Islamogauchisme: la science est-elle politique ?

Contrairement à ce que l’on pense, la production de savoirs scientifiques n’a rien d’un processus parfaitement neutre et objectif. Dès lors, le monde scientifique est-il réellement protégé d’une éventuelle infiltration de la part de chercheurs-militants, plus intéressés par la victoire politique de leur idéologie que par la recherche scientifique ?

The Hen That Hatched This Egg (la poule qui a pondu l’œuf), The Comic Natural History of the Human Race, 1851 © Henry Louis Stephens, Met Museum. https://www.metmuseum.org/art/collection/search/395432 The Hen That Hatched This Egg (la poule qui a pondu l’œuf), The Comic Natural History of the Human Race, 1851 © Henry Louis Stephens, Met Museum. https://www.metmuseum.org/art/collection/search/395432

 

Y a-t-il, en France ou ailleurs, une contamination du monde universitaire par des considérations politiques, morales, voire activement militantes ?

La question peut apparaître curieuse, tant le monde scientifique semble en apparence détaché, ou du moins, tente de l’être du mieux possible, des considérations politiques. Mais c’est en réalité la question sous-jacente au procès en « islamogauchisme » récemment intenté au milieu de l’enseignement supérieur et de la recherche de la part d’un personnel politique varié, allant peu ou prou de la droite du PS à l’extrême droite, et dont le gouvernement se fait allègrement le relais depuis l’assassinat de Samuel Paty[1]. Et cette question semble réellement obséder nos dirigeants, au point que la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche elle-même, Frédérique Vidal, en vienne à demander au CNRS de mener une « étude scientifique » pour définir « ce qui relève de la recherche et du militantisme »[2].

Du côté du monde universitaire, la levée de bouclier est totale, que ce soit par la voix des chercheurs[3] ou d’institutions telles que le CNRS lui-même[4], ou encore le CPU (Conférence des Présidents d’Université), qui s’est fendu d’un communiqué au vitriol sur la question de l’islamogauchisme, dont la conclusion se passe de commentaire : "Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition. Le débat politique n’est par principe pas un débat scientifique : il ne doit pas pour autant conduire à raconter n’importe quoi."[5]  

Au-delà de la considération même du terme « islamogauchisme », vocabulaire à la paternité débattue mais abondamment véhiculé par l’extrême droite et rappelant, curieusement sans que personne ne semble s’en émouvoir, le très fumeux judéo-bolchevisme d’une certaine époque[6], la question de la récupération, de l’utilisation, voire du détournement même de la science à des fins politiques demeure une question pleine et entière, qui mérite mieux que ces « arguties de café du commerce », sur fond de bruit médiatique.

D’autant plus que ce débat, récurrent dans le monde scientifique, est très loin de ne concerner que le domaine brumeux de l’islamogauchisme. Etudes de genre, études post- ou décoloniales, études féministes ou encore intersectionnalité, voilà généralement la cible, vague mais suffisamment identifiée, que constitue ce grand fourre-tout de sciences humaines sociales à la sauce américaine qui cristalliserait toutes les crispations.

Aux yeux de leurs détracteurs, ces disciplines de la recherche, qu’ils peinent à qualifier de « scientifiques », ont surtout un point commun : celui de mêler à leur recherches, voire de soutenir activement des positions considérées comme « politiques », « morales » ou « militantes » de gauche (féminisme, antiracisme, anticapitalisme, etc.), et donc supposément « non-scientifiques ». Importées du continent nord-américain, dont la société est intensément multiculturelle et excessivement communautariste, ces recherches et leurs méthodes n’auraient pas vraiment leur place dans le corpus noble et objectif de la science à la Française, héritière directe des Lumières et des idéaux la révolution de 1789, une science républicaine, universelle et humaniste.

Pour ses défenseurs à l’inverse, ces courants de recherche -dont il faut rappeler ici qu’ils sont, contrairement à ce que l’effet de loupe médiatique peut laisser croire, extrêmement minoritaires-[7], ont la particularité de proposer une construction des savoirs qui, tout en satisfaisant parfaitement aux exigences de la recherche scientifique, assume d’adopter un point de vue particulier : celui des groupes dominés de la société et de la civilisation occidentale dans son ensemble.

La particularité de ce changement de point de vue, c’est que celui-ci offre une vision très différente de certains phénomènes discriminatoires existant dans la société, à savoir celle des groupes et des individus qui les subissent directement, et qui n’ont donc généralement peu, ou pas, l’occasion de s’exprimer. Ce décalage méthodologique peut ainsi fournir des explications très pertinentes à des phénomènes parfois complètement ignorés par les autres champs de la recherche scientifique, milieu qui pêcherait historiquement par un certain conservatisme chez ses membres[8], en plus d’un cloisonnement disciplinaire et d’une spécialisation à outrance des filières scientifiques.

Or, selon les militants de la défense des dominés, c’est surtout le fait de livrer ce regard, critique et souvent désagréable, des dominés sur la société, qui pousse les « dominants », ou les « privilégiés », en somme les bénéficiaires du système, à adopter un comportement réfractaire, conservateur, et souvent réactionnaire vis-à-vis de ces recherches.

Et c’est compréhensible : personne n’aime se voir comme un individu inconsciemment bénéficiaire d’un système injuste.

Selon les défenseurs des études concernées, la méthode la plus simple et la moins coûteuse permettant de mettre en doute ces dernières demeure la disqualification du jeu de la « vraie » science. Les détracteurs de ces SHS se contenteraient ainsi, par ignorance ou par paresse intellectuelle, de se réfugier confortablement derrière la critique systématique de ce que le monde scientifique exècrerait plus que tout : la subjectivité, le raisonnement motivé, l’idéologie.

Le discours à tenir est donc relativement simple : ces études ne retranscriraient absolument pas la réalité du monde, mais le point de vue politique, moral, et militant des chercheurs, qui les mèneraient dans le but politique de faire acquérir à ces idées une dimension « scientifique ». Elles n’auraient donc que très peu de valeur scientifique, voire aucune, et ne devraient pas bénéficier d’une quelconque attention de la part des médias, et si la liberté académique permet malheureusement de telles dérives, ces dernières doivent être suffisamment encadrée pour s’assurer qu’elles ne « contaminent » pas le reste du corpus universitaire au risque de le décrédibiliser.

Ce débat de savoir ce qui relèverait de la science ou de l’engagement politique existe depuis longtemps dans des milieux universitaires, et s’il a donné lieu à des batailles épistémologiques et des controverses scientifiques interminables, peu de nos contemporains sont finalement au courant de l’existence de cette confrontation des visions de la science et du monde scientifique. Mais surtout, et c’est le plus important, peu de personnes semblent aujourd’hui au fait d’une certaine évidence :

Cette polémique a déjà été plus ou moins tranchée dans le milieu scientifique et c’est le principe de la liberté académique qui doit toujours primer. Il n’est donc pas question que le gouvernement intervienne dans le processus de légitimation de la science.  Ce texte a donc pour but d’essayer de présenter les arguments qui ont permis au monde scientifique d’arriver à cette conclusion, et de mieux comprendre pourquoi les réactions des universités et du CNRS sont si virulentes.

Pour se rendre compte d’à quel point le conflit prend de plus en plus des allures de guerre de position, précisons  que cet article ne sera finalement que le remaniement et l’application à l’islamogauchisme d’un texte beaucoup plus long, écrit il y a presque 1 an, suite au conflit entre deux vulgarisateurs scientifiques sur un thème scientifique également sujet à cette éternelle controverse militantisme/neutralité en science : le dimorphisme sexuel chez l'humain et le rôle de l’alimentation genrée dans la différence de taille homme/femme.

