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Billet de blog 25 oct. 2021

LA DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES EN MATIÈRE D’EMPLOI

La mondialisation a entraîné des changements négatives pour les travailleurs dans les relations de travail et particulièrement pour les femmes travailleuses

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LA DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES EN MATIÈRE D’EMPLOI.

Mirta SOFIA TEITELBAUM

I — La mondialisation a entraîné des changements dans les relations sociales et en particulier dans les relations de travail, dont l’une des caractéristiques est l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail. Entre 1973 et 1990, le taux de participation des hommes à l’emploi est passé de 88 % à 83 % et celui des femmes de 48 % à 60 % (1). L’entrée des femmes sur le marché du travail s’est faite pour deux raisons : premièrement, leur désir d’être reconnu en tant qu’individus et en tant que citoyennes dans une société où cette reconnaissance dépend avant tout des apports financiers que procure un revenu ; la seconde, en raison de l’inéluctable nécessité de travailler face au chômage des membres masculins de la famille. Mais cette entrée sur le marché s’est faite dans des conditions aussi discriminatoires que celles qui existaient auparavant. Plus grave encore, la femme a été utilisée comme main-d’œuvre de réserve pour diminuer la rémunération et offrir des conditions de travail défavorables.

Si certaines femmes choisissent de travailler plutôt que de rester au foyer, la grande majorité d’entre elles, en particulier dans les pays les moins avancés, le font non pas par choix, mais par obligation. Lorsqu’elles restent à la maison, elles assument un certain nombre de tâches domestiques et de soins aux personnes et aux biens, lesquels sont souvent lourds. Ces tâches restent en dehors de la sphère du marché du travail et ces femmes sont qualifiées d’« économiquement non actives », même si elles exercent des activités indispensables à la survie et au développement de la famille et contribuent parfois à des industries ou à l’artisanat destinés au marché. Les tâches ménagères, les soins et l’assistance aux personnes (santé, éducation, habillement, hygiène) et les éléments qui constituent le patrimoine familial sont sous-estimés. Cette sous-évaluation détermine également les bas salaires des maîtresses d’enfants en bas âges, des infirmières ou des femmes de  ménage.

 L’entrée des femmes sur le marché du travail a réduit le temps qu’elles consacrent aux tâches liées à la reproduction (non seulement donner naissance, mais aussi élever, nourrir, éduquer, s’occuper de la santé et aider à la socialisation des enfants) et domestiques, mais elle a surtout réduit leur temps libre. Le manque de temps libre entrave non seulement leur droit au repos et aux loisirs, mais aussi leur droit à l’éducation et leur droit de participer à la vie culturelle et scientifique. Lorsque les femmes n’ont pas le temps d’accomplir toutes les tâches dont elles ont la charge, elles en délèguent souvent une partie à leurs filles, ce qui contraint souvent les filles à abandonner l’école. C’est de cette manière qu’un cercle vicieux se crée dans lequel la femme manque de formation nécessaire et doit accepter des postes de rang inférieur, moins bien rémunérés et de conditions plus difficiles.

II — La contraction du rôle de l’État dans l’économie, en particulier la réduction drastique des dépenses sociales, est plus préjudiciable aux femmes qu’aux hommes. En effet, de nombreux services réduits ou supprimés les aidaient à alléger une partie de leurs tâches familiales et à rendre une vie professionnelle compatible avec la maternité.

L’absence de services de garde d’enfants les oblige à accepter des emplois à temps partiel ou à confier leurs enfants à d’autres personnes, généralement des femmes, ce qui alourdit le fardeau de ces dernières. La privatisation des services de santé oblige les femmes de condition modeste à s’occuper elles-mêmes de leurs malades. Comme l’indique un document des Nations Unies : « il est de plus en plus manifeste que la pauvreté, le chômage et la détresse s’aggravant, les politiques d’ajustement structurel exacerbent la violence à l’égard des femmes, car ils réduisent leur pouvoir économique et augmentent leur fardeau en raison de la diminution ou de la perte des services sociaux. » (2).

Les taux de chômage élevés agissent comme facteur de coercition dans les négociations où les entreprises sont parvenues à réduire les coûts salariaux afin, selon elles, de devenir plus compétitives. Dans les zones franches industrielles pour l’exportation, à Maurice, 80 % des femmes travaillaient jusqu’en 1984. Cette année-là, le gouvernement a décidé de supprimer le salaire minimum pour les hommes et le pourcentage de femmes employées dans ces zones est tombé à 66 %étant donné que les hommes ont accepté des salaires similaires à ceux des femmes (3).

