Je me souviens du film de Tavernier "Que la fête commence". A la fin Philippe d'Orléans (Ph. Noiret) trouve que sa main pue. Qu'est ce que cette main? Est-ce seulement la main du régent ? Est-ce celle invisible du marché ? Est-ce celle de Sade farfouillant ici et là (pas de lien, pas d'image! ras le bol des images!) sous les jupes, les culottes ou sous lui-même ou en lui-même ou en nous-mêmes? Est-ce une main féminine ou masculine (peu importe) qui avance nerveusement dans des allées métalliques au-dessus d'un carrosse métallique à roulettes mais sans cervelle, et qui chasse le plus de choses à se mettre sous la dent, où à se mettre tout court ?
Main caddie et poignée rouge.
Main dans le vrac à chaussettes ou à culottes.
Main dans le bac à DVD, à CD, à sextoys.
Main dans la grande conso, le petite commerce, le trafic, la came, les stock options.
Main bourse.
Main sur la télécommande, sur le clavier. Main achat en 1 click.
Faudra-t-il amputer? La main puerait-elle trop fort ? Serait-elle trop pourrie? le carrosse roulerait-il trop vite? Le processus serait-il irréversible?
La main ou tout autre chose, tout autre objet: "Prêtez-moi la partie de votre corps qui peut me satisfaire un instant, et jouissez, si cela vous plaît, de celle du mien qui peut vous être agréable." (Sade, Juliette)
On n'est plus une société qui invente. On est une société qui achète. Un monde de pulsion, de l'acte d'achat d'impulsion où même le vendeur est un fantôme ( celui de Marco Polo, qui sait ?). On est une agora libre service, un espace d'autodealer. On ne peut pas faire autrement pour exister que d'acheter parce qu'exister ce doit être jouir.
Tu jouis pas t'es mort. T'achètes pas t'es mort. C'est le point commun entre le plus pauvre des pauvres et le plus riche des riches.
C'est l'Homme-écran ou l'Homme-pavillon-de-complaisance. C'est l'Homme-seuil-de-pauvreté ou l'Homme-golden-balls. Très très acculé à rien ou très très acculé à d'énormes possessions. L'Homme producteur, manager, actionnaire, vendeur ou consommateur, est l'homme sadien-fordien, l'homme-compulsivement-acheteur.
" Bref si Marx avait lu Sade, il aurait sans doute compris que le capitalisme disposait d'une réserve fantastique: la démocratisation de la jouissance de l'objet. C'est exactement ce qui est arrivé lors de la crise de 29. Une partie de la jouissance confisquée au producteur a été progressivement rétrocédée au consommateur." Dany-Robert-Dufour, LA CITE PERVERSE, libéralisme et pornographie.
A lire d'urgence pour éviter de couper mains, langues et tout. A lire d'urgence aussi avant d'écraser un gamin avec son 4X4 dans une banlieue rolex.