La Région Réunion championne du Greenwashing

Ce mardi 8 décembre 2020, la Région Réunion organisait la 3ème « Conférence Internationale sur le Climat et la Biodiversité ». Entre grossière opération de communication et mensonges éhontés, la Région Réunion n'en finit plus de manipuler les réunionnais pour tenter de verdir son image.

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Capture d'écran de la page Facebook de la Région Réunion.

Mise en scène soignée, tapis vert, rondins de bois en guise de fauteuils, toute la presse régionale réunie ... à n'en pas douter la 3ème « Conférence Internationale sur le Climat et la Biodiversité » est une réussite en termes de communication.

Pour les engagements climatiques ambitieux ... il faudra repasser !

Embourbé dans le chantier pharaonique de la Nouvelle Route du Littoral qui accumule irrégularités, mauvaise gestion et impacts environnementaux dramatiques, Didier Robert entame sa campagne pour les régionales 2021 en mauvaise posture. Depuis plusieurs semaines, il multiplie les opérations de communication pour tenter de se présenter comme pionnier de la lutte contre les changements climatiques et défenseur des plus démunis.

Entre discours creux et annonces mensongères

Si l'on s'attache aux faits et aux mesures concrètes mises en œuvre, on constate un triste vide en matière de politiques climatiques mises en place par la Région Réunion. La déclaration prononcée par le président de région en clôture de cette conférence internationale est de ce point de vue éloquente :

« Penser global et agir local, c’est poser également la question de la sécurité alimentaire, c’est aborder la question de la gestion de l’eau, des déchets, des énergies, des déplacements, de la santé, de la lutte contre la pauvreté.»

« Poser la question », « aborder la question », si l'on se livre à une analyse des termes utilisés, on comprend aisément le creux des déclarations prononcées et l'absence totale d'engagement précis et de mesures concrètes. Tandis que La Réunion connait des inégalités structurelles prégnantes, les mesures mises en place par la majorité régionale depuis plus de 10 ans ne sont absolument pas parvenues à juguler les problématiques d'extrême pauvreté, d'accès à l'eau et à l'alimentation. Tout comme cette équipe régionale n'est pas parvenue à mettre en place des mesures écologiques ambitieuses, capables de répondre aux problématiques du tout automobile, des glissements de terrain, d'autonomie alimentaire, d'utilisation record de pesticides, ou d'alternatives à la monoculture sucrière.

Parfait connaisseur des stratégies de communication, diplômé de l'Institut d’Etudes Politiques d'Aix-en-Provence, Didier Robert n'hésite pas à manipuler l'opinion publique pour vanter ses actions :

« Pour la question de l’énergie, nous avons fait le choix d’abandonner les énergies fossiles du mix énergétique. »

Belle déclaration sur le papier qui laisserait imaginer une conscience environnementale certaine, mais aucun délais, aucun détail, aucune mesure précise pour arriver à cette finalité. Pire, lorsque l'on regarde les données, la réalité est inquiétante. En 2018 le mix énergétique réunionnais reposait pour 86,1% sur l’importation d’énergies fossiles1. Un comble pour un territoire entouré de la mer, qui connait des records tant d'ensoleillement que de pluviométrie, et une capacité éolienne considérable. Quand la majorité régionale s'emploiera t-elle à livrer un plan précis et urgent de sortie des énergies fossiles ?

« Chaque acteur a sa propre responsabilité »

Tentant de faire reposer la responsabilité des changements climatiques autant sur les citoyens que sur les acteurs privés et publics, le président de région nous a gratifié d'un concept hypocrite à la tribune de clôture de cette conférence, celui de "Bioéconomie". Ce dernier témoigne de la conception de l'écologie selon Didier Robert, à savoir une écologie dépendante du développement économique :

« Nous avons à la Région Réunion arrêté le concept de la Bioéconomie. Il s’agit de trouver le juste milieu entre économie et écologie dans cette voie vertueuse du développement durable [...] Chaque citoyen doit se sentir investi. »

Avec cette citation, qui permet à l'institution régionale de se défausser de ses responsabilités, on en viendrait presque à oublier que le projet phare de transports en commun porté par la précédente majorité régionale, qui aurait du être aujourd'hui achevé, a été stoppé net par Didier Robert au moment de sa prise de fonctions.

Ce dernier se permet même une déclaration qui en serait presque risible si elle n'était pas tristement grave :

« Sur la question des déplacements, nous ambitionnons un réseau régional de transport guidé de plus de 120 kilomètres de l’Est au Sud et qui doit être une vraie alternative au tout automobile, avec un transport moderne, adapté à la configuration de notre île et à l’attente des Réunionnais. »

Rappelons que le projet de tram-train était déjà entamé et qu'il devait constituer un réseau régional ferré de l'Est au Sud .... mais c'était il y a plus de 10 ans.

Quand les décideurs politiques réunionnais se décideront-ils enfin à penser le long terme pour l'avenir de l'île ? Et entamer une transition sociale et écologique juste.. qui devient chaque jour de plus en plus nécessaire !

Retrouvez la déclaration complète, lue par Didier Robert en clôture de cette « Conférence Internationale sur le Climat et la Biodiversité », en suivant ce lien.

 

[1] Observatoire énergie Réunion, Bilan énergétique de La Réunion 2017, Édition 2018.

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