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Billet de blog 23 février 2015

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La démocratie est-elle menacée en Côte d'Ivoire ?

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Aux yeux de certains, la démocratie serait gravement menacée en côte d'ivoire en raison de nombreux échecs et inaccomplissements dont les plus graves sont : le monopole ethnique et régionaliste du pouvoir, la mise sous tutelle du PDCI dans la coalition, les entraves mises à l'opposition partisane, l’embrigadement partisan des institutions de l'impartialité démocratique telles la Commission Electorale Indépendante (CEI) et le Conseil Constitutionnel (CC). Selon ces critiques, ces dévoiements qui mettent en danger la démocratie en Côte d’Ivoire sont largement dus à l'inadéquation d'un modèle importé de démocratie.On a vu alors ces tenants d'une autochtonie en matière de démocratie, tel Mr Lembe Tiky en un article publié dans Lebanco du 15-02-2015 (cf. http://www.lebanco.net/banconet/bco24799.htm), préconiser l'abandon pure et simple de la démocratie libérale au profit d'une démocratie inspirée par les cultures politiques et les formes de gestion du pouvoir des royautés et des aristocraties pré-coloniales africaines. Cette accusation qui n'est pas nouvelle mérite cependant d'être prise au sérieux dans un contexte où les identités primordiales sont censées être les remèdes aux impasses et aux dérives de la modernité. Elle mérite de l'être d'autant plus que le retour aux modèles politiques pré-coloniaux est censé permettre de corriger dans la démocratie ivoirienne actuelle, une trahison de l'esprit de la démocratie africaine. Pour être recevable, l’accusation principale qui porte en effet sur le délit de monopole ethnique et confessionnel du pouvoir et qui repose, pour le moment, sur des impressions, devrait être étayée par des statiques précises. Mais de ce point de vue, tout laisse penser au contraire que la loi non écrite de distribution géopolitique du pouvoir gouvernemental qui fut établie depuis l'indépendance politique de la Côte d’Ivoire en 1960, semble respectée dans la majorité actuelle résultant d'une coalition. Cette dernière semble, selon toutes les apparences, inscrire son action gouvernementale dans la tradition de l’État mobilisateur qui de 1960 aux années 80 mit en œuvre une politique républicaine de construction d'infrastructures et de redistribution inclusive et intégratrice de la richesse nationale afin de diffuser, sans exclusivité, le développement dans toutes les régions du territoire nationale au profit de toutes populations. Une attention particulière mérite alors d’être accordée à la spécificité de la situation ivoirienne aujourd’hui pour éviter les confusions. Hier le parti unique fut une combinaison originale de la république et de l’ethnicité dans le cadre de l’État mobilisateur. Aujourd’hui, le pluralisme partisan ivoirien est une combinaison originale de la république et de l’ethnicité dans le cadre de la démocratie électorale représentative. La reconfiguration démocratique du pouvoir qui a suivi l’élection Présidentielle de 2010 avait permis de récuser le dévoiement qui consista en l’abandon de la dimension républicaine au profit exclusif de l’ethnicité, cachet du pouvoir ethno-nationaliste précédent. La polarisation ethnique et régionaliste de l’électorat qui caractérisa cette sombre période ethno-nationaliste antirépublicaine conduisit, en effet, à un positionnement régionaliste de l’électorat au point que la majorité électorale fut une coalition régionaliste : celle du centre et du nord. Or en partageant le pouvoir gouvernemental comme tel face à une opposition constituée en majorité par le sud et le sud-ouest, cette coalition régionaliste semble gouverner dans l’esprit du républicanisme et de la démocratie représentative. La démocratie électorale représentative étant fondée sur l’affrontement entre un parti majoritaire qui gouverne et un parti minoritaire qui participe au pouvoir, non pas en gouvernant mais en exerçant son rôle démocratique dans l’opposition, est-il justifié d’alléguer que la démocratie est menacée en Côte d’Ivoire alors que l’opposition a toute la latitude d’affronter idéologiquement le parti majoritaire, d’opposer à son programme politique et à son projet de société un programme et un projet contradictoire plus pertinent, de présenter une ou des candidatures à la Présidentielle de 2015 ? La question pertinente à poser aujourd’hui est donc de savoir si la coalition au pouvoir a trahi sa nature et sa profession de foi républicaine pour devenir une coalition ethnique confessionnelle et régionaliste, pratiquant une politique de désintégration économique, de répression des minorités, de destruction de la liberté d'expression et de confession, de particularisation des institutions de l’impartialité et de la généralité démocratique. La question fondamentale est de savoir si le Pouvoir actuel a substantialisé le tissu sociologique au point de sacrifier la république et la démocratie sur l'autel des identités primordiales au lieu d'utiliser la structure sociologique du pays pour promouvoir une politique républicaine et démocratique ayant pour objectif ultime l’émancipation de tous les ivoiriens. C'est à ce niveau que l'on pourrait parler de menace pour la démocratie ivoirienne et de mise en danger de la présidentielle de 2015. Le problème est alors subséquemment de savoir si le remède préconisé pour guérir une démocratie ivoirienne, malade selon certains, à savoir le retour aux démocraties de l’unanimité du passé précoloniale, la mise en œuvre d’une démocratie du consensus et du partage ethnique, et régionaliste du pouvoir n’est pas au contraire un poison mortel qui la condamnerait sûrement à mort. (A suivre)

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