LA POLITIQUE PETROLIERE DU GOUVERNEMENT VENEZUELIEN A LA LUMIERE DU CONFLIT AVEC EXXON MOBIL
Par Alejandro Teitelbaum| 30/03/2008 |
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En 1914, les premiers gisements pétroliers sont découverts au Venezuela, près du lac Maracaibo, et leur exploitation, confiée à des entreprises étrangères, s'étend à d'autres bassins. La création par l'État, en 1960, de la Corporación Venezolana del Petróleo (Compagnie pétrolière vénézuélienne) et la participation du capital privé national ne modifient pas le caractère essentiellement étranger de l'industrie pétrolière.
L'importance considérable acquise par cette industrie a déterminé l'existence d'une économie vénézuélienne presque entièrement centrée sur elle et dépendante d'elle, avec une agriculture arriérée et insuffisante pour répondre à la demande alimentaire, dont la satisfaction dépendait - et dépend encore - des importations, et avec le reste de l'industrie peu développé.
Les revenus pétroliers ont toutefois permis une croissance continue des dépenses publiques et une augmentation de la capacité de production, mais sans envisager un développement harmonieux de l'économie nationale. Ces revenus ont également permis d'élever le niveau de vie d'une partie de la population, mais la grande majorité de la population urbaine et surtout rurale est restée marginalisée, vivant dans la pauvreté et l'extrême pauvreté.
Le 1er janvier 1976, sous la présidence de Carlos Andrés Pérez, la nationalisation du pétrole votée par le Congrès le 29 août 1975 est entrée en vigueur. Conformément à la loi, les propriétés, les usines et les équipements des sociétés concessionnaires étrangères ainsi que les rares actifs des concessionnaires vénézuéliens sont devenus la propriété de l'État.
Cette décision visait à changer le visage économique et social du pays, mais cela ne s'est pas produit, malgré les 274,2 milliards de dollars que Petróleos de Venezuela a injectés dans l'économie vénézuélienne entre 1976 et 1996. Sur ce montant, 175,6 milliards de dollars ont été versés au Trésor public sous forme de taxes pétrolières.
Au cours des années 90, coïncidant avec le fort virage néolibéral opéré dans toute l'Amérique latine et les Caraïbes, le Venezuela a connu ce qu'on a appelé « l'ouverture pétrolière », qui consistait à conclure des « accords opérationnels » avec des entreprises étrangères.
Sur le site web de PDVSA (Petróleos de Venezuela), on peut lire :
Les accords opérationnels, contrats d'exploitation pétrolière signés dans les années 90, ont contourné la loi en vigueur, n'ont jamais été approuvés par le pouvoir législatif et ont masqué de véritables concessions sous la forme de contrats de service, ce qui a eu des conséquences néfastes pour les revenus de la République et pour le contrôle souverain de nos ressources. Cette ouverture pétrolière a permis de violer l'article 1 de la loi de nationalisation [de 1975] (loi organique qui réserve à l'État l'industrie et le commerce des hydrocarbures) et a conduit à la privatisation de la production de près de 500 000 barils [par jour] de pétrole.
On peut en conclure que la politique pétrolière actuelle du gouvernement vénézuélien – et plus généralement, l'ensemble des relations avec le capital étranger –, telle qu'elle se manifeste dans la pratique et dans la législation, ne correspond pas à un prétendu projet de changement radical des relations socio-économiques d'exploitation et de domination en vigueur, comme le prétendent l'expression « socialisme du XXIe siècle » et autres effets de style verbaux.
Le Venezuela se trouve dans une situation privilégiée pour entreprendre des changements économiques et sociaux substantiels, grâce à ses gigantesques richesses pétrolières et à une conjoncture internationale qui lui est favorable à plusieurs égards, notamment l'affaiblissement stratégique des États-Unis.
Mais il semble que la volonté politique nécessaire pour réaliser ces changements fasse défaut au sein de la direction, tout comme une condition indispensable pour les mener à bien : une véritable participation populaire aux décisions et au contrôle de la gestion de l'État.