Là encore, le débat s’était porté sur la scientificité des études de genre appliquées à la biologie et à l’évolution, et sur le militantisme féministe supposé des chercheurs et des vulgarisateurs bien plus que sur la pertinence de la thèse soutenue en elle-même.

Cet exemple montre donc à quel point le procès en militantisme féministe et celui en islamogauchisme relèvent tous deux de l’exact même phénomène réactionnaire vieux comme le monde : rejeter des thèses progressistes pour cause officielle de manque de rigueur ou de sérieux, alors qu’elles ont surtout le défaut de gêner la vision politique de leurs détracteurs .

Si ce sujet vous intéresse particulièrement, vous pouvez retrouver l’ensemble de cette histoire ici :

Dans les coulisses de la science, une guerre politique silencieuse est en cours

 

Ce qui est fondamental à comprendre dans ce débat sur la place de l’idéologie dans la « rationalité » ou « l’objectivité » des recherches en sciences sociales, c’est que celui-ci s’inscrit dans un contexte large et profond.

De l’affaire Sokal de 1996, aux événements de l’Université d’Evergreen en 2017, en passant par le Grievance Studies Hoax de 2018, notamment à travers le média anglosaxon Quillette[9], la critique en « idéologie gauchiste » des SHS dites « postmodernes » n’est pas nouvelle. Et même si un certain nombre d’idées reçues circulent autour de ces événements[10], celles-ci ont durement influencé les commentateurs de la vie médiatique, elle-même débordée par les divers procès en « bien-pensance » originaires d’autres milieux, tels que les entreprises du numérique[11], le monde artistique[12] ou l’univers des essayistes et autres écrivains médiatiques[13].

La suspicion d’islamogauchisme envers les universitaires s’inscrit ainsi dans la continuité de cette liste déjà bien fournie. Mais quel que soit votre domaine de prédilection, en creusant un peu le sujet, vous vous retrouverez inévitablement à faire deux observations.

La première, c’est que si chaque individu de la société a un avis, une position politique vis-à-vis de la défense des minorités qui peut varier ponctuellement selon la situation, il existe des militants radicaux de part et d’autre du spectre politique qui s’affrontent en permanence et qui sont invariablement et systématiquement dans des camps diamétralement opposés :

  • Les « progressistes » défendent une vision pro-active de la bataille pour la reconnaissance des souffrances que subissent systématiquement les minorités, et multiplient les actions coup-de-poing dans le but d’atteindre l’égalité réelle, qui est, selon eux, loin d’être acquise aujourd’hui. Ils dénoncent le fait que nous vivions dans un système qui permet structurellement, et non pas ponctuellement et par erreur, les discriminations de certaines populations. 
  • Les « conservateurs » vont rejeter ces considérations en bloc, considérant que la société cède par lâcheté à la position victimaire, quasi-affabulatrice et faussement catastrophiste des premiers, qu’ils appellent péjorativement les « Social Justice Warriors », dont ils supposent une volonté d’inversion de la supposée domination des hommes-blancs-hétéro-cisgenre, en réservant aux minorités une discrimination positive permanente, des safe-spaces dédiés, bref, en institutionalisant une ségrégation inversée, favorable aux minorités, et notamment aux islamistes, d’où le fameux « islamogauchisme ».

Cette première observation fera l’objet d’un autre article, tant la bataille politique qui se joue actuellement autour de cette question est à la fois clivante et source de confusion pour bon nombre d’observateurs, qui se retrouvent parfois associés à l’extrême droite, alors qu’ils se considèrent eux-mêmes d’une gauche relativement radicale.

La deuxième observation, celle qui nous intéresse aujourd’hui, c’est qu’au cœur de ces controverses, il y a souvent une impression d'opposition entre certaines sciences dites « dures » (biologie, génétique, neurosciences) et certains travaux universitaires en SHS, et plus particulièrement des études culturelles ou de sociologie, liées aux populations dominées : femmes, racisés, LGBT+, animaux non-humains, etc[14]. Ce sont les fameuses études sociologique sur la domination structurelle (ou systémique).

On sent bien que la question sous-jacente à cette prétendue opposition est avant tout celle de la légitimité scientifique de ces champs disciplinaires. Tout est présenté comme ci, d’une certaine manière, les SHS n’avaient pas la même rigueur scientifique que les autres sciences, et qu’en choisissant le « camp » des sciences dures, on faisait le choix de la rationalité, de l’objectivité des chiffres, de la neutralité de la méthode scientifique, alors qu’en choisissant les SHS, on faisait le choix moral, de l’analyse linéaire, peu réplicable et subjective. Or, rien n’est moins faux, mais nous y reviendrons plus tard.

Mécaniquement alors, on assiste à un phénomène clivant, qui va être le terrain de la « guerre » qui se déroule aujourd’hui à l’interface science-société : les membres de chaque camp politique, progressistes et conservateurs, vont associer mentalement la recherche universitaire de telle ou telle discipline à un camp politique, et vont se mettre à juger le propos politique sous-jacent, réel ou supposé, du chercheur lui-même, afin de pouvoir disqualifier ses travaux.

C’est ainsi que la suspicion d’islamogauchisme finit par s’installer vis-à-vis des chercheurs en études postcoloniales, alors même que personne ou presque, dans le monde scientifique, ne questionne fondamentalement le sérieux de ces recherches. Il s’agit donc bien là d’un débat sur le regard politique portée sur la science, sur l’image que certains courants politiques s’en font.

C’est donc ce phénomène de transposition des convictions politiques sur le monde scientifique qui va être le sujet de l’analyse, toute personnelle, faite ici, autour de cette question : dans la lutte politique pour la défense des minorités, la recherche scientifique est-elle orientée, voir dévoyée, pour servir un camp politique particulier ?

Plongée dans une analyse philosophique et politique de la place et de la légitimité de la science dans les sociétés modernes.

 

Science, limite du débat politique ?

Pour bien comprendre pourquoi la question de la récupération scientifique obsède les dirigeants, quel que soit leur bord politique, il faut d’abord comprendre pourquoi le monde scientifique incarne, au même titre que le milieu journalistique, ou celui de la justice, un puissant contre-pouvoir politique.

Aux yeux du grand public, le monde scientifique semble à première vue plus ou moins détaché des questions politiques. Le principe de la science moderne est en effet construit pour être le moins politique possible : des spécialistes reconnus par tous lisent l’ensemble de ces travaux de leur domaine de spécialité, puis valident ou contestent ces travaux selon des critères reconnus par la communauté scientifique. Et lorsque l’ensemble de la communauté scientifique, des experts du domaine et des domaines connexes, quelles que soient leur origine, leur nationalité ou leur opinion politique, sont d’accord pour attribuer à une théorie scientifique la primeur de l’explication la plus vraisemblable à un phénomène physique donné, on obtient ce qu’on appelle un consensus scientifique.

Nous ne reviendrons pas ici en détail sur l’ensemble des mécanismes qui forment la méthode scientifique. D’abord car ce n’est pas le fond de notre sujet, mais surtout parce que d’autres vulgarisateurs le font avec talent et rigueur, comme la chaîne YouTube Hygiène mentale[15], ou celle de la Tronche en Biais[16]. Sachez simplement que c’est un mécanisme qui associe fondamentalement deux paramètres, la rigueur méthodologique individuelle, et la relecture collective par les pairs, et que chaque chercheur à travers le monde doit s’y plier, qu’il évolue en SHS ou pas.

