Mélenchon n'est pas une alternative : prenons nos affaires en main !

La société se droitisant de jour en jour - et notamment sa classe dirigeante – les médias nous peignent Jean-Luc Mélenchon comme un candidat hors-système, celui qui va tout chambouler, tout casser, avec ses « insoumis » et ses petits bras musclés.

Et c'est fort dommage. Le projet du candidat de « La France Insoumise » est, en réalité, simplement différent de celui du PS, frondeurs compris. Sur de très nombreux points, il est plus à gauche - mais pour ne pas être plus à gauche que le PS, il faut être de droite. Toutefois, comme l'annonce le titre, Jean-Luc Mélenchon ne représente pas une alternative politique. C'est un candidat du système politico-médiatique. J'étais déjà revenu sur le personnage ici-même, dans un billet intitulé Mélenchon, le Narcisse de la République. Je n'en change pas une ligne aujourd'hui. À bien y penser, et c'est l'objet de ces lignes, j'ajouterais bien, après république, le qualificatif « française ». Puisque Mélenchon n'est pas le tribun de n'importe quelle république. La sienne est tricolore. La sienne est chauvine, y compris dans sa dimension civilisatrice, car la vision de la France qu'il a, universaliste, est, pour lui, transposable partout. La sienne est coloniale, et ce point est lié au deuxième, puisqu'il ne remet pas en cause la domination de la France sur ses colonies, et ne défend pas l'idée, pour ces dernières, que l'auto-détermination des peuples est la règle. À titre d'exemple, Mélenchon défend dans son projet une politique de la mer, basée, en grande partie, sur les frontières maritimes du pays. Or, ces frontières (2ème plus grandes frontières maritimes du monde pour la France) n'existent que grâce aux colonies.

Dans le journal l'Humanité, du 20 septembre 2016, Mélenchon va plus loin dans sa stratégie dite populiste. Le titre de l'article résume plutôt bien l'ensemble de l’œuvre : « Le rassemblement de la 'gauche' empêcherait le peuple de se fédérer  ». Pas de grand désaccord sur l'idée qu'il ne faut pas rassembler « la gauche » - qu'est-ce que la gauche ? Jusqu'où rassemble-t-on ? - mais interrogeons en revanche l'idée de peuple qu'il avance. Il ne s'agit pas ici du peuple comme l'entité de « ceux d'en bas », mais le peuple comme celles et ceux qui sont opposés à l'oligarchie. Or, cela représente un corps social difficile à représenter idéologiquement, sauf à défendre la Nation comme un idéal politique. Sur le site du NPA, Antoine Larrache se questionne aussi concernant l'intervention de Mélenchon devant des patrons, pour parler du « Made in France ». Et tout se rejoint. Dans le peuple de Mélenchon, les patrons ont leur place, au titre de patrons. C'est une rupture fondamentale avec le communisme, le socialisme... Quoi de différent avec le « J'aime l'entreprise » d'un Manuel Valls même si Mélenchon est évidement dans notre camp de combat contrairement au premier ministre ? Il s'agit simplement ici de démontrer que le candidat décrit comme « hors-système », voire « anti-système », s'en accommode en réalité totalement, que ce soit du point de vue de la professionnalisation de la politique, ou même dans celui de l'économie. Pour Mélenchon, il faut réformer le système et les institutions. Où y a-t-il une alternative ici ? Où y a-t-il du neuf ?

Et de neuf, le théâtral insoumis n'en fait pas preuve, non-plus, sur la question de la laïcité. Mélenchon a défendu une position ahurissante sur le burkini. Ce dernier voyait des militantes de l'islam politique dans les femmes se baignant en burkini. Il a même, dans une vidéo créant le buzz, demandé à ce que les croyants arrêtent d'embêter les non-croyants avec leurs problèmes de religion... comme si les musulmans n'étaient pas victimes d'une offensive raciste sans nom ! 

Mais le summum a été atteint lorsque, dans différents médias et en particulier dans le Monde, Mélenchon explique qu'il est contre la régularisation de tous les sans-papiers, contre la libre circulation et la libre installation des personnes. Il explique même plutôt être pour l'immigration choisie puisque l'immigration ne serait pas nécessairement une chance pour la France. Pour lui, elle serait une chance si 10.000 médecins arrivaient... mais alors 10.000 vieillards ou infirmes, non merci ! Ces propos ont eu lieu au mois d’août. Quelques semaines auparavant, le même Mélenchon s'en prenait aux travailleurs détachés qui « volent le pain des travailleurs français ». Sur le site du NPA, j'avais alors commis une réaction. Dans le journal l'Anticapitaliste, Robert Pelletier allait même plus loin. Dans le défunt Front de Gauche, et en particulier à Ensemble !, mais aussi au PCF – bien que des villes PCF expulsent des sans-papiers, ou des rroms, comme à Montreuil - ces propos ne passent pas, puisqu'ils représentent une rupture avec ce qui fonde une identité de gauche. Mais, comme Mélenchon ne veut plus entendre parler de la gauche (qui implique la lutte des classes), il y a une forme de logique à tout ce qu'il dit. Il y a un système de pensée mélenchonien, une stratégie de racolage à droite pour attirer des voix du Front National sur son nom.

Alors non, Jean-Luc Mélenchon ne représente pas une alternative. Pas plus que les primaires de toute la gauche. Malgré ça, les militants qui soutiennent Mélenchon pour affirmer une rupture avec le PS ont raison. Mais cela ne peut se faire sur des bases politiques inacceptables. Par ailleurs, comme l'ont rappelé les Nuits debout, ou encore les Indignés, il faut cesser de laisser la politique dans les mains des professionnels, de ceux qui vivent de la politique. Nous devons prendre nos affaires en main, pour inverser la tendance politique, une juste répartition des richesses, l’interdiction des licenciements, l’augmentation des salaires et des pensions, la sortie rapide du nucléaire, une production soucieuse de l’environnement pour stopper la catastrophe écologique, la socialisation des grands moyens de production, la liberté de circulation et d’installation pour tous les migrant-es et bien d’autres mesures. Et l'ensemble de ce projet, c'est la candidature de Philippe Poutou, candidat du NPA qui le porte. Il faut rejoindre cette dynamique, pour rassembler les anticapitalistes qui n'en peuvent plus de leur monde, de la loi travail à l'état d'urgence, de NDDL à Calais. Nous ne sommes pas condamnés à suivre un chef et à placer nos illusions malheureuses dans les bras d'un sauveur ou d'une pseudo-gauche unie - ou désunie. Imposons une candidature anticapitaliste, invitons-nous au banquet des politiciens professionnels et renversons la table. 

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