Le nécessaire combat de la démocratie ivoirienne contre ses démons intérieurs.

Le progrès qualitatif de la démocratie ivoirienne résultera de sa capacité à affronter et à vaincre ses démons intérieurs. Cette victoire requiert de l’abnégation. Elle dépend de la cohérence et de la conviction démocratique

Le progrès qualitatif de la démocratie ivoirienne résultera de sa capacité à affronter et à vaincre ses démons intérieurs. Cette victoire requiert de l’abnégation. Elle dépend de la cohérence et de la conviction démocratique réelle des forces politiques intérieures qui prétendent incarner les valeurs de la démocratie républicaine pluraliste dans le pays. Ce combat politique est un combat éthique, un combat moral interne de soi contre soi-même.

 Les plaies purulentes qui grèvent le progrès de la démocratie pluraliste dans le pays  sont les coups de poignards continuellement portés aux principes et aux valeurs du régime par les acteurs politiques qui devraient les porter, les défendre  et en  être les gardiens vigilants et intransigeants.

Enumérons les plus évidentes de ces nombreuses lésions qui doivent être soignées  et guéries pour que la démocratie pluraliste ivoirienne  puisse progresser dans la voie de son perfectionnement :

Un chef de parlement qui concurrence sa propre majorité à une élection présidentielle. Un chef de parlement qui refuse de démissionner du perchoir et entend conserver son poste tout en étant candidat à la présidentielle!

Des acteurs politiques qui réclament, à cors et à cris, une CEI indépendante mais entendent y siéger comme mandataires de leurs partis respectifs et non pas comme représentants de la Nation qu'ils récusent par leur discours ethno-nationaliste!

Des acteurs politiques qui s'y conçoivent défenseurs des intérêts particuliers de leurs partis respectifs alors même que l'indépendance d'une CEI repose sur la capacité de ses membres à incarner la Nation citoyenne, à représenter l'intérêt général et à se distancier des intérêts particuliers de leurs partis respectifs.

Des leaders générationnels qui prétendent incarner le peuple alors même que le peuple démocratique est transgénérationnel!

Des candidats à une élection présidentielle dans une démocratie pluraliste mais qui sont dénués de programme économique social et politique précis et inclusif.

Des partis et des micros-partis gangrenés par l'idôlatrie du pouvoir et sans identité précise!

Des chefs et des dirigeants de partis qui se disent démocrates mais transforment le parti en propriété privée au service de leurs intérêts particuliers et de leurs ambitions personnelles et qui le revendiquent comme héritage patrimonial.

Des plates-formes politiques incohérentes et dénuées de vision politique intégrante commune.

Des discours politiques autocratiques qui brodent sur les thématiques identitaires, populistes et xénophobes mais qui en appellent en même temps à la souveraineté du peuple, à la République, à la démocratie, à la liberté, à l'égalité!

Des ethno-nationalistes qui se disent patriotes et modernistes!

Des partis d'extrême-droite identitaires qui se disent de gauche tout en ignorant manifestement qu'ils sont d'extrême-droite !

Des panafricanistes et des anticolonialistes xénophobes, vassaux des réseaux d'extrême- droite occidentaux et qui portent impudemment, de manière cynique, leurs contradictions sur leur front!

Des forces réactionnaires et passéistes qui se disent, en même temps, révolutionnaires et prétendent incarner l'avenir alors même que la révolution présuppose de faire table rase du passé!

Ce méli-mélo de bric et de broc,  ce mélange des genres, ces confusions, ces contradictions insupportables et cette démagogie écarlate sont entretenus par un régime de mobilisation, par la DEVALORISATION DE LA PENSÉE ET DE LA RÉFLEXION, par l'affrontement matérielle nue des forces sur le mode des invectives, des injures, des grossièretés verbales et de la personnalisation.

Cette mêlée confuse est entretenue par le tourbillon du bruit de la propagande qui occulte largement l'impératif de concurrence des programmes et des bilans. En cette dérive, on substitue, le langage animal des signaux au langage humain des signes linguistiques porteurs de sens réfléchi.

On remplace, en cela,  la communication dialogique de la pensée, de l'échange et de la concurrence des raisons par l'affrontement brutal des propagandes, des opinions irraisonnées, des manipulations mentales des intoxications psychologiques et des monologues.

Au final, triomphe dans ce carrousel des passions primaires et des pulsions dans une arène dominée par les 7 péchés capitaux, la force matérielle brutale et l'errance politique parce que prédominent les opinions irraisonnées et la logique de la force.

Puisse cette lecture critique assagir, espérons-le, les politiciens locaux et éveiller le sens critique de l'électorat ivoirien.

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