Il est vrai que du fait de sa fonction d’observation et de description qui se veut la plus objective possible du monde physique, la science apparaît en effet aux yeux de beaucoup comme une forme d’arbitre du jeu politique. La science, c’est en quelque sorte là où la politique doit s’arrêter, car c’est là que le choix humain s’arrête. On ne signe pas de traité avec la physique. On ne fait pas grève contre les mathématiques. On ne vote pas l’abolition de la biologie.[17]

Lorsque les résultats de la science viennent directement confirmer un propos politique, il devient en effet difficile de continuer à s’opposer à celui-ci sans passer pour un obscurantiste ou un négationniste. C’est ce qu’on observe dans certaines communautés conservatrices aux Etats-Unis, où les grands consensus scientifiques n’arrivent pas à modifier durablement la ligne de certains groupes politiques ou religieux sur l’évolution ou le changement climatique, mais également en France, où la position « antivax » est particulièrement implantée, malgré le consensus scientifique en faveur des vaccins.

Le propos politique en question, lorsqu’il est définitivement validé par la communauté scientifique par un consensus, semble alors quitter le monde politique pour entrer dans la catégorie des « savoirs scientifiques », un univers beaucoup moins contestable que celui des idées politiques. Peu de corps de la société peuvent se targuer d’une telle autorité, et l’on comprend très bien en quoi la tentation est grande pour les politiciens et les militants de telle ou telle cause de voir leurs propos validés par la communauté scientifique.

Ce « super-pouvoir » politique fait alors l’objet de convoitise, car il peut devenir une forme d’arme politique ultime : « ma vision des choses est la bonne parce que c’est la science qui le dit ». Une technique rhétorique qui a fait ses preuves par le passé et qui est largement utilisé depuis la fin du XIXème siècle pour manipuler l’opinion publique à des fins politiques ou marchandes[18], notamment à travers la publicité, la propagande ou le lobbying.

En politisant certains débats scientifiques, ou en scientifisant certains débats politiques, on peut alors tenter de jouer avec cette ligne censée séparer le scientifique du politique, pour convaincre la population de la pertinence de telle ou telle ligne politique à grand coup d’arguments d’autorité scientifique.

C’est là que la peur de l’islamogauchisme, artefact politique réactionnaire malheureusement typique de notre époque troublée, s’insère. En influençant la science, les promoteurs de cette « idéologie » influenceraient du même coup ce qui peut être considéré comme du « savoir établi » par la société, comme la base de ce sur quoi nous pouvons débattre politiquement. Et si la recherche universitaire venait à entériner l’islamophobie, le sexisme, ou le racisme systémiques comme des faits, et non plus comme des opinions politiques, elle disqualifierait l’argumentaire conservateur qui soutient que le système actuel est relativement juste, non-discriminatoire et universel. Le risque, selon les conservateurs, est de donner une légitimité aux islamistes pour faire avancer leur projet politique mortifère sous couvert de lutte sociale.

En bref, la science dévoyée conditionnerait ce qu’il est « raisonnable » de penser sur le sujet du racisme structurel, bornant de ce fait le champs de la délibération politique, en excluant de facto les idéologies les plus conservatrices des débats. Et comme le monde scientifique doit en principe demeurer hors d’atteinte du monde politique en démocratie, la panique de voir ce contre-pouvoir être utilisé contre eux sans qu’ils ne puissent rien y faire s’installe chez les conservateurs. D’où cette idée, absurde certes, mais ni nouvelle ni originale, d’essayer de « purger » l’université d’un prétendu danger de dévoiement politique, ici l’islamogauchisme comme hier le complot judéo-maçonnique[19], ou comme c’est malheureusement le cas aujourd’hui en Turquie[20] ou au Brésil[21] pour des motifs similaires.

On voit bien à quel point l’adoubement ou le rejet par la science d’un argumentaire politique peut représenter un enjeu important pour les représentants de tel ou tel courant politique, et susciter la tentation d’intervenir dans le processus de production des savoirs.

Le principal problème d’une telle entreprise, c’est justement que la science, contrairement à d’autres corps de la société humaine, passe par un filtre qui lui est propre, et dont le processus est, selon toute vraisemblance, le moins politique possible : la méthode scientifique. Celle-ci joue effectivement le rôle de garant de la qualité du travail de recherche des scientifiques, et donc de cette apparente « neutralité » face aux problèmes politiques du monde. C’est par elle que les scientifiques se disciplinent et s’évaluent, et c’est également elle qui détermine la solidité des consensus scientifiques.

Mais en regardant l’histoire des sciences, et notamment l’histoire des « consensus » scientifiques, on ne peut s’empêcher de noter un élément important : le savoir scientifique que l’on croyait immuable hier s’est souvent révélé d’une part, totalement faux, et d’autre part, largement utilisé comme un outil politique particulièrement puissant et destructeur, sans même que les scientifiques n’aient eu conscience de participer à une légitimation politique. La crainte de voir la science détournée à des fins politiques n’est donc pas sans fondement : elle a déjà eu lieu à maintes reprises par le passé. Alors, les conservateurs ont-ils raison de s’inquiéter d’une récupération politique au profit des soi-disant progressistes ?

Le monde scientifique a-t-il trouvé le moyen de s’émanciper des intrusions et des récupérations politiques ?

 

Politique, limite de la pensée scientifique ?

Avant toute chose, il est bon de rappeler le consensus actuel sur la notion même de consensus scientifique (oui, c’est un peu méta). Car tout « fiable » que puisse être un consensus scientifique, il y a deux choses que celui-ci n’est pas.

Le consensus scientifique n’est pas la vérité, la réalité factuelle, ou même l’explication la plus proche possible de la réalité. Le consensus scientifique n’est pas non plus le résultat d’une déduction que tout un chacun peut faire en analysant de son côté les résultats de la sciences.

Le consensus scientifique, c’est l’explication la plus vraisemblable à phénomène observé selon l’ensemble des données à disposition, et selon la communauté scientifique.

Ce qu’il est important de retenir de cette définition, c’est qu’un consensus scientifique, bien qu’établi par les scientifiques sur des bases solides et vérifiables, n’est pas neutre : il dépend de l’époque, des scientifiques qu’il concerne, de leur nombre, de la quantité et de la qualité des données exploitables, des instruments de mesures et de la technologie nécessaire à son évaluation, du nombre d’études menées sur le sujet, etc.

Enfin et surtout, le consensus scientifique dépend du contexte politique qui lui permet d’émerger et de se formaliser.

En dehors des philosophes et historiens des sciences et autres épistémologues, cette dernière remarque pourra susciter une gêne, une dissonance dans la tête de nombreux lecteurs, à l’idée que la science moderne puisse être, d’une manière ou d’une autre, influencée par la politique, théâtre absolu, s’il en est, de l’exercice de la subjectivité humaine. Et pourtant, c’est une condition aujourd’hui bien connue du monde scientifique : la science est conditionnée par le contexte politique qui lui permet d’exister.

A titre d’exemple, les scientifiques « rationnels » du XIXème et du début du XXème siècle, bien que persuadés de mener le travail le plus objectif possible, ont par exemple eu un rôle déterminant dans la mise en place, la préservation et la défense de politiques colonialistes, nationalistes, patriarcales, guerrières et génocidaires, qui ont durablement marqué l’histoire humaine jusqu’à la morbide apothéose de la Seconde guerre mondiale. Justification de la hiérarchisation des races et des sexes, médicalisation de comportements attribués aux femmes, refus d’ouvrir le champ disciplinaire aux minorités, le monde scientifique « rationnel » ne s’est pas vraiment distingué historiquement par un détachement et une neutralité politique particulière, que l’on aurait pourtant pu attendre de la part de ceux qui étaient censés étudier le monde de manière « objective ».

