Pourquoi je suis content de ne pas aller au ski...

Des centaines de véhicules conduits par des chauffeurs énervés, klaxonnes bloqués, gare de Lyon, ce jour de départ pour les vacances de février, zone C. C’est la zone. Faut prendre patience.

Les embouteillages dévalent dans la vallée. Vallée de la tarentaise, vallée de la Maurienne, vallée x, vallée y, bagnoles chargées, valises bourrées. Pas assez de tunes, pas envie de rester coincé. Pas envie des queues ! Des queues studio-cabine, des queues skipass, des queues location de godasses, skis, télésièges, tartiflettes, superette. Pas envie des têtes de savoyards, sourire or blanc, canon à neige. Comment ça va dans la vallée depuis l’an dernier ? Va-t-il faire beau ? Et l’enneigement cette année ? Et les touristes étrangers ? Avec les attentats, c’est la baisse du chiffre. Avec le Brexit moins de britanniques ? J’ai déposé ma femme et mes enfants ce matin, au train. Départ 6H42. Levé 5H35, la gueule façon sac de couchage.  Je les ai vus partir dans le souterrain.

Années soixante et dix. Nostalgie du stem, de la deuxième étoile, de la flèche, de la poudreuse. Conversion, glissades et premier baiser amoureux. On dévalait la pente, la nuit, à deux sur une luge en bois. On a fait un roulé boulé.  Nos bouches, nos langues se sont tout de suite trouvées. On est resté longtemps enlacé. Elle était douce, enthousiaste. J’aurai voulu faire l’amour. Trop vite, trop jeune, trop empressé. A cette époque, la neige est abondante. Le mono du cour compétition est mort l’été précédent ; arrêt cardiaque dans les grandes Jorasses.

Aujourd’hui casque et visière, code de la piste, descente parabolique, la montagne pour tous. Après les embouteillages, le gros risque c’est la collision avec  les surfeurs. L’enfer de la glisse à mille cinq cent boules la semaine. La vallée blanche est grise. Le glacier fond. Faut déchausser.

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