L'ethno-nationalisme en Côte d'Ivoire: un accident historique à réparer.

Entre 1990 et 2010, l'ancrage du nationalisme communautaire (dénommé ivoirité dans notre jargon local) une vision excluante et désintégrante du politique, résulta d'un accident historique et d'une errance collective contextuelle.

Entre 1990 et 2010, l'ancrage du nationalisme communautaire (dénommé ivoirité dans notre jargon local) une vision excluante et désintégrante du politique, résulta d'un accident historique et d'une errance collective contextuelle.
L'ethnonationalisme autochtoniste heurtait de front le nationalisme libéral universaliste constitutif de la Côte d'Ivoire porté par le PDCI-RDA de Félix Houphouët-Boigny en raison du tissu sociologique essentiellement diversifié du pays.

 Contre ce mal politique suprême il faut opposer une réponse de court terme et une réponse de long terme : La marginalisation électorale de l’extrémisme identitaire pour le court terme ;  la poursuite obstinée de la politique d’inclusion sociale et d’intégration nationale à travers une politique audacieuse d’investissement économique et de redistribution sociale pour le long terme.

La réponse politique (de court terme) à opposer à cette errance est, comme en décembre 2010, en 2015 et récemment dans les récentes élections locales d'Octobre 2018, de marginaliser politiquement ce courant mortifère, par la voie des urnes.

Une campagne d’occupation cognitive du terrain, où le discours social et républicain appuie le bilan du gouvernement devrait y pourvoir. A l’offre et au discours communautariste d’une « opposition » socialement indigente, il faut opposer un discours et une offre  programmatique qui reflète les demandes sociales et satisfait les besoins existentiels concrets de toutes les catégories de la société civile.

La chefferie ivoirienne a vocation à consentir à la République. La Côte d’Ivoire est fille de l’alliance normative locale entre les identités ethniques et la modernité politique et économique, entre les cultures du territoire  et la rationalité moderne.   

Dans la confusion des années 1990 marquées par la 1ere guerre politique entre les prétendants à la succession du Père de la nation, le caractère foncièrement pathologique du nationalisme communautaire n'avait pas été clairement perçu. Cette idéologie heurte de front, la structure sociologique de notre pays multiethnique et ses valeurs constitutives à savoir l'ouverture à l'altérité et le respect de la différence.

Relativement inoffensif dans les vieilles démocraties qui ont déjà réalisé leur intégration nationale, le nationalisme communautaire, une idéologie foncièrement désintégrante, s'est donc accidentellement infiltré dans notre pays à la suite d’une cécité collective et d’une abdication de l’intelligentsia ivoirienne.

Cette vision ségrégative et excluante du social et du politique a provoqué inéluctablement la division du pays et la guerre civile.

 Le nationalisme communautaire, cette pathologie universelle (le diviseur commun des cités) étant désormais appréhendé sous son vrai visage comme un danger mortel pour notre pays par la majorité des Ivoiriens, les acteurs politiques et les partis qui s'en réclament devraient être marginalisés par la voie urnes.

Il importe d'ancrer dans la conscience collective ivoirienne cette réputation calamiteuse de l'ethno-nationalisme qui incarne toujours une vision extrémiste et excluante du politique.

La vocation de l'affrontement politique dans la Côte d'Ivoire multiethnique est de se dérouler au centre et non pas dans les marges et les extrêmes.
Le programme politique normatif partisan ivoirien est, par nécessité sociologique et historique, un programme d'inclusion sociale et d'intégration nationale.

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