Les hauts et les bas de la balance commerciale japonaise

Pour la première fois en cinq ans, le Ministère des Finances japonais a annoncé que la balance commerciale, c’est-à-dire le montant total des exportations moins celui des importations, revenait dans le vert. Mais que se cache-t-il derrière cette apparente embellie ? Est-ce que l’économie japonaise se porte véritablement mieux ?

Pour la première fois en cinq ans, le Ministère des Finances japonais a annoncé que la balance commerciale, c’est-à-dire le montant total des exportations moins celui des importations, revenait dans le vert. Pour le premier semestre 2016, la balance est de 2 354 milliards de yens, soit presque 20.6 milliards d’euros. C’est évidemment une bonne nouvelle dans un contexte de transformation du mix énergétique du nucléaire vers le thermique, faisant suite à la catastrophe de Fukushima début 2011. Sans compter les victimes des radiations, dont le nombre est aujourd’hui inconnu, le terrible tremblement de terre suivi d’un tsunami meurtrier avaient causé la mort de plus de 15 000 personnes. Sur le plan économique, cela avait entrainé l’arrêt plus ou moins long des réacteurs nucléaires et une importation massive de pétrole et de gaz naturel, ce qui avait plongé la balance commerciale nipponne dans un déficit que beaucoup supposaient structurel et irréversible.

Cependant, comme toujours avec les chiffres et les statistiques, il faut savoir ce qu’il se cache derrière ce que le gouvernement veut présenter comme une embellie car il n’y a pas un déficit n’est pas mauvais en lui-même mais dépend d’un contexte plus large dans lequel il s’inscrit. Historiquement, le surplus de la balance commerciale japonaise était dû à la compétitivité des exportations japonaises dans les domaines de l’automobiles, de l’électronique et des équipements industriels. Malheureusement, le surplus actuel n’est pas le résultat d’une hausse des exportations, qui ont en fait diminué de  4 000 milliards de yens sur une année. Il est dû à une chute vertigineuse des importations de 7 000 milliards de yens, elle-même provenant principalement de la baisse du prix du pétrole. Ainsi, le déclin parallèle des importations et des exportations signalent une contraction forte de l’activité économique, qui, si elle a éliminé le déficit commercial, n’est pas un signe très positif pour l’avenir du pays.   

Si l’on regarde de plus près les composantes de la balance commerciale et ne considère, par exemple, que le pourcentage des revenus des filiales de firmes étrangères qui est réinvesti au Japon sous la forme de dividendes, on remarque celui-ci est tout juste de 50%, soit le taux le plus bas depuis le deuxième semestre de 2013. Si l’on rajoute à cela une croissance des ménages en berne, on peut en conclure que l’économie japonaise n’inspire confiance ni aux étrangers, ni aux japonais eux-mêmes qui ont tendance pour les premiers à sortir leur argent du Japon et pour les seconds à épargner.

C’est dans cet esprit que le gouvernement Abe a fait passer une directive concernant « les mesures économiques pour réaliser les investissements du futur » visant à augmenter fortement les investissements dans les secteurs de l’intelligence artificielle, de la robotique, des technologies financières (FinTech) et de l’Internet des Objets (« Internet of Things » ou IoT). Malgré la bonne volonté du gouvernement et la nécessité d’investir dans ces secteurs d’avenir, il serait étonnant qu’une telle directive ait un impact notable si perdure la politique d’assouplissement monétaire qui, il est clair, n’invite pas les entrepreneurs à investir dans le pays.

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