Même dans l’histoire récente, de très nombreux domaines scientifiques modernes se sont bien massivement développés sous la poussée d’une volonté politique venue de la société, et non par une quelconque sérendipité, ou une évolution progressive et objective de la science : l’astronomie et l’astrophysique se sont développées du fait de la course à l’espace entre les Etats-Unis et l’URSS, la physique des particules a fait un bond en avant quand on a eu besoin d’armes de destruction massive, puis d’énergie nucléaire, l’agronomie quand il a fallu reconstruire l’agriculture en Europe après la guerre, l’histoire quand il a fallu justifier la folie des grandeurs du nationalisme, la médecine quand on a décidé de faire de l’espérance de vie un indicateur majeur de civilisation, etc.

On voit bien ici la relation de cause à effet qui existe entre l’organisation du monde politique et les découvertes scientifiques de tel ou tel champ de recherche. Le premier conditionne la production de savoirs du second.

Mais si dans les pays totalitaires, on conçoit sans mal par quels moyens cette influence du monde politique sur le monde scientifique s’opère, qu’en est-il dans nos sociétés « démocratiques » ?

On peut évidemment penser au mécanisme de financement de la recherche publique, qui oriente les grands travaux scientifiques à des fins de planification énergétique, d’aménagement du territoire ou géopolitiques. On peut également penser à la favorisation du mécanisme de la publication des articles scientifiques à travers des revues spécialisées détenues par des sociétés privées particulièrement lucratives[22] [23], plutôt qu’à la participation à des projets open access. On peut enfin penser la façon dont les réformes des universités, de la sélection des filières d’enseignement supérieur, ou du baccalauréat, ont, en France et ailleurs, conditionné l’accès au savoir et à son mécanisme de production.

Ce sont effectivement des mécanismes tout à fait essentiels à prendre en compte pour comprendre comment la politique influence le scientifique dans nos sociétés occidentales. Mais en s’arrêtant à ces considérations très technocratiques de l’exercice politique, on oublie, peut-être par confort, un mécanisme qui est justement l’angle mort indépassable de la condition humaine, et qui se trouve être tout l’objet de cette polémique : l’idéologie du chercheur lui-même.

Car sauf à les considérer magiquement immunisés à l’idéologie, les universitaires, scientifiques ou vulgarisateurs restent avant tout des êtres humains, avec leurs biais, leurs histoires personnelles, leur vision du monde[24]. Et à ce titre, ils ont donc, parfois malgré eux et sans qu’ils en aient tous totalement conscience, un point de vue politique sur le monde, une idéologie qui les habite. Cette idéologie, comme chez tout un chacun, va leur offrir une vision cohérente et acceptable du monde, en « comblant » le vide de leur ignorance par une croyance générale en des concepts flous, peu maîtrisés et faciles à manipuler.

Car le scientifique n’est pas omniscient, loin de là. Du fait de la complexité de la science moderne, les chercheurs choisissent un domaine de spécialisation particulier pour pouvoir participer à la création de nouveaux savoirs. Et s’ils ont bien un bagage scientifique de base qui leur permet de comprendre certains concepts hors de leur champ de compétence, ils restent souvent relativement ignorants de la recherche scientifique se déroulant loin de leur domaine de prédilection, au même titre que les autres citoyens de la société. On ne peut pas être un scientifique de tout : il faut choisir son champ d’expertise.

Notons que cette situation n’est pas comme problématique à première vue. La compréhension totale d’un phénomène physique donné n’est en effet que rarement nécessaire à l’usage que l’on peut faire de celui-ci au quotidien, et l’immense majorité des gens, scientifiques compris, n’auront jamais l’utilité de préserver une telle connaissance au cours de leur vie. Vous n’avez par exemple pas besoin de comprendre le fonctionnement des usines de potabilisation pour utiliser correctement vos robinets d’eau courante, ou de savoir comment fonctionne le magnétisme terrestre pour savoir utiliser une boussole.

Seulement, il vous faut tout de même un garde-fou pour vous rassurer sur la réelle potabilité de l’eau que vous buvez, ou sur le fait que l’aiguille de votre boussole indique bel et bien le nord. Or ce garde-fou, c’est justement le scientifique ; c’est-à-dire celui-là même qui établit, avec ses pairs, ledit consensus.

En réalité, la raison pour laquelle vous croyez dans un consensus scientifique n’est donc pas le poids de sa validité scientifique à proprement parler, car soyons honnêtes, vous n’avez aucune idée de ce poids réel. Vous y croyez parce que les scientifiques l’affirment, et que vous avez confiance dans les scientifiques, qui ont eux-mêmes confiance dans leurs collègues.

Et c’est cette part de « croyance sociale », inévitable du fait de la complexité de la science, qui permet à la politique d’entrer pleinement en jeu dans ce monde supposément neutre. Car qui dit croyance, dit vision du monde, et qui dit vision du monde, dit conflit politique. Chassez la politique par la porte, elle revient par la fenêtre. 

Un scientifique regarde la télé, lit les journaux, s’informe, vote, passe par l’hôpital pour se soigner, débat avec ses amis ou ses collègues, bref, il vit et subit, comme tout le monde, l’influence invisible de la société dans laquelle il évolue. Il va donc construire une vision du monde dans laquelle ses recherches, son travail, sa contribution sociale, ont un sens. Et comme nous n’avons pas tous la même vision du monde, les mêmes informations, les mêmes biais, les mêmes contextes socio-professionnels, certains recherches, qui ont du sens pour certains, peuvent apparaître absurdes, ridicules, voire dangereuses, pour d’autres. Mais elles n'en sont pas moins légitimes. 

C’est pourquoi, et c’est peut-être là le point le plus important de ce papier, on ne peut pas reprocher à un scientifique d’être influencé politiquement par le monde dans lequel il vit, ni lui faire le procès que cette influence oriente sa recherche. Car demander une sorte de pureté idéologique à un chercheur, c’est lui demander quelque chose que personne ne peut objectivement fournir, et se lancer dans une croisade aussi dangereuse qu’inutile.

Tout ce qu’on peut exiger de lui, et qu’on exige déjà de lui, c’est sa transparence dans sa méthode, et la garantie de la relecture de son travail par ses pairs.

 

Epistocratie vs démocratie ?

Le scientifique a donc un rôle social important : il est, à son échelle et selon sa spécialisation, à la fois le producteur et le garant de la validité des savoirs scientifiques. Et la particularité de ce rôle social, c’est qu’il n’existe que par la confiance, parfois aveugle du fait de la complexité de la science, que le reste de la population non-spécialiste lui porte.

Dès lors, comment faire, du point de vue des personnes non spécialistes, pour s’assurer que la croyance qu’ils ont dans un consensus scientifique est bien fondée, et que celui-ci ne soit pas en réalité le reflet inconscient de la pensée politique des chercheurs spécialistes eux-mêmes ? Et bien dans le fonctionnement actuel de la science, l’entreprise se révèle en réalité très complexe, et fait donc bien souvent l’objet d’un rapport de force politique très spécifique à la science, à savoir : la bataille pour la légitimité scientifique.

Il ne faut en effet pas croire que le monde scientifique est vierge de tout fonctionnement politique, loin de là. Seulement, le monde scientifique ne suit pas tout à fait les mêmes règles que la démocratie.

Car le scientifique a un rôle social important, certes. Mais il ne tire pas sa légitimité à incarner ce rôle social par une quelconque élection, par un vote ou une désignation populaire. Il tire sa légitimité par le fait que d’une part, il détient et maîtrise un corpus de connaissances scientifiques spécifiques que le reste de la population comprend relativement mal, et que d’autre part, ses confrères scientifiques, ses pairs, lui reconnaissent cette maîtrise[25].