III — La flexibilité et l’insécurité de l’emploi ont remplacé le plein emploi par une rémunération régulière et à temps plein. Cette tendance, conjuguée au chômage, a poussé de nombreuses femmes peu qualifiées vers un emploi occasionnel, temporaire, domestique ou « indépendant », ainsi que vers un emploi à domicile ou d’autres formes de travail (vente de rue, traitement des déchets) ou de services (soins aux malades ou aux personnes âgées à domicile, etc.) généralement non déclarés, c’est-à-dire dans le secteur informel, non structuré, hors du contrôle des lois et des institutions. Le travail dans le secteur informel ne bénéficie pas d’avantages sociaux (assurance maladie ou accident, congés de maternité, congés payés, etc.), de stabilité (l’employeur n’est pas tenu de verser des indemnités de licenciement) et de droit à la retraite.

La situation des travailleurs indépendants dans le secteur informel a été décrite dans un rapport sur le Burkina Faso où il est indiqué que le secteur informel fournit 20 % du produit brut du pays et permet à 80 % de la population urbaine active du point de vue économique de vivre : « Ces travailleurs ne bénéficient d’aucune sécurité sociale, ils ne possèdent pas de machines, de matières premières ni aucun autre produit nécessaire. Les chaînes de distribution sont chaotiques et possèdent un faible niveau d’éducation. En raison de tout cela, les produits de ces travailleurs n’ont pas la qualité nécessaire pour être compétitifs, de sorte que ces derniers doivent souvent se consacrer à plusieurs branches d’activité en même temps. Ils n’ont accès ni au capital ni aux garanties, et il leur est donc très difficile d’obtenir des crédits (…) » (6). Le rapport ajoute que les femmes représentent une impressionnante majorité dans ce secteur.

Les nouvelles technologies appliquées à l’agriculture ont supplanté la main-d’œuvre féminine dans les campagnes et ont réduit la participation des femmes à ce que l’on appelle la population active agricole. En Afrique subsaharienne, où la situation des femmes était meilleure que celle des autres pays sous-développés, selon les indicateurs de mortalité, de nutrition et de santé, grâce à leur rôle important dans le système agricole, les nouvelles technologies ont déplacé cette fonction. Les cultures d’exportation, qui emploient essentiellement des hommes, ont également contribué à la détérioration de la situation des femmes. Leur accès à la terre s’est réduit, car l’attribution des terres résultant des programmes d’ajustement structurel leur a souvent fait perdre leurs droits traditionnels d’usufruit sur les terres arables, ce qui a ainsi réduit leurs revenus. L’introduction de la propriété individuelle et la réduction des droits fonciers communaux ont également réduit l’accès des femmes aux ressources productives en Asie du Sud (7).

IV — De nombreux travailleurs ont dû migrer en raison du chômage industriel et agricole. Le nombre de migrants dans le monde est estimé à 214 millions. Les migrants représentent 3,1 % de la population mondiale et les femmes 49 % des migrants. Soixante-quinze pour cent des migrants représentent 12 % du total des pays (8). Aucun de ces pays, parmi lesquels les pays européens et les États-Unis, n’a ratifié la Convention des Nations unies sur les travailleurs migrants, qui vise à garantir aux migrants des droits égaux à ceux des travailleurs nationaux et à protéger les travailleurs sans papiers non seulement en tant qu’entités économiques, mais aussi en tant qu’êtres humains disposant de droits.

Selon un rapport récent de la BID, les migrants font désormais partie intégrante des marchés du travail des pays industrialisés (aux États-Unis, ils représentent 23 % des travailleurs du secteur manufacturier et 20 % des travailleurs du secteur des services). Mais la migration est parfois associée à une baisse des salaires des travailleurs peu qualifiés dans les pays les plus développés (9). Selon ce même document « la majorité des travailleurs de la région qui émigrent vers les pays développés s’insère dans les secteurs les moins qualifiés de la structure professionnelle », mais « les pays les plus petits et les moins développés sont ceux qui souffrent le plus de l’exode des travailleurs. » Le nombre de femmes qui émigrent est considérable. Pour les migrantes, il s’agit d’une stratégie de survie élaborée pour augmenter les revenus de la famille, en réduisant au minimum le lien avec l’économie nationale défaillante par l’intermédiaire du chef de famille de sexe masculin. L’un des effets les plus importants des migrations constitue les envois de fonds de la part des migrants à l’attention de leur famille et de leur communauté d’origine. En 2008, les envois de fonds dans le monde ont dépassé 444 milliards de dollars des États-Unis, dont 338 milliards pour les pays en développement.

