Je pense à eux...

Je pense à ces adolescents, ces adolescentes vivant dans les cités des quartiers populaires, qui m’ont raconté avoir entendu, avoir vécu une fusillade à côté de chez eux, avoir été témoins d’un meurtre hyper violent dans leur quartier, avoir perdu un ami, un frère.

Tel groupe d’adolescents qui se fait tirer dessus en plein jour dans la rue, l’un meurt, l’autre handicapé à vie, d’autres blessés, d’autres simplement témoins directs… Tel jeune abattu en plein jour dans la rue d’une balle dans la tête devant ses amis, certains me racontent comment ils se retrouvent, entre adolescents, à faire une petite cérémonie dans sa rue le jour de son anniversaire, pour se souvenir de lui… Tel jeune abattu sur un parking, la nuit, sans qu’on puisse comprendre pourquoi… Tel autre dont on apprend qu’il vient d'être abattu dans la rue… Telle rivalité qui se termine en carnage… Tel adolescent roué de coups en plein jour, laissé pour mort dans la rue ou dans un local poubelle…  Sans parler de toute la violence dont combien gardent le souvenir d’enfance, là-bas, au pays, des exécutions sommaires, sous leurs yeux, en pleine ville… Tant de violences… Tant d’affaires souvent connues de la justice et de la police, qui ont pu faire l'objet d'une brève dans le journal local, qui ont été suivies d'une marche silencieuse de la famille et de quelques amis, qui ne connaîtront pas de dénouement judiciaire, faute de pouvoir comprendre ce qui s’est passé. La loi du silence est parfois si bien établie. Ces adolescentes, ces adolescents qui éprouvent cette violence, qui souvent la banalisent, pour continuer à vivre, à qui il est souvent si difficile de faire entendre son caractère inacceptable, « c’est comme ça chez nous, vous pouvez pas comprendre », à qui il est souvent si difficile de proposer un accompagnement vers le soin d'un traumatisme manifeste, lorsque la possibilité existe – et combien ne rencontrent même simplement personne à qui en parler une seule fois ? Depuis quelque temps, je pense beaucoup à eux.

 

Qui ne se souvient du J’irai cracher sur vos tombes, fiction pleine de rage de Boris Vian face au racisme ? Il est de notre responsabilité que ce cri ne soit pas repris dans la réalité par une jeunesse sans espoir.

 

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