Le jeu du meilleur gâteau à se partager

La vie des peuples – ici les Français – pourrait s’inscrire dans un grand jeu : celui du meilleur gâteau à se partager. Ce jeu serait régi par des règles simples, mais rendant la « victoire » de la majorité impossible.

Episode 1 : les règles du jeu

 

La première des règles est celle de la discussion de la recette du gâteau. Le premier joueur représentant les intérêts du plus grand nombre a le droit de proposer sa recette. Il est libre de parler pendant 6 secondes pour proposer à son auditoire la recette qui lui semble la meilleure pour le bien de tous. Son adversaire peut lui aussi proposer une recette (qui n’est pas forcément « bonne pour tous ») et dispose de 54 secondes. Il possède ainsi 90 % du temps de parole et peut à sa guise interrompre le premier joueur par des anathèmes et faire diversion sur d’autres sujets.

 

Puis vient la deuxième règle, celle du choix de la recette du gâteau. L’auditoire a sélectionné « librement » le deuxième joueur grâce à la première règle. Il acquiert ainsi pendant longtemps le monopole de la recette sans que le premier joueur puisse raisonnablement s’opposer, ne serait-ce que sur le choix ou la quantité d’un ingrédient. Le deuxième joueur « normalise » le gâteau et permet à la troisième règle de s’épanouir.

 

Celle-ci concerne la production et la répartition du gâteau. Le deuxième joueur a pu parler beaucoup plus au cours de la première règle, grâce aux personnes qui contrôlent le gâteau. Il a pu décider de la recette aussi grâce aux personnes qui détiennent les ingrédients et les pâtissiers réalisant le gâteau. C’est donc naturellement que le deuxième joueur va favoriser les « possesseurs » en donnant une part de plus en plus grosse à ceux-ci. Le premier joueur ne peut s’opposer à ce partage inégal.

 

Ce n’est qu’avec la quatrième règle que le premier joueur a le droit de manifester son mécontentement. Mais il doit respecter les trois règles précédentes. L’important est avant tout de ne pas sortir du cadre fixé par les règles du jeu : ceci est plus important qu’une meilleure répartition. En outre, le deuxième joueur a la possibilité de renforcer ses anathèmes et ses stratégies de diversion.

 

 

Episode 2 : ceux qui critiquent (un peu) sans vouloir changer les règles

 

Un troisième joueur peut alors participer et commencer avec la première règle. Alors qu’il ne dispose lui aussi que de 6 secondes pour proposer sa recette, il va très vite tomber dans le piège de la diversion et gaspiller son temps de parole à critiquer avant tout le premier joueur. Le deuxième pourra en profiter pour attiser les tensions entre ses deux « adversaires ».

 

La stratégie de la division observée dans la première règle a permis au second joueur de conserver le choix de la recette du gâteau. C’est alors que le troisième joueur ne sait que faire : tantôt avec le premier pour tenter de proposer une meilleure recette alternative, tantôt avec le deuxième pour donner l’illusion d’avoir une influence sur le choix de quelques ingrédients.

 

Ce troisième joueur ne souhaite pas fondamentalement remettre en cause la troisième règle. Utiliser des ingrédients de qualité, permettre aux pâtissiers de mieux travailler et se partager le gâteau de manière plus équitable : ce n’est pas « ça » l’essentiel.

 

Enfin, le troisième joueur voue un culte à la quatrième règle : celle de la possibilité de manifester son mécontentement en respectant avant tout le cadre. « Joueur 2, t’es foutu, on respecte les règles avant tout ! »

 

 

Episode 3 : ceux qui veulent changer les règles du jeu pour un meilleur gâteau mieux réparti

 

Le premier joueur peut à un certain moment de la partie « se réveiller ». Il propose de permettre à tous les joueurs de parler avec le même temps de parole des différentes recettes possibles.

 

Il peut également changer la deuxième règle pour « mieux » choisir le joueur qui va avoir son mot à dire sur la confection de la recette, mais aussi sur les conditions de la répartition.

 

La règle suivante s’en trouvera alors changée. Le premier joueur pourra ainsi permettre de créer le meilleur gâteau possible, avec des pâtissiers traités avec respect et enfin une répartition la plus égalitaire qui soit.

 

Mais si le gâteau n’est toujours pas bon pour le plus grand nombre et mal réparti, le premier joueur ne doit pas hésiter à protester… et à changer une nouvelle fois les règles !

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