Henri Konan Bédié : le visage sombre de l'antinomie au PDCI-RDA en Côte d'Ivoire.

Inspiré par la mémoire historique du peuple Baoulé, Félix Houphouët-Boigny avait bâti la République de Côte d'Ivoire en faisant de ce pays une terre d’hospitalité. De ce territoire peuplé par des vagues migratoires successives au fil des siècles,

Inspiré par la mémoire historique du peuple Baoulé, Félix Houphouët-Boigny avait bâti la République de Côte d'Ivoire en faisant de ce pays une terre d’hospitalité. De ce territoire peuplé par des vagues migratoires successives au fil des siècles, il fit une terre de tolérance, de coexistence fraternelle et de reconnaissance réciproques des altérités  cimentée par le dialogue et l'interaction multiforme des identités ethniques.

 La lutte anticolonialiste de cette diversité de peuples alliés contre l’occupant colonial pour la conquête de l’Indépendance construisit une histoire commune et scella les prémices de son unité politique constitutionnellement établie par le droit du sol sous le régime de la République dans la Côte d’Ivoire post-coloniale.

 Les scansions de l’hymne national «  Salut ô terre d’espérance, pays de la l’hospitalité » bâtirent en ce peuple la conscience et le sentiment de cette communauté d’appartenance fraternelle ouverte sur la différence.

De 1960 à la fin des années 1980, le  régime de parti unique eut à cœur de consolider cette coexistence en rassemblant cette diversité de peuples ethniques dans la citoyenneté. Il structura sa propre légitimité par un programme d’inclusion sociale et d’intégration nationale orienté par le projet de transformer la Côte d’Ivoire en État-nation.

Ce programme de construction nationale intégrait les divers génies culturels du territoire dans un processus de modernisation dont la finalité était d’unir de manière pérenne la tradition et la modernité, les ethnies et la rationalité économique dans le mouvement continu  de l’histoire.

L’identité de la Côte d’Ivoire indépendante est cette unité productive modernisatrice des différents génies ethniques rassemblés dans le territoire et constamment renouvelé par les apports étrangers.

La fonction de la démocratie pluraliste instituée dans les années 1980 était de porter plus loin ce processus de modernisation et cette alliance des identités ethniques et de la rationalité économique. Il s’agissait de réaliser ces deux dimensions dans leur effectivité en légitimant dans le nouveau régime, la pluralité contradictoire des intérêts et des valeurs de toutes les catégories constitutives du pays. Il s’agissait de conforter le consensus républicain qu’avait bâti le régime de parti unique, de reconnaître et de laisser s’exprimer librement la pluralité des catégories de la société, d’harmoniser par la Loi les représentations et les intérêts divergents de cette pluralité, de régler les différends d’intérêts et de valeurs par le dialogue, la discussion, le dialogue et le compromis, de trancher les conflits sociaux par la politique et non par la guerre. 

En enfourchant épisodiquement le cheval de la guerre des identités ethniques, en agitant la faux identitaire qui divise et sépare les peuples du territoire, en dressant des barrières entre eux, en érigeant l’inhospitalité et le rejet de l’Altérité en principes politiques du pays, Henri Konan Bédié n’est-il pas entrain de détricoter l’héritage politique de Félix Houphouët-Boigny et de trahir la mémoire du peuple Baoulé qui inspira l’œuvre du père de la Nation ivoirienne ?

Adoptant désormais de manière purement opportuniste le discours de l’ethno-nationalisme xénophobe et antilibéral qui rompt l’alliance originelle houphouëtiste de l’ethnie et de la rationalité économique,  l’économiste Henri Konan Bédié qui fut pourtant l’un des plus proches compagnons de Félix Houphouët-Boigny n’aurait-il donc rien compris à la politique économique du père de la Nation ?  

La délinquance politique pluri-décennal anti-Houphouëtiste de Henri Konan Bédié tend à accréditer l’idée selon laquelle cet homme n’était pas le mieux qualifié, moralement et intellectuellement pour succéder au PDCI-RDA le colosse politique que fut Félix houphouët-Boigny.

Cette délinquance pluri-décennal anti-Houphouëtiste qu’Henri Konan Bédié vient de consacrer par un axe plus que symbolique avec le FPI anti-houphouëtiste de Laurent Gbagbo démontre que le chef du PDCI de Daoukro est bel et bien le visage sombre de l’antinomie au sein du PDCI-RDA de Félix Houphouët-Boigny.

Il incarne au sein de ce parti les anti-valeurs que Félix Houphouët-Boigny avait combattues et vaincues en son temps pour bâtir la Côte d’Ivoire fraternelle dont le PDCI-RDA fut la truelle institutionnelle. Henri Konan Bédié est au PDCI-RDA ce que l’ennemi interne est à chaque homme qui doit en triompher dans un combat intérieur quotidien pour pouvoir s’émanciper de sa propre servitude interne.

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