Beaucoup de femmes se tournent vers les services à domicile. Aux Philippines, par exemple, qui est le plus grand pays d’émigration d’Asie, le nombre de femmes qui émigrent est supérieur à celui de leurs compatriotes de sexe masculin dans la proportion de 12 pour 1. La diminution des services sociaux a entraîné une hausse de la demande de services à domicile de la part des ménages aisés des pays développés. Les travailleurs à domicile immigrés hébergés au domicile de leur employeur sont particulièrement exposés à diverses formes de mauvais traitements (verbaux ou physiques) sur leur lieu de travail qui, dans le pire des cas, ont entraîné la mort de l’employé. Les mauvais traitements infligés à l’employé migrant comprennent des insultes de type raciste, qui visent généralement à humilier le travailleur et à exiger sa soumission. Le harcèlement et les sévices sexuels semblent courants et entraînent de graves répercussions à long terme sur la santé des travailleurs, en particulier lorsque les victimes sont des filles (10).

V — Le travail forcé, parfois dans des conditions d’esclavage, semble être admis dans plusieurs pays d’accueil de migrants pour le service à domicile. Dans beaucoup d’autres pays, le travail forcé des enfants est une pratique courante selon la tradition qui consiste à confier des enfants en bas âge à des adultes pour effectuer des travaux à domicile, souvent trop difficiles et durant toute la journée, sans salaire ni droit au repos (11). Les femmes, qui sont majoritaires dans ce secteur, et en particulier les filles, sont les principales victimes de l’absence de normes qui caractérisent ce service. En effet, plusieurs pays ont, en ratifiant les conventions de l’OIT, exclu les travailleurs à domicile de leur champ d’application de ces dernières. Les conventions concernées sont par exemple la Convention sur la sécurité et la santé des travailleurs, 1981 (no 185), la Convention sur la fixation du salaire minimum, 1970 (no 131) et la Convention sur l’âge minimum, 1973 (no 138) (12).

VI — L’un des domaines où la discrimination à l’égard des femmes apparaît le plus clairement est celui de la rémunération et des conditions de travail. Outre d’autres raisons qui contribuent à aggraver cette discrimination (migrants, mineurs, qualification insuffisante faute de possibilités d’éducation ou en raison de la provenance de zones agricoles), les femmes sont victimes de discrimination du seul fait de leur statut. Des études récentes en Europe et en Asie centrale ont montré que les progrès dans ce domaine sont très lents. Les femmes gagnent en moyenne 15 % de moins par heure de travail que les hommes. Aux États-Unis, plusieurs études du National Committee on Pay Equality ont révélé que l’écart entre les salaires des deux sexes se réduit très lentement. Une étude de 2008 de l’International Poverty Centre fournit des indicateurs de ces différences entre les travailleurs adultes urbains d’Argentine, du Brésil, du Chili, du Salvador et du Mexique qui montrent que les femmes perçoivent des rémunérations équivalentes à 80 % de celles des hommes ; la proportion est inférieure en Argentine, où elles perçoivent 92 % (14). Selon les données officielles de l’Argentine, ce sont les mères qui souffrent le plus de discrimination, car elles perçoivent des rémunérations qui sont presque de 20 % inférieures à celles des femmes sans enfants (15).

 La discrimination à l’égard des femmes se produit non seulement aux niveaux les plus bas de l’échelle sociale, mais aussi aux niveaux les plus élevés. Les femmes sont sous-représentées dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Des enquêtes menées dans onze pays européens ont montré qu’en moyenne, les femmes ne représentent que 14 % des membres de ces conseils. La moyenne s’élève grâce à des pays comme la Norvège (41 %) et la Suède (27 %), mais d’autres pays comme la France (9 %), l’Espagne (8 %) et le Portugal (3 %) montrent que les femmes sont l’objet de discriminations dans les promotions et surtout dans les postes de direction (17).

