LE MEXIQUE ET LES ÉTATS-UNIS : UNE RELATION TRES INEGALE
Alejandro Teitelbaum
La frontière entre le Mexique et les États-Unis, longue d'environ 3 185 kilomètres, est extrêmement perméable, tant sur le plan légal qu'illégal. Du côté mexicain de la frontière, les « maquiladoras », au nombre d'environ 3 000, font partie de chaînes de production binationales : elles importent des composants et des matières premières des États-Unis, que les travailleurs mexicains assemblent pour des salaires environ dix fois inférieurs à ceux pratiqués aux États-Unis, puis, une fois terminés, les produits sont réexportés de l'autre côté de la frontière.
Par exemple, à Ciudad Juárez (où les assassinats se comptent par milliers chaque année), ville frontalière avec El Paso aux États-Unis, de nombreuses femmes travaillent dans les « maquiladoras » dans des conditions pénibles (salaires dérisoires et horaires prolongés), aggravées par l'insécurité : elles se rendent au travail tôt le matin, en partie en bus et en partie à pied, marchant dans des zones pratiquement désertiques alors qu'il fait encore nuit, et rentrent chez elles la nuit dans les mêmes conditions. Certaines d'entre elles sont agressées et disparaissent. Parfois, leurs corps sont retrouvés, parfois non.
La « perméabilité » des frontières, qui a fourni du travail à de nombreux Mexicains et Mexicaines, mais dans des conditions de travail misérables, s'est considérablement accrue avec l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA, NAFTA en anglais) entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, qui est entré en vigueur le 1er janvier 1994. La subordination du Mexique à son voisin du Nord résultant de l'ALENA a été complétée en 2005 par le Partenariat pour la sécurité et la prospérité de l'Amérique du Nord (PSPA).
Parallèlement à cette perméabilité, le trafic de drogue entre le Mexique et les États-Unis a augmenté de manière considérable, ce qui a donné lieu à la formation de puissantes mafias de narcotrafiquants qui se disputent de manière violente et sanglante le contrôle du commerce, ce qui explique en partie les massacres quotidiens. À cela s'ajoute le fait que ces bandes proposent aux Centraméricains qui transitent par le Mexique pour se rendre aux États-Unis de transporter de la drogue vers ce pays. En d'autres termes, de travailler pour eux comme « mules ». Et s'ils refusent, ils sont assassinés. Cela explique la fréquence des découvertes de groupes de cadavres mutilés et non identifiables.
Il en va de même pour les femmes mexicaines qui refusent de travailler comme « mules » pour les narcotrafiquants.
« Fast and furious » (rapide et furieux) n'est pas seulement un film, c'est aussi le nom d'un des programmes avec lesquels les États-Unis, par l'intermédiaire des fonctionnaires du Bureau fédéral de l'alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs (Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives-ATF), a contribué à la « lutte » contre le trafic de drogue au Mexique, dans le cadre de l'« Initiative Mérida ». Ce programme consistait à autoriser, voire à encourager, le trafic illégal d'une grande quantité d'armes de toutes sortes des États-Unis vers le Mexique, à destination des narcotrafiquants. L'explication de cette procédure, pour le moins originale, censée lutter contre les narcotrafiquants, était que le suivi des armes permettrait de localiser ces derniers. Le résultat a été que la trace de la grande majorité des armes a été « perdue », celles-ci restant entre les mains des mafieux.
C'est une pratique courante des services américains, en particulier de la CIA : travailler en équipe avec les narcotrafiquants et les trafiquants d'armes. L'un des cas les plus connus est celui du soutien logistique apporté à la « contra » nicaraguayenne (affaire Iran-Contra ou Irangate). Voir http://es.wikipedia.org/wiki/Implicaci%C3%B3n_de_la_CIA_en_el_tr%C3%A1fico_de_drogas. Ce site mentionne également les liens entre la CIA et les narcotrafiquants mexicains.
Il est certain que le trafic de drogue est l'une des principales sources de profits d'une pyramide dont la base est constituée par les petits « dealers » de quartier et les gangs locaux, et dont le sommet est occupé par le grand capital transnational.
