Selon l’ordonnance rendue par le Conseil d’Etat le 9 janvier 2014, pour ne pas « mettre en cause la cohésion nationale » il faut « écarter le risque sérieux que soient de nouveau portées de graves atteintes au respect des valeurs et principes, notamment de dignité de la personne humaine, consacrés par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et par la tradition républicaine. »
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Grâce à un ami, j’ai découvert ce texte de René Roussillon qui peut contribuer à éclairer cette question d’atteinte à la dignité humaine, en relation au crime contre l’humanité :
« Lors d’un colloque sur la notion de « crime contre l’humanité », j’avais proposé l’idée de la définition d’une humanité psychique et d’un « crime contre l’humanité psychique », d’un crime qui tue l’humanité, l’humanité en soi mais aussi le sens de l’humain même. Il faut malheureusement ajouter que l’inhumain est dans l’humain, qu’il fait partie de l’humain, de la nature humaine, même s’il est « contre-nature », même s’il en est le négatif radical.
La « mort » de l’humanité ne produit pas seulement une perte de la dignité humaine, comme cela est souvent relevé, même si elle s’inscrit dans la même ligne des atteintes narcissiques, au-delà de la honte, elle produit une forme de déréliction qui boute le sujet qui y est confronté hors de l’humaine condition. Il est alors pris dans un sentiment de solitude inexorable, jeté hors de la communauté humaine, hors de l’ordre symbolique qui l’organise et qui la fonde. Évoquer la honte n’est alors qu’une approximation grossière de ce que le sujet menacé d’annihilation peut éprouver. Ou alors il faudrait évoquer des formes de honte extrême, de « honte à mourir », des formes dans lesquelles elle a perdu sa valeur de signal d’alarme, dans lesquelles la confusion du sujet est telle qu’il n’a plus qu’à disparaître et à mourir. »
René Roussillon,
« Les situations extrêmes et la clinique de la survivance psychique. »