Du fait de son organisation et de la difficulté de la tâche qui est la sienne, à savoir distinguer le vrai du faux dans un univers infini, le monde scientifique fonctionne donc finalement en vase clos : les scientifiques sont cooptés par d’autres scientifiques, eux-mêmes désignés par d’autres scientifiques, eux-mêmes validés par d’autres scientifiques, etc. En résumé, pour acter le vrai du faux, le réel du fictif, la science de la pseudo-science, nous faisons tous collectivement confiance à d’autres individus, qui sont sélectionnés par un système dont les normes sont établies par ces mêmes individus, et sur la base d’une maîtrise de connaissances et des méthodes spécifiques définies… toujours par ces mêmes individus.

Or, il se trouve que ce type d’organisation sociale porte un nom : l’aristocratie, ou « le pouvoir aux meilleurs, aux plus compétents ». Et dans ce cas, il s’agit d’une forme particulière d’aristocratie, appelée épistocratie, ou « le pouvoir à ceux qui savent »[26], et dont l’objet du pouvoir reste principalement la légitimité scientifique.

Nous avions déjà parlé de l’aristocratie comme mode d’organisation dans précédent un article, Violence et liberté (2/2) : illusion de la démocratie, paradoxe de la méritocratie, dans lequel nous avions montré que ce mode de fonctionnement a un avantage principal, qui est celui de l’efficacité dans la poursuite d’un objectif précis, et un inconvénient majeur, celui de provoquer l’endogamie, et donc le conservatisme de ses membres.

Appliqué au monde scientifique, c’est une forme d’organisation qui fonctionne comme une épée à double tranchant. Si tous les scientifiques jouent le jeu de manière honnête, c’est-à-dire évaluent leurs pairs et leurs travaux non pas selon leur avis personnel, mais selon des critères objectifs spécialement prévus à cet effet, on a là un modèle très vertueux de création de nouveaux savoirs et de renforcement des savoirs précédemment validés. Mais si ces mêmes scientifiques se mettent à évaluer selon des critères orientés, que ce soit politiquement, religieusement ou suivant un intérêt privé ou corporatiste, alors c’est tout le système qui se retrouve compromis : toute la connaissance acquise selon ce système se retrouve entachée de suspicion « d’orientation ».

Or, encore une fois, les scientifiques sont des humains comme les autres. Leur demander une objectivité totale et complète à chaque évaluation de chaque travail est illusoire. Car si un jour, une thèse apparaît et se met à contredire la position d’un chercheur éminent sur son propre terrain, il peut être tenté, afin de corriger les effets de la dissonance cognitive, de négliger, voire de rejeter cette thèse. Et si ses pairs le suivent dans la démarche, alors cette thèse, qui apportait peut-être un nouveau savoir pertinent, va alors tomber dans l’oubli, ou être ostracisée.

L’évolution progressive des mentalités dans la société peut ainsi aboutir à ce que les scientifiques soient plus enclins à pousser ou à valider tel ou tel champs de la recherche.  Et inversement, l’hégémonie d’une vision du monde pourra façonner l’idéologie des scientifiques, qui vont alors produire, par endogamie du fait de leur organisation aristocratique, un savoir scientifique en accord avec cette vision du monde[27].

Dès lors, comme toujours en politique, des camps vont se développer, soit pour préserver l’hégémonie du système, soit pour l’amener à évoluer plus ou moins progressivement. Et le monde scientifique ne fait pas exception à la règle.

Selon un camp, que l’on va nommer les « relativistes », la science est une construction sociale, et il faut pouvoir bousculer le monde scientifique par des prises de positions politiques pour interroger à chaque instant le « consensus scientifique », car celui-ci ayant un poids politique important, il faut s’assurer que celui-ci reflète bien l’état actuel des connaissances, et non l’avis aristocratique d’un monde scientifique endogame, quitte à s’affranchir parfois de la longue et patiente accumulation de données permettant d’atteindre un niveau de preuve suffisant. Car ne pas le faire, c’est prendre le risque que d’autres bords politiques le fassent, et que par l’aura de neutralité dont se prévalent les scientifiques, le réflexe soit de valider mécaniquement, sans vraiment le vouloir, la croyance dominante dans une vision du monde. Or, la croyance dominante est presque toujours le reflet de celle des classes dominantes de la société, qui peuvent se révéler plus ou moins violentes dans leur rapport aux autres populations.

L’aristocratie scientifique, a ainsi un coût social élevé : il favorise une forme de « prime au conservatisme », qui peut parfaitement se justifier dans de nombreux domaines de la recherche, mais qui implique un très lourd tribut à payer si ce conservatisme se traduit dans la société par une violence permanente envers certains groupes d’individus : celui de milliers de vies broyées au nom de la prudence et de la prétendue « neutralité » scientifique. Pour reprendre un exemple très concret et détaché de la question des minorités, combien de personnes ont perdu la vie à cause du tabac avant que le consensus scientifique n’advienne enfin, après des décennies de controverse, principalement alimentée par l’industrie du tabac et des scientifiques à leur service, pour finalement obliger les pouvoirs publics à légiférer en matière de santé publique ?

Sur le sujet particulier des discriminations, il est alors nécessaire que les scientifiques puissent travailler librement hors de la vision hégémonique, du fait des conséquences terribles que la science peut entraîner sur la société quand elle en vient à « valider » un processus de discrimination sociale tout à fait arbitraire. Nul n’est plus violent que celui qui est persuadé d’avoir objectivement raison, et qui souhaite imposer cette « raison » à tous.

Selon d’autres, que nous appellerons les « réalistes », le système scientifique moderne demeure à ce jour la meilleure usine à production de savoirs que l’humanité n’ait jamais conçue dans sa longue histoire, en le démontrant régulièrement dans de nombreux domaines tels que l’astronomie, la physique des particules, l’agronomie, la biologie, l’histoire, la recherche médicale, etc. Pour eux il semble inconcevable, voire ridicule, de considérer la science de la même manière que les autres constructions sociales humaines, comme le commerce ou l’organisation politique, qui baignent dans la subjectivité. Car la réalité, indépendamment de l’être humain, existe, et conditionne son existence. Si on venait à vous arracher le cœur de la poitrine, peu importe que vous croyiez ou non à votre survie, vous mourrez quoiqu’il arrive.

Or, la science a justement pour objectif d’observer, de décrire et de caractériser ce phénomène « d’arrachage de cœur », non seulement afin de convaincre sans besoin de l’expérimenter formellement, ceux qui ne sauraient pas au courant de ce phénomène, mais également pour comprendre ce qui entraîne mécaniquement la mort de l’individu dans ce cas-là, et un jour parvenir à l’empêcher. Et aujourd’hui, les médecins effectuent des centaines « d’arrachage de cœur » tous les jours dans le cadre de transplantations, sans pour autant entraîner la mort des individus concernés. Réalité pure, dure et simple que celle de ces vies sauvées grâce à cette vision « réaliste » de la science.

Ces positions ne sont évidemment pas tranchées, voire même conscientisées, chez les scientifiques, et comme souvent, c’est tout un spectre allant d’une position à l’autre qui anime cette question de la vision politique que les scientifiques ont de leur propre monde.

