Qui croit encore aux chiffres de la croissance chinoise?

Selon Jean-François Di Meglio, le président du think tank Asia Center, le ralentissement chinois serait fatal mais bien géré. Selon les prévisions du gouvernement chinois, tout va bien : la croissance devrait atteindre 6.5% en 2016. Mais que dit l'économie chinoise lorsque l'on y regarde de plus près?

Dans un article du journal La Croix datant de cet été, Jean-François Di Meglio, le président du think tank Asia Center parlait de la Chine comme victime d’ « un ralentissement fatal mais géré ». Selon les prévisions du gouvernement chinois, tout va bien : la croissance devrait atteindre 6.5% en 2016, chiffre le plus bas depuis la fin des années 1980 mais qui ferait pâlir d’envie tout pays de l’OCDE.

C’est ironiquement le chef du gouvernement Li Keqiang, économiste de formation, qui, comme le veut la tradition, annonce et commente en premier les résultats. Li avait justement dit en 2007, lorsqu’il était secrétaire général de la province industrielle du Liaoning, que les statistiques chinoises étaient construites artificiellement, politiquement sous influence et donc sujettes à caution. Lui-même préférait observer l’évolution de trois variables : consommation d’électricité, trafic de fret ferroviaire et le volume des prêts bancaires.

Le but n’est bien sûr pas de tirer ici des conclusions définitives sur l’économie chinoise. Mais il faut souligner premièrement qu’il est pour ainsi dire, impossible d’affirmer si, oui ou non, le ralentissement est bien géré et, deuxièmement, et beaucoup seront d’accord, que 6.5% est un chiffre peu crédible.

Il est vrai que récemment plusieurs indices sont à la hausse : consommation de cuivre et minerai de fer, prix départ usine (première fois depuis 5 ans), fret maritime (4.6%), revenus des casinos de Macau (8.8% sur un an alors que les chiffres étaient dans le rouge pendant deux ans), l’indice Li Keqiang dont nous avons parlé ci-dessus (en hausse ; meilleur performance depuis 2013 avec 9.86%).

Le problème, c’est que plusieurs autres variables, et pas des moindres, restent ou sont tombées dans le rouge. Par exemple, le fret ferroviaire a baissé de 4.8% sur 9 mois. Plus inquiétant, les exportations chinoises ont diminué de plus de 10% en septembre par rapport au même mois l’année dernière et de 7.5% sur 12 mois. Selon le Ministère du Commerce chinois, Pékin serait la « victime d’un protectionnisme croissant ». Il est vrai que le nombre de plaintes à l'Organisation mondiale de commerce (OMC) et de lois antidumping contre la Chine ont augmenté depuis un an (produits agricoles, métallurgie, aéronefs, matières premières, prêt-à-porter, produits chimiques, etc.). Mais il n’empêche que ce chiffre est à mettre en parallèle avec une baisse des importations de 2% sur 12 mois.

Peut-on imaginer une économie en forte croissance avec des importations et exportations en berne? Il me semble que cette « reprise » chinoise est inquiétante. A titre d’exemple, les importations et exportations françaises sur 12 mois stagnaient en août 2016 par rapport à l’année précédente (elles sont en fait en très faible baisse). Mais chaque français sait que l’économie hexagonale est haletante. Comment l’économie chinoise pourrait-elle croitre de 6.5% ?

Certains indicateurs exogènes, et donc plus fiables, confirment notre appréhension : Taiwan et Singapour, les deux dragons les plus dépendants de la Chine, connaissent un vrai ralentissement économique. Les deux économies ne devraient croitre en 2016 que de 1 à 1.5%, soit au même rythme que les économies ouest-européennes.

La situation en Chine reste particulièrement incertaine et il ne nous semble pas que le gouvernement sache comment se sortir de ce marasme. La solution actuelle est d’une part d’injecter massivement des liquidités dans l’économie afin de soutenir les entreprises et d’autre part d’attendre une reprise solide aux Etats-Unis et en Europe.* Il se pourrait malheureusement qu’elle doive attendre encore longtemps.  

* Notons que les réserves en devises étrangères ont baissées de plus de 20% en deux ans et que la dette a explosé de 147% à plus de 250% du PIB entre 2007 et aujourd’hui.

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