliste scientifique américain, ayant enquêté en profondeur sur le sujet. Et petit à petit les pièces du puzzle se sont mises en place...

C'est que s'il s'avérait vrai, l'hypothèse d'un virus super-dangereux trafiqué par l'homme serait susceptible d'apporter rien moins que la dernière pièce du puzzle : à savoir pourquoi dans une démocratie comme la nôtre, la totalité de la presse a pu se coucher à ce point devant un éventuel mot d'ordre de Macron.

C'est qu'on n'est pas non plus dans une république bananière, et une telle unanimité (celle donc qui m'a fait parler de dictature sanitaire) n'est quand même pas tout à fait la norme en France comme aux États-Unis. La presse donc, aurait été informée. Difficile de dire avec précision de quoi, mais pas exclu qu'elle ait su très vite la totalité de l'histoire, qu'il ait fallu ça pour faire taire son appétence naturelle à livrer des scoops. Ceci pourrait encore être corroboré par le fait que, bizarrement, cette hypothèse n'a pas été considérée comme complotiste en France, en tous cas à un moment... quand tout semblait l'être à l'époque ! (je me souviens encore de ma surprise quand je m'en suis aperçu en lisant les journaux, après avoir rigolé que ce que je racontais sur le sujet ne pouvait qu'être encore une fois vu que comme "complotiste"). Se pourrait-il que la raison en soit que la presse ait justement été informée de cette possibilité et qu'elle ne pouvait que la garder sous le pied ?

L'enquête de Wade (4) apporte encore des choses en plus du documentaire. D'abord nombre de précisions scientifiques que je ne suis pas vraiment en mesure de comprendre, mais qui me semblent corroborer sa thèse. Mais son texte ajoute en tous cas que ce sont les plus hautes autorités de santé américaines, le NIAD (sous la coupe du professeur Fauci désormais bien connu) et le NIH (sous celle d'un dénommé Collins) qui auraient financé cette recherche en Chine. Il n'est pas inintéressant à ce stade de remettre les conclusions de Wade (ici résumées) pour mieux comprendre les choses :

"Si l’hypothèse que le SRAS2 a été créé dans un laboratoire est si solide, pourquoi n'est-elle pas plus connue ? De nombreuses personnes ont des raisons de ne pas en parler et d'abord les autorités chinoises. Mais les virologues des États-Unis et d'Europe n'ont pas grand intérêt à déclencher un débat public sur les expériences de gain de fonction que leur communauté mène depuis des années.

D'autres scientifiques ne se sont pas non plus manifestés pour soulever la question : les fonds de recherche gouvernementaux sont distribués sur l'avis de comités d'experts issus des universités ; quiconque fait des vagues en soulevant des questions politiques gênantes court le risque que sa subvention ne soit pas renouvelée et que sa carrière de chercheur prenne fin.

Le gouvernement américain partage un étrange intérêt commun avec les autorités chinoises : aucun des deux ne tient à attirer l'attention sur le fait que les travaux du Dr Shi sur le coronavirus ont été financés par les instituts américains de santé publique. On peut imaginer la conversation en coulisses ; le gouvernement chinois dira : "Si cette recherche était si dangereuse, pourquoi l'avez-vous financée, et en plus sur notre territoire ?". Ce à quoi la partie américaine pourrait répondre : "On dirait que c'est vous qui l'avez laissé s'échapper. Mais avons-nous vraiment besoin d'avoir cette discussion en public ?"

Le Dr Fauci est un fonctionnaire de longue date qui a servi sous le président Trump et a repris le leadership de l'administration Biden dans la gestion de l'épidémie de Covid. Le Congrès peut avoir peu d'appétit pour le traîner sur les charbons ardents pour l'apparente faute de jugement dans le financement de la recherche sur les gains de fonction à Wuhan.

À ces murs de silence s'ajoute celui des médias grand public. À ma connaissance, aucun grand journal ou chaîne de télévision n'a fourni à ses lecteurs un traitement approfondi du scénario d'évasion du laboratoire. Comment expliquer le manque déterminé de curiosité des médias ? Une raison est la migration d'une grande partie des médias vers la gauche du spectre politique. Parce que le président Trump a déclaré que le virus s'était échappé d'un laboratoire de Wuhan, les rédacteurs en chef ont décidé que cela ne pouvait pas être vrai. Ils ont considéré l'évasion des laboratoires comme une théorie du complot. Mais quand la directrice du renseignement national du président Biden a dit la même chose, elle a aussi été largement ignorée. Ignorer la question était pour les rédacteurs en chef devenu une habitude si commode. Cela leur évitait d'avoir à reconnaître qu'ils avaient écarté pendant des mois une histoire qui leur avait été mise sous le nez en avril 2020"

En dehors d'expliquer le silence de la presse, cette hypothèse ne change pas grand chose à mon récit, si ce n'est que ce que j'ai appelé "la peste", soit l'idée que les dirigeants ont pu se faire de la menace qui planait, aurait été remplacée par une menace bien plus précise et concrète : l'apparition d'un virus mutant, donc. Aussi dans un tel scenario, comment imaginer que lesdits dirigeants n'aient pas été très vite mis au courant de la menace ? Cellle donc d'un nouveau type de fléau n'ayant donc plus rien de naturel, et qui pouvait agir non plus comme n'importe quel autre virus, mais comme une chose monstrueuse créé sur mesure pour l'homme !

Jusqu'où un tel monstre était-il capable de faire des dégâts ? Pourrait-on même s'en débarrasser un jour ? Ce pourrait bien être ce type de questions auxquelles les dirigeants ont été confronté, même si bien évidemment j'en sais rien (et vu que les réponses scientifiques ne viennent plus jamais nous éclairer depuis un an, pas facile d'affirmer les choses). N'empêche que l'article de Wade cite un virologue de l'institut Pasteur, qui parle de ce genre de mutant en ces mots : "si le virus s'échappait, personne ne pourrait prévoir sa trajectoire". La question n'est donc pas absurde.

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PS : on peut encore noter que ça pose aussi d'autres questions, en particulier par rapport aux vaccins. On sait que l'essentiel des expériences consistait à greffer des gènes de protéine Spike sur du virus, comment ne pas imaginer alors que les chercheurs n'aient pas travaillé en même temps sur cette protéine en vue d'élaborer des vaccins ? Est-ce que ça expliquerait que les vaccins américains sont focalisés sur la Spike ? Mais alors pourquoi les chinois ont-ils au contraire concentré leurs efforts sur un vaccin traditionnel ? N'étaient tout simplement pas au point dans la recherche sur l'ARN ou y a-t-il d'autres raisons ? (etc)

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(1) https://blogs.mediapart.fr/aldo-b/blog/220221/coronavirus-tentative-de-recit-0

(2) https://blogs.mediapart.fr/aldo-b/blog/200520/dictature-sanitaire

(3) https://www.dailymotion.com/video/x7zvm4s

(4) https://blogs.mediapart.fr/laurent-mucchielli/blog/100521/origine-du-coronavirus-avons-nous-ouvert-la-boite-de-pandore-wuhan

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