Sur les 3 milliards de personnes employées dans le monde en 2008, 1,2 milliard de personnes étaient des femmes. Seule une faible proportion des femmes actives travaille dans l’industrie (18,3 % contre 26,6 % pour les hommes en 2008). La grande majorité se trouve travaillent dans le secteur de l’agriculture et de plus en plus dans les services (en 2008, le secteur des services représentait 46,3 % du total de l’emploi féminin contre 41,2 % pour les hommes). Les conditions de travail des hommes et des femmes sont très différentes. À l’échelle mondiale, les femmes occupant des emplois vulnérables (celles qui, selon l’OIT, reçoivent des salaires minimes, ne bénéficient pas de la protection sociale et de la sécurité sociale qui les met à l’abri du défaut de travail et ne peuvent pas épargner suffisamment pour les périodes de chômage) comprennent non seulement celles travaillant dans le secteur informel, mais aussi celles qui, ayant un emploi, ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins élémentaires, soit 52,7 % contre 49,1 % pour les hommes.

Cette période est caractérisée par la création d’emplois rémunérés endessous du minimum vital. Le droit à un travail stable et à des conditions de travail dignes (ou décentes, comme le réclame l’OIT, en atténuant la revendication d’un droit humain essentiel) n’est pas applicable dans la société actuelle. Pour augmenter leurs bénéfices, les entreprises recourent à l’extorsion, obligent leurs travailleurs à accepter des conditions de travail et des rémunérations inférieures à celles qu’ils avaient, ferment des lieux de production (ce qui crée du chômage) pour se rendre dans des pays où la main-d’œuvre est peu rémunérée et investissent les bénéfices dans le marché financier au détriment de l’investissement productif qui leur permettrait de maintenir les sources d’emploi. La course à l’accumulation de richesses semble sans fin.

Dans le secteur agricole, les sociétés transnationales (STN) ont généralement un impact négatif, tant sur la population que sur les priorités nationales, car elles sont orientées vers l’exportation et dévastent souvent les cultures de subsistance. Comme elles investissent souvent dans des technologies visant à optimiser l’exploitation, elles éliminent les méthodes et les cultures traditionnelles. Quant aux femmes, elles sont privées de leur rôle traditionnel dans l’agriculture et sont contraintes à émigrer, comme cela a été évoqué précédemment. L’emploi qu’offrent ces sociétés dans les campagnes est saisonnier et à temps partiel et les droits des travailleurs à une rémunération équitable sont souvent violés. Les travailleurs migrants sans papiers sont contraints de travailler dans des conditions déplorables et reçoivent des salaires très bas. Dans les plantations des STN, des enfants sont employés à des tâches pénibles et dangereuses. Les produits agrochimiques tels que les PCB, le DDT et les dioxines, qui sont des polluants organiques persistants, sont également couramment utilisés (18).

VII - Une partie des investissements directs des STN à l’étranger s’effectue dans les zones franches d’exportation. Au milieu des années 80, il existait quelque 176 zones franches dans 47 pays en développement, où le STN employait 1,3 million de personnes et 600 000 autres dans des zones similaires à des zones franches  (19). Vingt ans plus tard, on estime qu’il existe dans le monde 2000 zones franches employant 27 millions de travailleurs, dont 60 à 90 % sont des femmes (20). Il est difficile d’établir l’influence des investissements directs des sociétés transnationales dans les différents pays en raison de la tendance actuelle à la sous-traitance, qui prévaut dans la grande majorité de ces investissements. La sous-traitance encourage souvent le travail informel, qui procure des avantages directs non seulement aux sous-traitants, mais aussi aux STN. Le travail informel fait baisser les coûts de main-d’œuvre pour ces entreprises. En effet, la sous-traitance (que ce soit par des entrepreneurs locaux ou des investisseurs étrangers) libère les STN de toute responsabilité à l’égard des travailleurs. Ces derniers perdent les petits avantages que leur donnait le fait d’avoir un emploi légal offrant certains avantages sociaux. Dans certaines industries, l’importance de la sous-traitance est telle que les sièges des STN sont généralement de simples bureaux administratifs. En Malaisie, par exemple, plus d’un tiers de la production électronique, du textile et de l’habillement est sous-traité ; en Thaïlande, 38 % des vêtements industriels sont produits par des travailleurs à domicile et aux Philippines, 25 à 40 %.