Cette opposition entre ces deux visions de la science n’est pas tout à fait nouvelle dans le monde scientifique. Mais ce qui fait de la période actuelle un point d’orgue décisif permettant de qualifier cette opposition de « guerre politique », c’est justement l’observation faite en début d’article concernant les militants politiques : les militants progressistes et les militants conservateurs, violemment opposés dans la société, vont systématiquement valider les travaux scientifiques qu’ils perçoivent comme correspondant à leur idéologie. Et avec l’explosion des réseaux sociaux, l’essor de la vulgarisation scientifique et la porosité toujours plus importante entre le monde scientifiques et le reste de la société, les conflits politiques s’importent dans le monde scientifique, en décalquant sur les visions de la science les idéologies de chaque camp : les progressistes avec les relativistes, et les conservateurs avec les réalistes.

Pourquoi cette dichotomie, cette allégeance à l’une ou l’autre vision de la science est-elle aussi marquée entre gauche et droite, entre progressiste et conservateurs, et entre relativistes et réalistes ? Et bien parce que les positions entre réalistes et relativistes ne semblent pas être des expressions d’une controverse spécifiquement scientifique : elles sont l’expression de points de vue politiques bien connus, conservateurs et progressistes, mais appliquées au champ spécifique de la science.

Les relativistes souhaitent faire évoluer le système scientifique en en repoussant les limites arbitraires, et les réalistes défendent la conservation du système scientifique actuel, le considérant comme le plus légitime, tout comme les progressistes souhaitent faire évoluer le système politique actuel en en repoussant les limites arbitraires, et les conservateurs défendent le système politique actuel, le considérant comme le plus légitime.

Le problème, c’est que l’importation des conflits politiques entre progressistes et conservateurs dans le monde scientifique, outre le fait qu’elle supplante grossièrement le dualisme relativisme / réalisme qui lui était propre, va surtout amener avec elle une manière d’interagir avec la partie adverse, qui elle, est bien plus étrangère au monde scientifique, et bien plus spécifique au monde politique : la violence envers ses contradicteurs.

 

Un fragile équilibre ?

Dans son ouvrage de 2006 « Darwin, dessine-moi les hommes »[28], le biologiste et parasitologue Claude Combes fait une remarque essentielle vis-à-vis du processus évolutif. Il note que l’évolution est un chemin tortueux qui se nourrit deux mécanismes fondamentaux, opposés mais complémentaires : la discipline reproductive et la liberté évolutive. La capacité adaptative par sélection naturelle du patrimoine génétique des êtres vivants répondrait donc à ces deux fondamentaux en trouvant un équilibre entre ces deux pôles opposés, que Claude Combes résume en une maxime simple, mais qui peut s’appliquer comme une véritable leçon de « vie », qu’elle soit biologique ou philosophique :

« Trop de discipline vaut manque de créativité, trop de liberté vaut manque d’efficacité ».

 

C’est justement cet équilibre entre discipline et liberté qui prévaut aujourd’hui dans le monde scientifique.

Le pôle conservateur de la science, incarné par les « réalistes », s’appuie sur la « discipline reproductive », à savoir le consensus et la méthode scientifique, et par le respect total de ses principes de reproduction comme préalables indépassables à la production de savoirs scientifiques.

Le pôle progressiste de la science, incarné par les relativistes, se saisit de cette « liberté évolutive », qui permet de créer, d’envisager, de tâtonner et de tester de nouveaux chemins hors des sentiers battus, pour dépasser la condition actuelle de la science et évoluer vers un système scientifique mieux adapté aux enjeux de la société.

Or, il se trouve que c’est justement la coexistence de ces deux pôles, formalisée de manière relativement récente dans l’histoire scientifique, qui a fortement contribué à construire la science moderne. Car ce n’est que récemment que le monde scientifique s’est ouvert aussi largement aux SHS, qui étaient limitées avant le XXème siècle aux lettres, et dans une moindre mesure, à l’histoire. C’est l’émergence de nouvelles disciplines comme la psychologie, l’anthropologie, la sociologie et bien d’autres qui a ouvert la voie, dès le début du XXème siècle, à de nombreux champs de la recherche jusqu’alors négligés, voire totalement ignorés, justement par conservatisme idéologique, et qui marque le début des fameuses « Sciences humaines et sociales ».

Et parmi ces « nouveaux » champs de recherche, certaines ont permis de formaliser l’idée que si la science est l’étude du monde, et que les humains font partie de ce monde, alors les humains, leurs productions, leurs idées, leurs organisations politiques et sociales, sont également de potentiels objets d’étude pour la science. Or, les scientifiques étant, jusqu’à preuve du contraire, des humains, cette règle s’applique donc également à eux et à leur production, à savoir la science elle-même.

La science comme mode de production des savoirs devient donc elle-même, un objet d’étude, celle de l’épistémologie. Et ce sont bien ces sciences humaines et sociales particulières qui vont poser les bases de la méthode scientifique moderne, et non les sciences dures.

Dès les années 1930, Karl Popper, un psychologue et philosophe autrichien, formalise le critère de réfutabilité dans son ouvrage Logique de la découverte scientifique, et théorise une idée philosophique que l’on peut résumer en une phrase : « nous ne savons pas, nous ne faisons que conjecturer ». Il contribuera pendant toute sa vie à la constitution d’une méthode scientifique la plus fiable possible, en soutenant une spécificité des sciences humaines du fait de leur impossibilité à expérimenter leurs théories de la même manière que les sciences naturelles. Mais il a surtout permis de placer une sorte d’entre guillemets perpétuel sur le concept de « vérité scientifique » : nous ne savons rien, et rien ne peut être considéré comme une connaissance pure, sans croyance, sans présupposé, sans absolu choisi arbitrairement.

En 1962, le philosophe Thomas Samuel Kuhn, dans son livre La Structure des révolutions scientifiques, conclut que la science n’est pas une accumulation de connaissances objectives sur le monde, mais une succession permanente de révolutions scientifiques qui marquent l’alternance de la « science normale » et de la « science extraordinaire ». L’apparition de la seconde obligerait un changement du paradigme établi par la première, pour finalement la remplacer et devenir à son tour la « science normale », jusqu’à ce qu’une nouvelle science extraordinaire ne vienne la déloger.

Le monde scientifique réalise alors progressivement qu’il vit en réalité les mêmes aléas politiques de « légitimité » que le reste de la société : par à-coups, par révolutions, par changement parfois brutal de paradigme sous l’impulsion d’un courant de pensée plus fort qu’un autre. Un exemple particulièrement frappant de l’importance des choix politiques dans la production des savoirs scientifiques se trouve dans les mesures du système international : fondamentales aujourd’hui dans le domaine des sciences dures, les « mètres », « grammes » ou « secondes » sont les héritières directes du système métrique des révolutionnaires français, construit dans une volonté politique de développer un système universel de mesure.

D’autres travaux en philosophie, en sociologie, en psychologie vont ensuite s’enchaîner pour finalement arriver à une conclusion fondamentale, à laquelle aujourd’hui tous les scientifiques, ou presque, adhèrent : la science, comme toutes les productions humaines, est une construction sociale, et donc un objet politique.

Pour éviter de plonger dans un relativisme perpétuel et mortifère qui n’aboutirait jamais à une connaissance totalement fiable, il faut donc s’accorder collectivement sur une méthode de production et d’évaluation des travaux scientifiques, avec des critères et règles certes imparfaites, mais qui s’appliqueront à tous et proposeront au moins un degré de fiabilité des travaux de recherche. C’est la fonction de la méthode scientifique, ou plutôt « des méthodes scientifiques », tant elles sont diverses en fonction des disciplines étudiées, de leurs limites et de leurs besoins. 

