Dissidences et démissions abusives en Côte d'Ivoire.

Les dissidences et les démissions arbitraires et immotivées sont les traits saillants spectaculaires d'un affrontement politique personnalisé marqué du côté de l'opposition par une vacuité programmatique notoire où la stigmatisation et l'invective, le mensonge diffamatoire et la propagande tiennent lieu de discours politique.

LES DÉMISSIONS et LES DISSIDENCES POLITIQUEMENT et PROGRAMMATIQUEMENT IMMOTIVÉES : un choix de perdition politique dans les démocraties pluralistes ( 1ere partie) .

La gouvernance démocratique est une gouvernance programmatique. Le parti ou la coalition majoritaire dans les urnes, met en œuvre un programme consacré par le suffrage universel.

La démission et la dissidence sont, dans ce cadre, nécessairement motivées par le refus d'une orientation programmatique.

On démissionne ou on entre en dissidence contre un parti ou une coalition d'obédience libérale-sociale pour faire prévaloir, au moyen d'un programme alternatif, une dimension sociale en considérant que la gouvernance de la coalition a, par exemple, privilégié le volet libéral au détriment du volet social ou vice versa qu'elle a privilégié le volet social au détriment du volet libéral.

On démissionne ou on entre dissidence pour faire prévaloir un nationalisme et un souverainisme contre un internationalisme et un cosmopolitisme ou vice versa et on assume argumentativement son choix.

Selon la vision programmatique et sociétale choisie, on a pris soin d'élaborer un programme social-radical ou alors libéral-radical, souverainiste ou internationaliste à soumettre au suffrage universel dans l'espérance de gagner la majorité du suffrage afin de mettre en œuvre ce programme alternatif.

Tout dissident ou tout démissionnaire sérieux et respectable d'une majorité de gouvernement ou d'une opposition est nécessairement porteur d'un programme alternatif justifiant sa position.

Nous ne devons pas penser et croire que cette règle démocratique est réservée aux Occidentaux et aux Asiatiques et que les Africains peuvent s'en excepter.

Il n'y a pas de démocratie blanche, jaune ou noire. Il n'y a qu'une démocratie. Elle est définie par la liberté du choix politique qui repose expressément sur la connaissance par l'électorat d'un programme publiquement déclaré qui présente les grandes lignes d'une orientation économique sociale et politique structurée cohérente et crédible.

Cette règle universelle des démocraties pluralistes est souvent piétinée par certaines élites régressives et réactionnaires qui, dans les nouvelles démocraties pluralistes des États post-coloniaux africains, se définissent plus comme ego au service de leurs ambitions personnelles de pouvoir, comme représentants de communautés ethniques confessionnelles et régionales instrumentalisées à cette fin, que comme élus de la nation et conçoivent subséquemment le pouvoir d'Etat plus comme un patrimoine que comme un service public.

L' élection démocratique est un choix de programme incarné par une personne par un parti ou par une coalition. Ce mode de suffrage n'est pas un choix de personne, de parti ou de plate-forme sans programme.

L' élection présidentielle dans un Etat multi-ethnique et multi-confessionnel n'est pas le choix, contradictoire dans les termes, d'un représentant ethnique, confessionnel, régional ou d'une imaginaire population d'autochtones.

Il faudrait alors plusieurs fauteuils présidentiels ou une alternance du pouvoir au prorata du nombre des ethnies et des confessions du territoire. Dans le cas de la Côte d'Ivoire il en faudrait une soixantaine ou alors il faudrait instituer une alternance annuelle en réformant la constitution selon cette périodicité afin que chaque ethnie puisse exercer le pouvoir d'Etat selon ses coutumes !

Un programme politique conquiert la majorité du vote des urnes s'il parle à l'ensemble des populations du territoire, si ces derniers s'y reconnaissent relativement à leurs demandes sociales et leurs besoins existentiels fondamentaux. Autant dire que tout parti étant naturellement minoritaire ( un parti est une partie d'un tout) c'est par son envergure nationale qu'un programme politique partisan remporte la majorité du vote dans une démocratie pluraliste; à fortiori dans un État multi-ethnique et multi-confessionnel.

Quand, on s'y définit comme ego, comme candidat d'une ethnie, d'une confession, ou d'une région, ou d'un imaginaire peuple d'autochtones on s'aliène de facto le suffrage des autres ethnies, des autres confessions, des autres régions du territoire qui ont des raisons de s'estimer menacées d'exclusion .

La nature nécessairement nationale du suffrage universelle des démocraties pluralistes est une règle valable dans les nouvelles démocraties pluralistes africaines.

En dépit de la résilience de la conscience ethnique des populations, une conscience de classe s'est construite au fil de l'histoire dans les États post-coloniaux.

Les populations tendent désormais à se définir par leur appartenance nationale et à choisir lors des échéances électorales leurs dirigeants selon la capacité de ces derniers à répondre à leurs demandes sociales et à leurs besoins existentiels concrets.Les élections municipales d'Octobre 2018 en Côte d'Ivoire ont largement prouvé cette tendance continentale.

Le discours de défense identitaire mobilisé par les fractions de l'opposition et centré sur la thématique de l'invasion du pays par l'étranger n'entama pas la majorité électorale du RHDP qui mobilise au contraire un discours national structuré par un programme d'intégration sociale.(à suivre)

 

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