Le pavé anti-ADO et pro-Gbagbo de Mme Fanny Pigeaud est-il crédible ? 2ème partie (Suite et fin)

Quel est le sens caché de la thèse centrale de Mme Fanny Pigeaud : « la « communauté internationale », suivie par les médias occidentaux, affirme donc que Ouattara est le vainqueur de l’élection présidentielle. Pourtant, tout montre que le processus électoral n’a pas respecté les règles.» ? Quelle est la signification politique véritable de cet argumentaire complotiste, qui suggère que ce n’est pas le peuple ivoirien mais la communauté internationale dominée la grande Finance, qui a élu le Président de la République de Côte d’Ivoire en décembre 2010 en manipulant, de bout en bout, le processus électoral et notamment la CEI ? Cet argumentaire complotiste insulte en réalité le peuple ivoirien dans sa souveraineté. Fanny Pigeaud considère que le peuple ivoirien est un peuple mineur dépourvu de la responsabilité et de la lucidité nécessaires au choix autonome et éclairé de ses dirigeants politiques. Sous l’argumentaire conspirationniste de Mme Fanny Pigeaud est dissimulée la figure hideuse du racisme et du paternalisme d’une certaine intelligentsia occidentale à l’égard des Africains. La thèse complotiste de Mme Fanny Pigeaud véhicule l’idée selon laquelle les peuples africains sont des peuples mineurs, infantiles, toujours manipulables et toujours manipulés. Dépourvus de sens politique, incapables de décider par eux-mêmes, de choisir avec discernement leurs dirigeants, de reconnaître leurs intérêts souverains, ils sont à la merci des maîtres politiques financiers et économiques du monde. Lorsqu’ils décident de sanctionner dans les urnes un pouvoir corrompu, incapable, meurtrier et brutal qui se réclame du « socialisme » et de « l’anticolonialisme » par lequel ils estiment avoir été trahis, leur décision électorale est forcément suspecte. Il faut dans ce cas décrédibiliser leur choix au moyen de l’argument des procédures, du secret des arcanes, de la légalité, de la lettre qui permet bien souvent de dissimuler les impostures. Financées par les bailleurs de fond internationaux et surveillées par les institutions et ONG d’une communauté internationale considérée par les tenants du conspirationnisme comme tête de pont de l’impérialisme des Banques et du néo-capitalisme, les nouvelles élections présidentielles africaines, à l’ère de la démocratie, ne peuvent être que suspectes. Elles le sont forcément lorsque l’un des candidats à la magistrature suprême fut un haut fonctionnaire du FMI. Le candidat idéal convenant aux Africains est un héraut du nationalisme ethnique, du communautarisme, du confessionnalisme, de l’anticolonialisme, et du panafricanisme. Que cet anticolonialisme et ce panafricanisme soient des slogans creux, démentis par une xénophobie notoire et une complicité affichée avec les milieux affairistes occidentaux, n’importe guère aux tenants du conspirationnisme et du complotisme. Dans le cas d’espèce ivoirien, l’argument des procédures permet donc à Mme Fanny Pigeaud de donner du corps à la thèse conspirationniste et complotiste. Il lui permet d’occulter et d’évacuer le critère décisif du respect des principes substantiels universels de la démocratie grâce auquel la légitimité démocratique d’un pouvoir, fut-il africain, doit être évalué. Dans les replis sinueux de l’argumentaire procédural se trouve, en effet, l’idée raciste selon laquelle les principes démocratiques de liberté et de dignité de la personne humaine, d’égalité, de représentation politique des intérêts individuels et collectifs et de limitation du pouvoir par les droits humains fondamentaux, principes sacrés en France et en Occident, sont indifférents aux Africains. De ce point de vue, les ratiocinations procédurières de Mme Fanny Pigeaud qui piétinent allègrement la souveraineté et la capacité du peuple ivoirien à se prononcer électoralement dans les urnes pour ou contre un pouvoir en regard des principes substantiels de la démocratie, sont la version journalistique du geste brutal de Damana Pickas déchirant devant le monde entier le procès verbal du vote du peuple ivoirien. C’est la forme intellectualisée et habile de la démagogie populiste du régime brutal et meurtrier de son mentor Laurent Gbagbo, le dictateur ethno-colonialiste tropical, auquel Mme Fanny Pigeaud voue un culte de dévote. Mme Fanny Pigeaud doit donc se guérir de son propre néo-colonialisme interventionniste et se ressourcer à la leçon d’humilité que le monde politique journalistique et intellectuel africain a administré au microcosme politique journalistique et intellectuel français lors des primaires du parti socialiste et de l’ex-UMP qui furent entachées de tripatouillages et de manipulation partisane. Les intellectuels, les journalistes et les politiciens africains et ivoiriens s’interdirent de crier au vol électoral en France, d’y consacrer des bouquins de récusation, d’engager des procès intellectuels et journalistiques en contestation des résultats plusieurs années après les évènements. En dépit de la présence multiforme de l’Etat français en Afrique et de l’influence de ses décisions sur le quotidien des populations africaines, ils s’interdirent de s’inviter en censeurs en France à l’approche de la présidentielle française en 2012. Un peuple est toujours souverain et maître absolu de sa vie politique et électorale. Ce principe cardinal sacré doit régir les relations entre les peuples. Mme Fanny Pigeaud doit donc prendre acte de ce principe de civilité et de respect réciproque qui structure les relations entre les peuples. La conviction de la majorité des Ivoiriens est que les élections de décembre 2010 étaient régulières. Le résultat final était conforme à leur volonté souveraine. Ils ont choisi la République, la citoyenneté et la Démocratie contre le communautarisme, l’ethnicisme, et le populisme révolutionnaire. Après l’expérience catastrophique et terrifiante d’un socialisme trahi, ils ont choisi de faire confiance à un candidat tenant du libéralisme. Ils se réservent le droit souverain de lui renouveler leur confiance en Octobre 2015 ou de le destituer pour retenter l’expérience d’un autre socialisme plus en accord avec l’esprit de Jean Jaurès à la différence de celui de Laurent Gbagbo. Mme Fanny Pigeaud doit donc prendre acte de cette souveraineté absolue des peuples africains. Relativement au choix du socialisme ou du libéralisme économique et politique, elle doit, comme l’écrit justement la rédaction de Médiapart, dans l’introduction au passage de son ouvrage publié dans ce journal, « laisser les Africains s’en charger eux-mêmes, avec leurs erreurs et leurs tâtonnements. ». (Suite et fin)

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