La déroute de Montéty et les moeurs de l'édition

Etienne de Montéty vient de commettre un roman : la route du salut (Gallimard, septembre 2013, livrel à 13,99 € - un prix honteux !). Derrière l'histoire banale racontée platement se cache une idéologie nauséabonde.

 

Voyons l'histoire : des Français d'origines diverses vont finir par combattre en Bosnie. La construction des personnages n'est pas habile, puisqu'elle nous fait penser (sans l'égaler, heureusement pour Montéty !) au Quatre-vingt treize de Victor Hugo, qui est une référence dans la médiocrité. Quant au style, il ne subjuguera personne, et le catalogue de marques en rebutera quelques uns. Il commence d'ailleurs comme ça :

« Les moteurs dégageaient une forte odeur de gas-oil. Devant la gare routière où d'ordinaire stationnaient les autocars de la Transmont, une dizaine de camions, des Skania, des Mercedes venus d'Allemagne, des Tam sortis des usines de Maribor, manœuvraient dans la poussière. »

Six pages plus loin :

« Sur le bord du chemin stationnaient les gros LKT, les tracteurs forestiers, les seuls capables de tirer les camions embourbés. »

On stationne beaucoup chez Montéty (à n'en pas douter), qui aurait pu donner une marque de tronçonneuse pendant qu'il y était. Nous vous épargnons les paroles de chansons anglaises (Sex Pistols, Police, etc.) : pour faire djeuns vintage ?

 

Comme Etienne de Montéty n'est pas un imbécile, pourquoi raconte-t-il cette guerre bosniaque, dont il n'a probablement aucune expérience personnelle (ni de la guerre, ni de la Bosnie) ? Pour délivrer son message amalgamé ? Les armes de guerre circulant en France dans le Milieu proviennent des Balkans (c'est un fait), et ce sont des combattants musulmans français qui les auraient introduites (c'est une hypothèse) pour entamer une future guerre de bastions communautaires (en filigrane dans les dialogues du roman). Disons-le simplement : à sa manière, Montéty contribue à inoculer les virus de la haine et du fanatisme.

Venant d'un autre Tartempion, on en resterait au premier degré : par facilité, un écrivailleur en manque d'argent pisse une histoire en deux mois pour renflouer sa caisse. Mais comme Montéty a déjà commis une biographie de Thierry Maulnier (collaborateur de Je suis partout et de l'Action Française – presse d'extrême-droite pendant les années noires de la France), un essai sur Kléber Haedens (secrétaire de Charles Maurras pendant l'Occupation), un livre d'entretien avec Hélie de Saint-Marc (haut gradé parachutiste putschiste de 1961 à Alger), nous constatons qu'il nage volontiers dans les eaux bouillonnantes de la pensée réactionnaire. La France moisie a plus que jamais pignon sur rue, maîtrisant les outils de propagande à son avantage.

 

Que fait-on dans le monde de l'édition pour laisser publier un produit fade comme La route du salut ?

Etienne de Montéty étant journaliste, et mieux encore, patron du Figaro littéraire, il offre à son éditeur la garantie d'une couverture médiatique minimale lui permettant d'écouler le tirage initial de l'ouvrage : business as usual.

Le renvoi d'ascenseur est la règle d'or de ce milieu, pas plus propre que l'autre. Voici un exemple : dans le Figaro littéraire, Sébastien Lapaque loue les mérites d'un opus de Benoît Duteurtre, Le retour du Général (Fayard, mars 2010) :

« Ce livre intelligent règle son compte à toutes les grossièretés de notre époque sans négliger aucun détail. On songe aux farces de Marcel Aymé et de Jacques Perret, mais ces deux-là auraient préféré tuer le Général lorsqu’il était vivant plutôt que le ressusciter une fois qu’il était mort. C’est à l’élégance effrontée de Jean Dutourd que Benoît Duteurtre se rattache avec cette histoire réelle et rêvée, fraîche et revigorante comme un ruisseau de printemps. » ;

Dans le Figaro du 9 mai 2013, Eric Zemmour chronique le dernier essai de Duteurtre titré Polémiques, comme le fit aussi Frédéric Beigbeder dans le Fig Mag (faut faire djeun pour ce coco au pif enfariné !) …

Et voilà le Duteurtre qui pond son article de lèche :

« Dans cet excellent second roman, Montéty prend le temps qu'il faut pour poser ses personnages. » (Marianne du 5 octobre 2013)

Ouais, mon gars, il prend tellement son temps qu'on voit les ficelles du magicien !

Bref, vous avez compris la combine dans le monde de l'édition.

 

Conclusion : monsieur de Montéty est un homme de droite, à défaut de droiture.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

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