Alexis Flanagan
éducateur avec des adolescents, je vis à Paris depuis près de 40 ans, avec dans la tête un paysage de campagne.
Abonné·e de Mediapart

94 Billets

2 Éditions

Billet de blog 17 juil. 2020

Grande tiqueté - Anne Serre

Grande tiqueté, c'est un texte éclairé par son avant-propos. Anne Serre a accompagné les derniers jours de son père. Durant ces ultimes moments partagés, une langue nouvelle - peut-être celle de la mort - est apparue de la bouche du père à l'oreille de sa fille. Et semblait à l'auteure qu'elle en entendait le sens. Cette expérience racontée comme point de départ à une étrange tentative langagière.

Alexis Flanagan
éducateur avec des adolescents, je vis à Paris depuis près de 40 ans, avec dans la tête un paysage de campagne.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Trois personnages, Tom Élem et moi, ou Élem Tom et moi, vont leur chemin au travers de la lande issue d'un roman anglais, sans trop savoir où, comment, pourquoi. La petite troupe s'agrandit. Le temps et l'espace sont un peu confondus. Comme dans une comptine qui ne serait pas que pour les enfants. Se dessine un endroit où il ferait bon être, où Beckett et Rabelais se seraient rencontrés, y auraient mélangé leurs plumes... Un petit livre précieux, comme on en rencontre rarement, heureux hasard dont on se dit en lisant tout doucement qu'on aimerait ne jamais en avoir fini, rester toujours dans le partage de cette étrange langue inventée et de l'atmosphère si apaisante qu'elle crée. Mais le petit livre s'achève fatalement. Donc même ce serin dans sa cage druidée il faudrait le laisser. Ben oui.

Petit extrait :

L'amour de madame mère m'était plus grand qu'un ordalisque. Et pourtant, c'était une petite gigogne en noir avec le menton pas furetant. L'amour de madame mère me donnait des ailes. Ginfrait-elle en me boutuquant ? Et j'allais comme un sapan. Plutissait-elle ses ailes en me rusticant au passage ? J'embagaudais toute la nuit. Déliquait-elle mes zains et fourgidait mon sône ? J'entupérais à en ravir. Madame mère dans sa maison bâtissait un drôme en moi, autour de moi, feurdisant mes férises, acoutuçant mes randes. Nous étions comme deux astrolabes, deux aspérigodons, fournissant des us, sétupant des anrames, elle le savait, moi aussi, mais nous restions dans nos brades à défilquer les anvins car parler, non, quand l'ultirute est là. Madame mère me plaisait par son écousirable ardenture. Elle me figuait les gans et je les retenais. J'ursais très péniblement avec elle car ces choses-là ne se font pas dans la clarté et la publicité : on roint, on soint, on hodérise et toutes les cachées ont des noms véritables.

Grande tiqueté, Anne Serre, Champ Vallon 2019, p. 51-52.

Et puis un autre :

Nous picniquillons sous les daules, on sortait de grandes couvertures et c'était très reposant, tout à fait aimable pour moi que les désirs et autres alumines incendessants soient rentrés par le petit goulet et s'ébattent dans la cristallette carafe de cristal. On était beaucoup mieux, Élem Tom et moi ou moi Tom et Élem ou Tom et ainsi de buite à aimer gentiment avec les converssassillons idoines, se lendant le tel, se sutisant le saône, gurdant le bérilleux Marin de Poinçon comme le meilleur des compagnons. Le désir, cela nous avait toujours fait un peu mal. Dans nos cœurs vrillants c'était une telle englure qu'il fallait toujours s'écorter et se broire, obtupiser la scène. Alors que l'affection nous allait comme un gant, jusqu'au moment, jusqu'au moment où de nouveau la tourpie tourpillait et que nous étions face, encore une fois, au grand appel qui écortise les bronches, pénètre dans votre patenôtre, frise et fridule, garince vos errois, et là incendie ouvrant les chevêches à toute volée. Pour que le désir tombe, il suffisait parfois de regarder autrement. C'était comme volontairement changer de cerveau ou le faire tourner. Cette présence qui vous aspirait, pareille à un tône, il sutisait de la dépouiller de ses pouvoirs magiques, de la désosser, la cagnisser. Ce n'était pas difficile et Tom et moi Élem aussi nous avions souvent fait des exercices pratiques, souvent les après-midi d'été dans les clairières, apprenant à ôter de l'image qui nous aspirait la frille ou la forise qui nous rendait béguants. Mais ensuite, toujours nous voulions être repris.

