Crise malienne : Trahison de la France ou défaillance des protagonistes maliens

Une réflexion pour imaginer une solution au mal politique de la division interne et du sécessionnisme, qui déchire le continent africain

Quelles sont les causes profondes de la réouverture de la plaie malienne ? Faut-il expliquer la résurgence du conflit par des causes exogènes ou plutôt par des causes endogènes ? Résulte-t-elle de la duplicité de la France jouant sur la corde du « diviser pour régner » afin de se réapproprier  un maillon désormais stratégique de son ancienne  sphère d’influence ? Est-ce au contraire la conséquence de la défaillance des protagonistes maliens des deux bords, qui échouent à mobiliser toutes les ressources du dialogue démocratique et républicain? Répondre objectivement à ce questionnement, permettrait  d’imaginer une solution au mal politique de la division interne et du sécessionnisme qui déchirent le continent africain.

Interrogeons donc les attitudes respectives des protagonistes maliens du conflit, pour tenter d’en faire émerger la pertinence et la légitimité politique ou au contraire, l’inanité de choix  qui sont en contradiction avec les principes structurants de  la République, de la démocratie  et de l’Indépendance politique.

Les dirigeants de l’Etat malien ont-ils raison, de condamner le refus du contingent français de Serval d’intervenir aux côtés des forces armées nationales durant les récents affrontements de Kidal entre des forces armées maliennes et les rebelles maliens du MNLA ? La responsabilité de reconstituer l’unité nationale entre les maliens,  après la déroute des djihadistes étrangers,  relevait-elle de la responsabilité de l’armée française et des forces de la Minusma? Attribuer, par nécessité, la responsabilité des fonctions de police et de sécurité intérieure à des forces étrangères, dans la partie nord du territoire malien, n’est-ce pas consentir à un abandon de souveraineté, à une occupation de fait du territoire national par une armée étrangère? N’est-ce pas légitimer une tutelle de type colonial du Mali ?

Quant aux dirigeants et aux rebelles du MNLA,  ne sont-ils pas en contradiction avec leur propre demande  d’une autonomie régionale touareg  respectueuse de l’unité de la République du Mali,  lorsqu’ils considèrent la visite du Premier Ministre malien à Kidal comme une provocation et s’y opposent par les armes ? N’avouent-ils pas en cette contradiction, que leur volonté d’autonomie est le camouflage commode d’une volonté de séparatisme inspirée par le différentialisme culturel  et un souci d’homogénéité ethnique? Ne foulent-ils pas alors, aux pieds, les principes démocratiques du pluralisme, de la  citoyenneté et de l’égalité des individus et des peuples, dans une République?

De leur côté, les dirigeants de l’Etat malien ne font-ils pas peu de cas de la nationalité malienne des touaregs du MNLA,  quand ils parlent de défendre le territoire national contre une agression perpétrée par des terroristes étrangers, mettant ainsi dans le même sac, les terro-bandits du djihadisme international et les maliens du MNLA ? N’avouent-ils pas, que leur  conception de la République, ne tolère pas la libre expression des particularismes culturels, la contradiction et le refus individuel ou collectif de la tutelle de l’Etat? N’est-ce pas refuser les principes d’autonomie, d’hétérogénéité et de pluralisme, qui structurent la cité démocratique ?

En ce consensus implicite des protagonistes des deux bords sur le refus de l’autonomie personnelle, de l’affirmation et de l’interaction des différences, de coexistence de la pluralité,  du débat contradictoire et conflictuel, les dirigeants des deux parties du conflit ne foulent-ils pas aux pieds, les principes fondamentaux régissant les Républiques et les démocraties modernes ?

On peut déduire de ces positions politiques concrètes et étonnantes, qui transforment les professions de foi démocratiques et autonomistes des protagonistes maliens en langue de bois, qu’une logique antirépublicaine et antidémocratique de la force, de la contrainte, de la domination et de l’homogénéisation,  prédomine,  des deux côtés,  sur celle de la liberté du dialogue, de l’hétérogénéité et du consentement  des individus à bâtir une nation pluraliste,  solidaire et égalitaire.

D’une part prévaut,  une culture  de la puissance gouvernementale  qui ne tolère pas la contestation de l’ordre établi et la dissidence, qui entend préserver l’unité de la République en refusant la différenciation particularisante. D’autre part prévaut, une conception communautaire, hiérarchisée, inégalitaire, homogénéisante et fermée de la société politique, qui ne tolère pas l’hétérogénéité, et la remise en question des traditions et des codes séculaires de conduite. D’une part est revendiquée une sauvegarde de la démocratie républicaine, à travers une praxis politique qui pourtant la menace et la blesse. D’autre part est revendiquée une volonté d’autodétermination qui nie la liberté, l’égalité, et la citoyenneté.

Deux conceptions antinomiques de la société, toutes deux en contradiction avec la conception moderne et libérale de la société, s’affrontent, empêchant tout dialogue constructif et toute réconciliation ! Tel est point nodal de la presque totalité des crises politiques qui déchirent le continent africain. Telle est la cause explicative de l’échec des multiples programmes de Dialogue de Désarmement et de Réinsertion dits DDR !

La question se pose alors de savoir comment sortir de ce cercle infernal ? Quel choix efficace opérer, entre la solution externe qui en appelle, de plus en plus, aux interventions étrangères, voir à une nouvelle acculturation forcée et la solution interne, qui consiste à mobiliser des ressources endogènes de libération ? La solution rationnelle et pertinente étant la seconde, quelle serait alors la nature de ces ressources endogènes ?

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