Parmi les avantages économiques dont bénéficient les sociétés transnationales, on compte non seulement la main-d’œuvre bon marché, mais aussi un certain nombre d’avantages que les gouvernements accordent aux investisseurs. Au Guatemala, par exemple, la loi leur accorde une suspension temporaire du paiement des droits de douane et des taxes à l’exportation de matières premières, de produits semi-transformés, etc. jusqu’à une période d’un an renouvelable pour une année supplémentaire et les exonère de l’impôt sur le revenu pour une période de dix ans. Au terme de cette période, les entreprises donnent l’impression de fermer. En réalité, elles changent de nom ou de domicile et continuent ainsi à bénéficier de cet avantage (21). Ainsi, les bénéfices perçus par les États bénéficiaires des investissements directs sont faibles et ceux qui parviennent à la société sont beaucoup moins importants. D’autre part, ces sociétés réussissent à éliminer les entreprises nationales qui ne peuvent pas rivaliser avec elles et éliminent les petits producteurs et les industries naissantes.

Malgré les avantages accordés aux STN, les travailleurs des zones de production pour l’exportation ou des zones franches ne bénéficient pas de conditions de travail décentes. Alors que ces derniers percevaient dans le passé de meilleurs salaires que les emplois locaux, on observe une tendance à l’égalisation des salaires des sociétés transnationales et nationales. Le seul avantage dont ces travailleurs bénéficient est une relative stabilité s’ils sont employés dans l’industrie directement par une STN et non par l’un de ses sous-traitants (22). Par ailleurs, ils sont l’objet de violations de leurs droits, comme le décrit une étude sur les maquilas (usines d’assemblage) au Honduras : licenciements arbitraires et parfois massifs (en raison de fermeture ou afin de punir les participants à des activités syndicales) suspension des contrats sous prétexte de défaut de matières premières ou de défaut de débouchées pour les exportations, incitations à la production dont les prix ne sont pas respectés, campagnes de harcèlement antisyndical et manœuvres pour empêcher les délégués de remplir leur fonction, mauvaises conditions d’hygiène et de sécurité au travail, contrats temporaires (licenciement des travailleurs à la fin de la période d’essai), mauvais traitements psychologiques et moraux (insultes, traitement blessant, cris de la part du personnel intermédiaire), heures supplémentaires obligatoires (sous la menace de sanctions ou de licenciement), absence de soins médicaux et non-respect des obligations légales en cas d’incapacité de travail, de maladie et de maternité, non-paiement d’indemnités pour accidents du travail (y compris décès), discrimination dans la sélection du personnel fondée sur l’âge, le handicap ou la grossesse (23).

Les femmes, largement majoritaires dans certaines maquilas comme le textile et l’habillement, sont soumises à de dures conditions de travail. Elles sont notamment l’objet de discrimination sexuelle, doivent effectuer un test attestant qu’elles ne sont pas enceintes pour obtenir un emploi, subissent la violation des lois sur la maternité et sont sujettes au harcèlement sexuel de la part de leurs supérieurs hiérarchiques. S’ajoutent à cela les facteurs d’ordre général tels que l’utilisation restreinte des toilettes, le manque d’eau potable, les journées excessivement longues, les rythmes de travail exigés, le manque de ventilation et les humiliations verbales, surtout de la part du personnel de surveillance (24).

VIII — La publication de l’OIT intitulée « Tendances mondiales de l’emploi », indique que la tendance à l’appauvrissement des travailleurs se poursuit dans les pays en développement, comme on l’a vu les années précédentes. Les travailleurs qui perçoivent 1,25 dollar des États-Unis par jour représentent, dans le monde, 19,4 % du total des personnes ayant un emploi et ceux qui perçoivent 2 dollars par jour, 40,5 %. La situation est particulièrement grave en Afrique subsaharienne, où la première catégorie de travailleurs citée représente 58,3 % des travailleurs et la seconde 82,2 % ; en Asie du Sud, ils sont 39,5 % et 79,7 %. Bien que les indicateurs de pauvreté par sexe soient rares, il existe des preuves de l’écart entre les sexes. En Inde, par exemple, la dernière enquête sur la population active (2004-2005) a révélé qu’une femme sur trois de plus de 15 ans était classée comme économiquement active contre 83 % des hommes. Les femmes qui travaillent sont les plus touchées par la pauvreté : 36 % de ces femmes gagnent un dollar par jour contre 30 % des hommes. 86,4 % des femmes qui travaillent vivent avec leur famille avec moins de deux dollars par personne et par jour contre 81,4 % des hommes. Cependant, les filles souffrent d’un fardeau disproportionné : alors que les femmes de plus de 15 ans représentent 27 % des personnes ayant un emploi en Inde, les filles représentent 42 % du total des enfants ayant un emploi (25).