MÉXICO, ESTADOS UNIDOS, UNA RELACIÓN MUY DESIGUAL
Alejandro Teitelbaum
La frontera de México con Estados Unidos tiene una longitud aproximada de 3.185 kilómetros es sumamente permeable, legal e ilegalmente. Del lado mexicano de la frontera las“maquiladoras” en número de aproximadamente 3000, forman parte de cadenas binacionales de producción: importan componentes y materias primas de Estados Unidos, que las/os trabajadoras/os mexicanas/os se encargan de ensamblar por salarios unas diez veces inferiores a los de Estados Unidos y una vez terminados son reexportados al otro lado de la frontera[1].
Por ejemplo en Ciudad Juárez (los asesinados por año se cuentan por miles), fronteriza con la ciudad de El Paso de los Estados Unidos, muchas mujeres trabajan en las“maquiladoras” en condiciones laborales penosas (salarios ínfimos y horarios prolongados) con el agravante de la inseguridad: viajan al trabajo de madrugada, en parte en ómnibus y en parte a pie, caminando en zonas prácticamente desérticas cuando todavía no hay luz de día y vuelven a sus domicilios ya de noche en las mismas condiciones. Algunas de ellas son atacadas y desaparecen. A veces se encuentran sus cadáveres y a veces no.
La “permeabilidad” fronteriza, que proporcionó trabajo a numerosos mexicanas/os pero en condiciones laborales miserables, aumentó de manera considerable con el Tratado de Libre Comercio de América del Norte (TLCAN, NAFTA en inglés) , entre Estados Unidos, Canadá y México, que entró en vigor el 1 de enero de 1994. La subordinación de México a su vecino del Norte resultante del TLCAN se completó en 2005 con la Alianza para la Seguridad y la Prosperidad de América del Norte (ASPAN).
Y simultáneamente con esta permeabilidad aumentó en proporciones enormes el tráfico de drogas desde México hacia los Estados Unidos, lo que dio lugar a la formación de poderosas mafias de narcotraficantes que se disputan de manera violenta y sanguinaria el control del negocio, lo que explica, en parte, las matanzas cotidianas. A ello se suma que dichas bandas proponen a los centroamericanos que transitan por México teniendo por objetivo los Estados Unidos que transporten drogas a dicho país. Es decir que trabajen para ellos como “mulas”. Y si éstos se niegan los asesinan. Lo que explica el frecuente hallazgo de grupos de cadáveres mutilados e inidentificables.
Lo mismo suele ocurrir con mujeres mexicanas cuando se niegan a trabajar como “mulas” para los narcotraficantes.
“Fast and fourious” (rápido y furioso) no es sólo un film sino es también el nombre de uno de los programas con que los Estados Unidos, a través de funcionarios de la Oficina Federal de Alcohol, Tabaco, Armas de Fuego y Explosivos (Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives-ATF), ha contribuido a la “lucha” contra el tráfico de drogas en México, como parte de la “Iniciativa Mérida”. Ha consistido en permitir e incluso alentar el tráfico ilegal de gran cantidad de armas de todo tipo de Estados Unidos a México destinadas a los narcotraficantes. La explicación de este procedimiento, por lo menos original, supuestamente destinado a combatir a los narcotraficantes, fue que siguiendo la pista de las armas se localizaría a los narcotraficantes. El resultado fue que se “perdió” la pista de la gran mayoría de las armas, las que quedaron en manos de los mafiosos.
Es una constante de los servicios estadounidenses, particularmente de la CIA: trabajar en equipo con los narcotraficantes y los traficantes de armas. Uno de los casos más conocidos fue el del apoyo logístico a la “contra” nicaragüense (caso Irán- Contra o Irangate). Veáse http://es.wikipedia.org/wiki/Implicaci%C3%B3n_de_la_CIA_en_el_tr%C3%A1fico_de_drogas. Allí se mencionan también los vínculos de la CIA con los narcotraficantes mexicanos.
Por cierto que, además, el tráfico de drogas es una de las principales fuentes de beneficios de una pirámide que tiene su base en el pequeño “dealer” de barrio y las bandas locales y su cúspide en el gran capital transnacional.