C’est donc bien sous l’impulsion des SHS que les bases de ce qu’on appelle aujourd’hui la méthode scientifique ont été formalisées, et non pas sous celle des sciences « dures ». Mais ce sont bien les sciences dures qui appliquent aujourd’hui le plus rigoureusement la discipline imposée par cette méthode, les rendant de ce fait, bien plus efficaces dans leur domaine.

Cette impulsion venue du monde politique dans la production des savoirs scientifiques, on la retrouve dans de très nombreux domaines scientifiques, et il devient aujourd’hui difficile de nier cette influence. Et très souvent, c’est par le biais des SHS, qui étudient justement les phénomènes de société, que ces questions de société parviennent finalement à être étudiées par le monde scientifique dans sa globalité.

Pour ne citer que quelques exemples, les études historiques poussées sur le génocide juif de la Seconde Guerre Mondiale n’ont été véritablement mises en œuvre qu’à partir des années 1990, à la suite du film « Shoah » de Claude Lanzmann en 1985, une création artistique puissante et nouvelle, longue de 10 heures et qui révélait toute l’horreur de cette période. Les études sur les facteurs déterminants, biologiques, sociaux et environnementaux dans l’homosexualité n’ont vu le jour qu’après les mouvements militants de la cause homosexuelle de la fin du XXème siècle, et sont d’ailleurs toujours l’objet de nombreuses recherches interdisciplinaires à l’heure actuelle. Les études sur la souffrance animale, et notamment sur les nocicepteurs des espèces éloignées de notre lignée, comme les poissons, ne sont que très récentes, et répondent également à des revendications de la part de chercheurs et de militants qui, depuis les années 1970, poursuivent sans relâche leur travail de sensibilisation sur ce sujet.

La créativité vient de la liberté, non de la discipline. Et c’est la démocratisation de la science qui permet l’expression de cette liberté.

Cependant, on ne peut nier que l’épistocratie scientifique permet de s’appuyer à l’heure actuelle sur deux mécanismes particulièrement efficaces pour produire du savoir solide et acceptable socialement : une méthode stricte et imposée à tous, et une sélection des membres de la communauté scientifique par une évaluation par leurs pairs de leur compétence. C’est ainsi parfois des sciences dures, comme la biologie et la génétique, que sont venus les arguments les plus définitifs en faveur de l’égalité des êtres humains, comme l’inexistence factuelle des races humaines[29] ou le caractère naturel et universel de l’homosexualité.

L’efficacité vient de la discipline, non de la liberté. Et c’est le fonctionnement aristocratique de la science qui permet l’exercice de cette discipline.

Le procès fait d’un côté aux SHS d’aujourd’hui concernant les études sur les minorités, les racisés et les dominés, sur leur moindre degré de scientificité ou sur leur orientation progressiste, et le procès en conservatisme et en « gardien de la vraie science » fait de l’autre côté aux défenseurs du consensus scientifique actuel semblent donc bien futiles. Car si l’on suit la maxime de Claude Combes, chacun de ces pôles, conservateur et progressiste, a besoin de l’autre pour produire du savoir scientifique de plus en plus pertinent : l’un qui consolide le savoir par une discipline nécessaire, et l’autre qui profite d’une certaine liberté pour obliger perpétuellement le premier à se remettre en question et à modifier ses règles pour les rendre plus pertinentes.

Encore une fois, la science est un sport collectif, qui suit des règles certes imparfaites, mais sans cesse réinterrogées, et qui permettent aujourd’hui d’avoir une production de savoir relativement solide, diversifiée, transdisciplinaire et fiable, et ce quels que soient les champs explorés.

Cette intégration des SHS, y compris celles portées sur les études de genre, de féminisme, postcoloniales ou autour du terme de race, dans le grand corpus pertinent de la recherche scientifique, fait dorénavant l’objet d’une large adhésion de la part des scientifiques, que la société a encore du mal à intégrer. Cette latence entre l'acceptation scientifique d'un processus et son acceptation politique peut sembler suspecte, mais elle n'est en en réalité pas une surprise, lorsque l’on sait que l’origine anthropique du réchauffement climatique est un consensus scientifique depuis plus de 30 ans, ou que la nocivité du tabac fait consensus depuis le milieu des années 1960, et qu’il a fallu, dans les deux cas, batailler politiquement pendant de longues années pour arriver à faire accepter aux politiques l’évidence scientifique[30].

 

Conclusion ?

Avoir un pôle conservateur et un pôle progressiste est parfaitement normal dans chaque combat politique. Et le monde scientifique, comme toute organisation sociale, a les siens. Mais le monde scientifique, par l'application généralisée de la méthode scientifique et la relecture par les pairs, a trouvé une solution collective à cette divergence d'opinion, afin de permettre aux scientifiques de tous bords de pouvoir soutenir l’idéologie qu’ils souhaitent, tout en n’étant jamais inquiétés ou attaqués en légitimité pour cela dans le cadre de leurs recherches.

Les scientifiques ne sont pas des individus plus neutres idéologiquement que les autres. Ils appliquent simplement une méthode particulière et sont relus par leurs pairs, dans un processus collectif et transparent dont nous ferions mieux de nous inspirer, plutôt que de chercher à savoir à tout prix si les productions de tel ou tel chercheur pris individuellement sont bien « scientifiques », et pas « idéologiques », comme si ces deux notions ne pouvaient en aucun cas cohabiter.

Les universitaires n’ont pas besoin d’une quelconque discipline pseudo-républicaine, car ils ont déjà leur propre discipline. Et celle-ci est déjà suffisamment fragile, complexe à appliquer en permanence et souffre de suffisamment de biais plus ou moins conservateurs pour ne pas y ajouter un interventionnisme gouvernemental d’un autre temps, qui a déjà fait la preuve de ses conséquences désastreuses par le passé.

Préservons la confiance que nous avons dans le monde scientifique. Car bien qu’imparfait, aristocratique et encore sujet à de profondes interrogations quant à sa fabrique de la légitimité, ce monde a tout de même réussit un exploit dans l’histoire humaine : constituer une communauté mondiale d’individus provenant de pays et de cultures différentes, poursuivant un même objectif d’explication du monde, parlant peu ou prou le même langage, suivant peu ou prou les mêmes méthodes, se reconnaissant réciproquement une confiance et une légitimité bienveillante, s’accordant une vaste liberté académique, et résolvant les controverses par la confrontation d’arguments plutôt que par la violence ou l’invective.

La science n’a pas besoin d’enquêtes de conformité à des principes politiques. Elle a besoin de moyens financiers, matériels et humains d’exercer toujours plus sereinement sa liberté académique, repoussant toujours plus loin les limites de la connaissances, se trompant parfois, se corrigeant souvent, se remettant en question perpétuellement.

Pour reprendre une excellente métaphore de Mr Phi[31], il faut éviter de se prendre pour le videur du « Science club », car c’est un travail extrêmement compliqué, dépendant d’une multitude de facteurs. Et il se trouve que le contexte politique fait justement partie de ces facteurs, et que nous sommes tous, à notre échelle, partie prenante de ce contexte à travers notre idéologie personnelle, qui peut parfois nous rendre très susceptibles et bien peu objectifs lorsque celle-ci est remise en cause. Comme souvent dans ces cas-là, c’est avant tout l’exercice de l’intelligence collective qui détermine la limite de l’acceptable, et non une quelconque autorité gouvernementale. Quand le gouvernement s’attaque à la liberté académique, c’est que la tentation de la purge de la pensée acceptable n’est plus très loin.