Grande tiqueté, Anne Serre, Champ Vallon 2019, p. 66-67.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
À LR, des alertes jamais vraiment prises au sérieux
L’affaire Damien Abad concerne d’abord la majorité d’Emmanuel Macron qui l’a promu ministre. Mais elle interpelle aussi son ancien parti, Les Républicains, alors que plusieurs élus affirment avoir été alertés de longue date.
par Lénaïg Bredoux et Ilyes Ramdani
Journal — Politique
Le « parachutage », révélateur des dilemmes de la représentation
Les élections législatives fourmillent de cas de « parachutages ». Volontiers dénoncés, sont-ils si choquants ? La pratique, parfois assumée, n’a pas toujours été mal vue par le passé. Si elle reste sulfureuse, c’est à cause des failles de la représentation dont elle est le symptôme. 
par Fabien Escalona et Ilyes Ramdani
Journal — International
Au Pakistan, la température frôle les 50 °C et accable les plus pauvres
Classé en 8e position parmi les pays les plus à risques face au changement climatique, le Pakistan vient de subir une vague de chaleur quasi inédite. D’Islamabad à Karachi, des millions de personnes ont fait leur possible pour assurer le quotidien dans des conditions extrêmement difficiles.
par Marc Tamat
Journal — Écologie
Planification écologique : un gouvernement à trous
Emmanuel Macron avait promis, pendant l’entre-deux-tours, un grand tournant écologique. Si une première ministre a été nommée pour mettre en œuvre une « planification écologique et énergétique », le nouvel organigramme fait apparaître de gros trous et quelques pedigrees étonnants.
par Mickaël Correia, Jade Lindgaard et Amélie Poinssot

La sélection du Club

Billet de blog
Raphaël Boutin Kuhlmann : « Les coopératives locales portent l'intérêt général »
Parti s’installer dans la Drôme en 2016, où il a fondé la coopérative foncière « Villages Vivants », Raphaël Boutin Kuhlmann est devenu une figure des nouvelles manières de faire territoire. Dans cet entretien, il revient sur la nécessité de penser autrement l’intérêt général et sur les espoirs qu’il place, face aux crises contemporaines, dans l’innovation et le lien dans les villages.
par Archipel des Alizées
Billet de blog
Habiter
Les humains ne sont pas les seuls à « habiter » : pour les animaux aussi, c'est une préoccupation. Sous la pression économique, les humains n'abandonneraient-ils pas la nécessité d'«habiter » pour se résigner à « loger » ?
par Virginie Lou-Nony
Billet de blog
Quartier libre des Lentillères : construire et défendre la Zone d’Ecologies Communale
« Si nous nous positionnons aux côtés des Lentillères et de la ZEC, c’est pour ce qu’elles augurent de vraies bifurcations, loin des récits biaisés d’une transformation urbaine encore incapable de s’émanciper des logiques délétères de croissance, d’extractivisme et de marchandisation. » Des architectes, urbanistes, batisseurs, batisseuses publient une tribune de soutien aux habitants et habitantes du Quartier libre des Lentillères à Dijon.
par Défendre.Habiter
Billet de blog
L’Âge de pierre, de terre ou de raison ?
Le monde du BTP doit se réinventer d’urgence. Les récents événements internationaux ont révélé une nouvelle fois son inadaptation face aux crises de l’énergie et des matières premières. Construire avec des matériaux locaux et peu énergivores devient une évidence de plus en plus difficile à ignorer pour ce secteur si peu enclin au changement.
par Les Grands Moyens