Les femmes sont parmi les principales victimes de la pauvreté. En effet, plus les individus ou les groupes se situent dans le bas de l’échelle sociale, plus graves sur eux sont les conséquences des politiques ou des crises économiques. Selon l’OIT, « plusieurs études ont démontré que la répartition souple du temps des femmes a été l’un des aspects de l’adaptation à la pauvreté croissante ; les femmes ont augmenté le temps qu’elles consacrent aux activités productives et communautaires, souvent aux dépens du travail à domicile, des soins à la famille et de leur propre temps libre »(26). Comme indiqué dans un document des Nations Unies « Il apparaît de plus en plus clairement que, du fait de l’aggravation de la pauvreté, du chômage et de la détresse, les politiques d’ajustement structurel exacerbent la violence à l’égard des femmes en réduisant leur pouvoir économique et en alourdissant leur fardeau en raison de la diminution ou de la perte de services sociaux. »(27).

Notes :

 1 OIT, « Rapport sur le travail dans le monde — 1993 »

2 ONU, « Paz : Mesures visant à éliminer la violence à l’égard des femmes dans la famille et dans la société », rapport du Secrétaire général à la Commission de la condition de la femme à sa trente-huitième session, E/CN.6/1994/4, New York, 7‑18 mars 1994, par. 54.

3 Luchmun, Dev, « Women in trade Unions in the Mauritius export processing zones »

4 OIT, « Global Employment Trends for Women », mars 2009, page 8.

5 Op.cit. 

6 Cissé,M., « Trade Unions and Workers in Teh informal sector in Burkina Faso » dans Women in trade Unions, Organizing the unorganized, OIT, Genève, 1994

7 Klansen, S., « Gender Inequality and development Strategies : Lessons from the past and policy issues for the future », OIT, World Employment Programme, WEP 2-46/WP.41, Genève, 1993.

8 Organisation internationale pour les migrations — OIM, « Prévisions et tendances mondiales » en mhtml://C:/Users/Utilisateurs/MIGRACIONES7OIM-

9 Levaggi, Virgilio, Directeur général adjoint de l’OIT pour l’Amérique latine et les Caraïbes, « Panorama de las migraciones laborales en la región », citant la BID, Dinero a casa. « Cómo apalancar el impacto de desarrollo de las remesas », 2006

10 OIT, Conférence internationale du travail 2010. « Travail décent pour les travailleurs domestiques », page 9

11 Op. cit. 

12 Op. cit. 

13 CIS, « Les normes fondamentales du travail reconnues internationalement dans l’Union européenne, rapport pour l’examen de la politique commerciale de l’Union européenne par le Conseil général de l’OMC », Genève, 26 et 28 février 2007

14 Op. cit. 

15 Voir http://www.ieco.clarin.com/economia/nivel-laboral-madres-ganan_0_10140029.html  du 8 février 2010

16 Op. cit. 

17 Journal « Le Point », France, 28 janvier 2010.

18 Comisión para la Defensa de los Derechos Humanos en Centroamárica(Commission pour la défense des droits de l’homme en Amérique centrale), document écrit présenté par cette organisation non gouvernementale à la Commission des droits de l’homme des Nations Unies (E/CN,4 Sub. 2/1997/NGO/5) 23 juillet 1997.

19 Kreye, Henrichs et Fröbel, « Multinational Enterprises and Employment », Working paper Nº 55, OIT, 1988, page 15

20 CINTERFOR, Centre interaméricain de recherche et de documentation sur la formation professionnelle. Voir  http://www http://www..cinterfor.org.uy/public/spanish/region/Ampro/Cinterfor/thèmes/gender/doc/cinter/pacto/cue_gen/zom_fra.htm

21  « La realidad de las maquilas ». Étude réalisée dans le cadre de la campagne de sensibilisation sur les conditions de travail des femmes en Amérique centrale. Fundació Pau i Solidaritat, Catalogne, 2002

22  Braunstein, Elissa, « Foreing Direct Investment, Development and Gender Equity: A Review of Research and Policy ». United Nations Institute for Social Development (UNRISD), Occasional paper 12, Genève , 22 mars 2006

23 Op.cit 

24 Op. cit. 

25 Op. cit 

26 OIT  Conseil d’Administration. Commission d’emploi et politique social (GB 261/ESP/2/2, 261ª réunion , Genève, novembre 1994,par. 54.

27 « Paz: Mesures visant à éliminer la violence à l’égard des femmes dans la famille et dans la société », rapport du Secrétaire général à la Commission de la condition de la femme à sa trente-huitième session, E/CN.6/1994/4, New York, 7‑18 mars 1994, par 54.

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