Je ne m’y étais pas risqué d’emblée, me disant que d’autres, bien plus fins connaisseurs de l’œuvre, s’y seraient attelés sitôt la nouvelle connue, mais voilà – possible que je les ai ratés – il ne m’a pas semblé voir passer autre chose qu’une brève dans les colonnes de Mediapart, concernant la mort de Doris Lessing, survenue ce 17 novembre.
Je ne vais pas faire ici une biographie – je n’en ai pas la compétence – je veux dire simplement mon affection pour l’œuvre de cette femme, que je connais mal, que j’ai découvert il y a peu avec le film d’Anne Fontaine Perfect Mothers, sur lequel j’avais fait un billet. Ce film m’avait donné envie de lire quelque chose d’elle et j’ai acheté Le Carnet d’Or, dont la lecture m’a bouleversé.
Je voudrais juste ici citer un extrait de la préface à ce livre, que Doris Lessing écrivit en 1971, près de 10 ans après la sortie du livre :
« Ce thème de l’effondrement, cette notion que parfois, quand les gens "craquent", c’est une façon de guérir, et du rejet par le moi intérieur des fausses divisions et dichotomies, a bien sûr été traité par d’autres et par moi-même depuis lors. Mais c’est ici, à l’exception d’une nouvelle ici et là, que j’ai pour la première fois écrit sur ce thème. Et c’est donc ici plus rude, plus proche de l’expérience, avant que l’expérience ne soit développée en pensée et en concept – plus précieux peut être parce qu’il s’agit de matière brute.
Mais personne ne remarqua particulièrement ce thème central, car le livre fut aussitôt réduit, par des critiques amies aussi bien que par des personnes hostiles, au sujet de la guerre des sexes… »
Je trouve le mot particulièrement exact, oui, ce livre est précieux. Merci de l'avoir écrit, Madame Doris Lessing.