Pour une participation insoumise à la primaire populaire

Il est stratégiquement intéressant pour la France Insoumise de participer à la primaire populaire.

Le contexte politique actuel est inédit. La droite est divisée entre Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Emmanuel Macron. Chacun essaie de montrer un visage radicalement libéral, mais aussi autoritaire, afin de mimer les postures de l’extrême-droite. Et celle-ci part à la course à la présidentielle sans unité. De Marine Le Pen à Eric Zemmour, en passant par Nicolas Dupont-Aignan ou Florian Philippot, ce « bloc » mesuré à 25-30 % ne fera le plein sur aucune personnalité.

La présidentielle semble donc très ouverte et personne ne pourrait se risquer à dire avec certitude qui seront les deux qualifiés pour le second tour. La division de la droite et la balkanisation de l’extrême-droite laissent ainsi entrevoir une lueur d’espoir pour la gauche.

La gauche, aujourd’hui, c’est a minima un programme axé sur plus de justice sociale, l’écologie et plus de démocratie. Chaque critère peut être décliné selon différente formes, à plusieurs échelles. Du RIC local au souverainisme par exemple pour le pôle démocratique. Ce programme de gauche, s’il veut gagner aux élections présidentielles, doit d’abord se qualifier pour le second tour, en rassemblant des électeurs appartenant à des catégories très diverses : les classes populaires urbaines, périurbaines et rurales défavorisées, mais aussi une partie de la classe moyenne – notamment des grandes métropoles – qui a été en partie séduite en 2017 par le macronisme (et Benoît Hamon). 

Depuis une décennie, la personnalité qui semble se détacher nettement à gauche est Jean-Luc Mélenchon. Le programme des Insoumis L’Avenir en Commun porte avec précision et force les trois thèmes social, écologique et démocratique. C’est très certainement ce programme qui peut rassembler un grand nombre d’électeurs se réclamant de gauche. Or, si Mélenchon est considéré comme l’un des meilleurs – ou le meilleur – homme politique à gauche (dans ses discours, les débats, l’action à l’Assemblée Nationale…), sa personne ne fait pas l’unanimité parmi les électeurs de gauche. Les attaques menées à son encontre depuis 2018 et ses réactions ont terni son image auprès d’une partie des citoyens. C’est ainsi que sa légitimité à incarner le pôle de gauche a baissé chez une partie des électeurs qui avaient pu voter pour lui en 2017. Ces citoyens déçus pensent certainement aujourd’hui à s’abstenir ou à se reporter vers une autre candidature « de gauche ».

Pourtant, les Insoumis clament haut et fort que le seul candidat légitime à gauche est Mélenchon. En rappelant le score de 19,6 % à la présidentielle de 2017 ou encore les sondages actuels qui le placent devant – mais de moins en moins souvent – les autres candidats dits de gauche, la France Insoumise entend incruster dans la tête des électeurs de gauche que le plus légitime est Mélenchon. En même temps, les Insoumis critiquent les sondages qui sous-estiment – à juste titre – les candidats ayant un vote indécis…

Ainsi, comment sortir de cette situation en espérant que la gauche gagne la présidentielle ? Comment éviter un embouteillage de candidatures se prétendant de gauche qui ne ferait que diviser les voix et permettrait un second tour droite / droite, ou droite / extrême-droite (le cas de figure extrême-droite / extrême-droite n’est pas à exclure) ? 

La primaire populaire, organisée à l’initiative de citoyens, soutenue par des Français issus du monde associatif, reprend les trois pôles programmatiques de la gauche : pour une république écologique, sociale et démocratique. Ces trois thèmes sont il est vrai décliné a minima. Ceux qui ont lancé cette idée de primaire sont semble-t-il principalement issus des classes moyennes des grandes métropoles. Pour caricaturer cette entreprise politique, « cela fait un peu bobo ». Et alors ? Ou plutôt, justement ! Profitons de cette initiative – qui est certes imparfaite – pour nous glisser dedans, reconquérir la légitimité et gagner d’autres voix à notre programme !

Le site de la primaire populaire paraît aujourd’hui noyauté par des groupuscules favorables à tel ou tel candidat inconnu ou mal connu du grand public. Laisser des micros partis, ou des personnalités sans appui de formation politique, ou même des politiques avec un fort appui partisan (Roussel, Hidalgo) serait un problème de plus pour la gauche. Cela renforcerait ces derniers ou ferait émerger une candidature de plus dans l’embouteillage de la gauche.

C’est pourquoi il est stratégiquement intéressant pour la France Insoumise de participer à cette primaire populaire. De quoi Mélenchon a-t-il peur ? S’il souhaite gagner la présidentielle, c’est en convaincant une grande partie de la gauche. Il est le plus armé sur le numérique (chaîne youtube, plus de 250000 signatures pour sa candidature…) ou médiatiquement. Il aura donc de grandes chances d’emporter cette primaire qui présente en outre un mode d’élection intéressant : le jugement majoritaire. Les citoyens pourront ainsi classer une liste de candidats, et cela pourrait même faire émerger en deuxième ou troisième position d’autres Insoumis comme François Ruffin ou Clémentine Autain.

Participer à cette primaire ne veut pas dire s’allier. Nous nous engageons seulement à respecter les principes programmatiques des trois thèmes social, écologique et démocratique. La victoire donnera une légitimité renforcée au vainqueur et lui permettra d’impulser une dynamique qui rassemblera avant tout des électeurs, mais aussi peut-être d’autres candidats qui partagent réellement les idées de gauche (Piolle ou Rousseau par exemple).

 

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