Comment les NTIC peuvent contribuer à faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent. 2eme partie

1. L’éducation numérique démocratisante, force motrice de l’émergence économique et de la réconciliation de la nation avec elle-même. Cette conception de l’émergence, comme émancipation multiforme d’une nation réconciliée avec elle-même et ouverte au vent de la modernité, passe par la formation d’une nouvelle citoyenneté et d’un nouveau type d’Ivoirien au moyen d’une éducation démocratisante. Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication doivent être les vecteurs de cette nouvelle éducation et de cette nouvelle formation professionnelle fondée sur la synergie des cultures, et sur l’ouverture à l’Altérité. La question de la définition des programmes, des contenus et des usages appropriés du numérique accède alors au statut d'urgence de première nécessité. Des initiatives africaines de mise en œuvre d'une vision transformatrice et émancipatrice du numérique éducatif, vision centrée sur la mobilisation des ressources culturelles endogènes, sur la communication interculturelle, la reconnaissance de l’Autre et le principe de solidarité commencent à se faire jour et ouvrent une voie prometteuse qui doit être explorée. Dans l'école numérique dont le concept est fourni et développé par les e-jumelage éducatifs d’Aprélia (Association pour la promotion des ressources éducatives libres @fricaines, wiki.aprelia.org , aprelia.org) , la culture, définie à la fois comme socialisation et formation de la personne à l’autonomie, se conjugue sur le mode du dialogue vivant entre les diverses formes de rationalités et entre les héros culturels des différentes civilisations. La connaissance qui va diriger l'action modernisatrice se construit dans un dialogue interculturel où l'Araignée Ashanti et le Forgeron Dogon sont les interlocuteurs du Prométhée européen, contempteur des Dieux et de l'Oedipe sacrilège. La connaissance scolaire se bâtit dans le cadre d'une réciprocité où la raison analytique manipulatrice des choses s'allie à la raison inductive et analogique pour générer un rapport multiforme de l'homme à la nature. Sa finalité est de produire un type d'homme capable d'innover, d'inventer, de changer, de choisir, de se développer en modifiant son environnement, de se transformer et de s'amplifier dans l'échange, la coopération, et l'ouverture aux autres. Dans cette conception de l'école numérique, se joue la problématique de la substitution de l'invention et de l’innovation à l'imitation servile et la subordination à un modèle étranger. L'invention d'un modèle endogène, inspiré par le génie culturel des peuples répondant à leur besoin à un moment déterminé de leur histoire, doit remplacer le mimétisme économique et culturel. L'industrialisation et l'entreprenariat ivoirien et africain, qui doivent donner corps à l’émergence économique et politique, ne se feront pas par l'imitation mais par une innovation soutenue par les héros culturels des peuples. La solution politique et culturelle conditionne la réussite des solutions techniques et technocratiques. Il ne suffira pas de maîtriser techniquement les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication pour qu'elles génèrent automatiquement l’émergence et le développement endogène. Il faut élaborer les contenus et les usages des NTIC à partir des formes pures et des universaux qui structurent et dirigent les cultures pour pouvoir s'intégrer avantageusement dans l'économie libérale mondialisée. Intégrer les contenus culturels dans l'éducation numérique signifie alors enraciner les contenus dans les cultures comprises comme âmes productrices, c'est-à-dire dans une certaine philosophie de la vie qui puise sa source dans les forces de spontanéité des cultures vivantes, comme le soulignait l’anthropologue des cultures Roger Bastide. Dans cette acception, l'exigence d'introduire les traditions et les savoirs locaux dans les contenus de l'éducation numérique est un appel à les enrichir par les cultures saisies comme inventivité, comme productrices et nourricières de nouveautés. La problématique de l’émergence ne se pose donc pas seulement en termes d'infrastructures matérielles à construire, d'ajustements structurels et technologiques à réaliser, de capitaux à investir et d’économie de marché à construire. Elle ne se pose pas en termes d'imitation adéquate d'un modèle économique dominant. Elle se pose en termes de synergie des cultures, d'inventivité, de création d'un nouveau modèle économique productif adapté à un environnement historique matériel, sociologique et culturel spécifique. Elle se pose en termes de génie culturel et de philosophie de la vie, de valeurs spirituelles et morales, de ressources culturelles endogènes à mobiliser pour construire une société démocratique solidaire fondée sur la réconciliation de la modernité et des cultures, sur l’intégration sociale, l’inclusion politique, la reconnaissance de l’Autre et la lutte contre l’inégalité et l’exclusion. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le projet ivoirien d’émergence. Cette signification doit constituer le principe régulateur de l’action politique et économique.

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