La science est créative de sa liberté, et efficace de sa discipline. Mais si sa discipline ne dépend que d’elle, sa liberté est l’affaire de toute la société. Laissons donc les chercheurs libres d’explorer tous les savoirs possibles et imaginables, et faisons confiance aux scientifiques pour remplir leur part du contrat social et garantir la qualité du savoir produit.

Trop de discipline vaut manque de créativité, trop de liberté vaut manque d’efficacité. Mais n'oublions pas que dans la longue et terrible histoire de l’humanité, il semble relativement rare que les pires horreurs aient été causées par un trop plein de liberté, alors qu’on ne se risquerait pas à jurer de l’inverse.

 

Alexandre Deloménie

 

[1] Par la voix de plusieurs ministres, tels que Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale (https://www.europe1.fr/politique/ce-quon-appelle-lislamo-gauchisme-fait-des-ravages-denonce-jean-michel-blanquer-4000366), ou Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche (https://www.soundofscience.fr/2648).

[2] Frédérique Vidal lance une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, Le Monde, https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/16/frederique-vidal-lance-une-enquete-sur-l-islamo-gauchisme-a-l-universite_6070195_3224.html

[3] Comme restitué par Mediapart : https://www.mediapart.fr/journal/france/170221/islamo-gauchisme-vidal-provoque-la-consternation-du-monde-de-la-recherche?onglet=full

[4] Dont le communiqué « L’islamogauchisme n’est pas une réalité scientifique » est à retrouver sur leur site : http://www.cnrs.fr/fr/l-islamogauchisme-nest-pas-une-realite-scientifique

[5] Retrouvez le communiqué complet sur le site de la CPU, publié le 16 février 2021 : http://www.cpu.fr/actualite/islamo-gauchisme-stopper-la-confusion-et-les-polemiques-steriles/?fbclid=IwAR12rObabe-HtC8rIAkkf2SFhqXtY5oL3KvzUIJIclK0khq3oY0VsYvrBik

[6] Dont on faisait déjà l’analyse en 2016 : https://leplus.nouvelobs.com/contribution/1524662-du-judeo-bolchevisme-a-l-islamo-gauchisme-une-meme-tentative-de-faire-diversion.html

[7] Comme l’a rappelé Médiapart récemment : https://www.mediapart.fr/journal/france/080221/en-france-les-recherches-sur-la-question-raciale-restent-marginales?onglet=full, oules chercheurs Olivier Roy et Pascal Blanchard sur France Inter le 22 février 2021 : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-22-fevrier-2021

[8] On ne fera pas ici l’affront à nos lecteurs de revenir sur la place minoritaire des femmes dans le milieu scientifique, qui bien que s’améliorant, est encore loin du compte. Voir par exemple cette étude de l’Unesco de 2015 : https://fr.unesco.org/sites/default/files/usr15_is_the_gender_gap_narrowing_in_science_and_engineering_fr.pdf

[9] Un site présenté sur France Culture dans la Chronique « Le tour du monde des idées » (Juillet 2019) : https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/le-tour-du-monde-des-idees-du-vendredi-21-juin-2019. Le site de Quillette : https://quillette.com/

[10] Comme l’a rappelé la youtubeuse Langue de Cha dans une vidéo récente, en partenariat avec les vulgarisateurs du Malin Génie : https://www.youtube.com/watch?v=oC6AlcX2Sq0

[11] Replongez-vous dans le mémo controversé de James Damore intitulé « La chambre d'écho idéologique de Google » en 2017.

[12] La sortie des Césars 2020 d’Adèle Haenel, suivie de la tribune de Virginie Despentes face à l’affaire Polanski, l’histoire des Suppliantes et du Blackface, ou encore les groupes de réunions et autres festivals non-mixtes en sont des exemples parfaits.

[13] Les échanges entre Rokhaya Diallo, Raphaël Enthoven et/ou Natacha Polony sur le racisme systémique, pour ne citer qu’eux.

[14] La ministre Frédéric Vidal, biochimiste de formation, en a d’ailleurs livré une illustration parfaite devant le micro de Jean-Pierre Elkabbach, en février 2021, en répondant supposément aux études menées sur les racisés : « D’ailleurs en biologie cela fait bien longtemps qu’on sait qu’il n’y a qu’une espèce humaine et qu’il n’y a pas de race donc vous voyez à quel point je suis tranquille avec ce sujet-là ». A nouveau : https://www.mediapart.fr/journal/france/170221/islamo-gauchisme-vidal-provoque-la-consternation-du-monde-de-la-recherche?onglet=full

[15] La chaîne d’Hygiène mentale : https://www.youtube.com/channel/UCMFcMhePnH4onVHt2-ItPZw

[16] La chaîne de la Tronche en Biais : https://www.youtube.com/user/TroncheEnBiais

[17] C’est par exemple la position du philosophe des sciences Etienne Klein, qui la rappelle justement sur France Inter le 2 juillet 2020 : https://www.youtube.com/watch?v=LOLhjRdK1Pg

[18] Un phénomène que politiques, responsables en relation publique et publicitaires connaissent et utilisent depuis plus d’un siècle, comme le décrit très justement le documentaire « Propaganda, la fabrique du consentement » de Jimmy Leipold. https://www.dailymotion.com/video/x6kqf6i

[19] Comme le faisait déjà le journal France-Soir en 1940, en titrant «l'université doit être débarrassée de l'emprise judéo-maçonnique » : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7643329d.item

[20] Comme rapporté par Le Monde en 2018 : https://www.lemonde.fr/international/article/2018/06/22/en-turquie-la-purge-sans-fin-des-universites_5319291_3210.html

[21] Comme rapporté en 2019 dans Libération : https://www.liberation.fr/debats/2019/03/26/au-bresil-la-mise-au-pas-de-l-enseignement_1717574/

[22] Comme le rappellent Yves Gingras et Mahdi Khelfaoui dans leur article publié sur The Conversation France en juin 2020 « Être juge et partie, ou comment contrôler une revue scientifique » : https://theconversation.com/etre-juge-et-partie-ou-comment-controler-une-revue-scientifique-140595

[23] La vidéo de #DATA GUEULE « Privés de savoirs ? » sur ce sujet est particulièrement éclairante : https://www.youtube.com/watch?v=WnxqoP-c0ZE

[24] Comme le rappelle très justement Thomas C. Durand, alias « Acermendax », dans son vlog consacré aux vices cardinaux des scientifiques : https://www.youtube.com/watch?v=QhX7SQb1BMg

[25] C’est le fameux système de revue par les pairs, ou « peer review », un des fondements de la science moderne : https://en.wikipedia.org/wiki/Peer_review

[26] Une très bonne vidéo de Science4all est consacrée à l’épistocratie dans sa playlist « Démocratie », que je recommande entièrement : https://www.youtube.com/watch?v=7yztDRsarcY

[27] Comme l’a par exemple démontré l’historien Pierre Singaravélou dans sa thèse, puis dans son ouvrage de 2011 « Professer l’Empire. Les « sciences coloniales » en France sous la IIIe République » :  https://journals.openedition.org/rh19/4283

[28] Darwin, dessine-moi les hommes, Claudes Combes, 2006, 528 Pages, Editions Le Pommier.

[29] Comme le montre notamment les citations et les discussions correspondantes sur la page Wikipédia « Race humaine » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Race_humaine#L'apport_de_la_g%C3%A9n%C3%A9tique

[30] Comme rappelé dans le livre « Les gardiens de la raison: Enquête sur la désinformation scientifique »,  de Stéphane Foucart, Stéphane Horel et Sylvain Laurens, 2020.

[31] Dans son épisode « Merci Captain Ad Hoc ! | Grain de philo #23 » : https://www.youtube.com/watch?v=meNQnNqHjes

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