Mediamourir un peu

C'est bizarre mon attachement mediapartien. Au fond il est surtout marqué par le fait que je ne m'y retrouve pas, que je m'y perds parce qu'il change, parce que peut-être il grandit ou qu'il vieillit trop vite. Au début on adhère et puis après, au fur et à mesure des années qui passent la lecture devient pesante, la ritournelle anti-machin-truc devient lourdingue.

L'organe central anti-sarko que semble vouloir être Mediapart contribuera sans doute, du moins je l'espère, au changement de régime dans deux ans, mais il y a comme une chose mal ajustée qui entrave l'adhésion du lecteur. Est-ce un journal, ici, ou un parti?

Il y a plein de choses intéressantes, des pépites à chercher dans les articles et dans les blogs ou les éditions. Mais il y a comme un point froid et rond sur la tempe, une injonction qui donne envie de trolliser la bienpensance règnante et de foutre le camp.

Mais on reste parce qu'en décembre 2007 on se disait que c'était comme un arche dans lequel il fallait monter pour aider à conserver les espèces écrivantes quand la presse papier semblait emportée dans la tourmente de l'information argent. On a un peu fait la sortie du Monde au fond en suivant les journalistes qui le quittaient. Evidemment on est revenu au Monde si toute fois on l'avait abandonné. Evidemment mediapart n'est pas un arche de Noé pour rédacteurs en voie d'extinction mais relève plutôt de la galère attachante avec une coque qui prend l'eau et des voiles trouées (il n'y a ni rame ni entrave aux pieds). Ça sent le navire bringuebalé après la tempête, avec des gens qui ont eu trop longtemps le mal de mer. Ça sent un peu trop le renfermé.

Avec sa mine de papier mâché, on l'aime quand même la frégate anti-Nicolas 1er.

Bon! il y a eu une sorte d'exclusion. Je crois que c'était nécessaire. J'aurais pas fait comme ça, mais il n'y avait sans doute pas d'autre choix. Il faudrait tout de même veiller à ce que Mediapart ne se renforce pas en s'épurant. On a déjà donné, c'est un modèle politique (et économique) non viable. Alors comment éviter ça? Comment éviter de Mediapartir? Valoriser plus les informations, les faits, ceux qui ont la tête dure et ceux qui ne l'ont pas. Plus de narration et moins de prêt-à-penser, moins de points de vue et plus d'angles de vue. Je le redis, il y a plein de choses formidables à lire malgré la lourdeur des paupières de temps à autre. Mais ce qu'il faudrait, c'est qu'on se sente un peu moins militant pour ou contre, un peu moins enrôlé, un peu moins surplombé par un bureau des fantasmes politiques.

Bref, ce qu'il faudrait c'est un journal pas un "regret-de-parti" - un secret de jeunesse - un rêve déçu qui ne pourra que Mediamourir.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.