Mariage pour tous: Merci Hollande !

Je suis contre.Non! C'est plus compliqué que ça.Je suis pour parce que je ne vois pas pourquoi les homosexuels ne pourraient pas se marier.Je suis contre parce que ce n'est pas mon angle de vue.

Je suis contre.

Non! C'est plus compliqué que ça.

Je suis pour parce que je ne vois pas pourquoi les homosexuels ne pourraient pas se marier.

Je suis contre parce que ce n'est pas mon angle de vue.

Il y a quelque chose de subversif dans l'homosexualité qui me parait incompatible avec l'institution du mariage. Il y a quelque chose de l'ordre de la libération sexuelle qui ne me parait pas pouvoir être institutionnalisé. Mais du point de vue du droit, il n'y a rien à dire.

Le mariage est un droit donc il ne peut l'être que pour tous même si, quelque part, il y a une transition forcément "communautariste" entre le mariage exclusivement pour les hétérosexuels et le mariage étendu aux homosexuels. Le fait communautaire amène le droit à se faire droit pour tous quand il n'était que devoir de respect de la tradition (Tu dois te marier, c’est comme ça). Cette transition est une manière de changer l'angle de vue, de changer la tradition du mariage, de l’étendre à tous.

On était grosso modo dans un mariage civil qui n'avait pas beaucoup plus de sens que d'être le versant administratif du mariage religieux. Avec le mariage des gays et lesbiennes, le mariage républicain devient un vrai mariage. Sans doute certaines églises vont passer ou sont déjà passées au mariage homosexuel mais, on sent bien que ce n'est pas la tendance générale et que les religions du livre sont plutôt assez rigides sur la question d'une ouverture sacramentelle aux lesbiennes et aux gays.

Je crois que pour notre société, l'extension du mariage civil aux homosexuels est un véritable débat qui remue beaucoup de choses. On ne peut pas résumer cette discussion à un affrontement entre réactionnaires homophobes et progressistes défenseurs du mariage pour tous. Tout le monde est interpelé à la fois sur les institutions (le mariage est vécu comme une institution avant d’être un droit) l’ordre juridique et son évolution, sur les mœurs et fondamentalement sur les rapports entre la liberté et la république.

La République me parait être pensée comme une église au point de se déconnecter du monde dans sa non reconnaissance des communautés qu'elles soit ethniques, culturelles, sexuelles. Une église qui comme toute église ne sait pas reconnaître en son sein des collectifs aux intérêts spécifiques. Dès que ses interêts spécifiques se manifestent, l'excommunion menace. Notre République ne reconnait pas l'hétérogénéité de notre société, la pluralité des appartenances. Avec le mariage étendu aux homosexuels, il y a de la souplesse, de la plasticité qui est introduite dans le carcan institutionnel. 

Mais, en même temps, on doit regretter que le débat se soit développé sur un mode paranoïaque. On devait être pour ou contre. Et c'était la guerre, le clivage absolu, la montée aux extrêmes. Le primat des Gaules, « fantasmait grave » allant jusqu’à parler de mariage à trois. On entendait derrière ses mots que le pire pourrait se produire. De l’autre côté, il y avait un interdit de penser. Dire non, c’était rejeter l’autre et sa sexualité différente au rang d’une perversion ou d’une sorcellerie.

Franchement jusqu'au moment où le Président de la République a dit ses doutes en faisant référence à la liberté de conscience des élus locaux, le débat était impossible. Certes il a eu tord juridiquement mais il avait raison du point de vue du débat démocratique. Oui! On a le droit de douter, d'être politiquement et juridiquement en faveur du mariage pour tous et culturellement, au fond de soi, contre. Pour autant, comme Hollande a su le faire, il est possible d'assumer ses contradictions et de dire que oui cette extension du droit au mariage peut-être un progrès. Oui! L'institution républicaine du mariage, arrachée à l'église catholique aux temps des révolutions, peut-être étendue à tous dans le respect de la monogamie.

La loi va passer mais en moi le débat se poursuivra. Et puis un jour, quand le temps aura eu raison de mon corps, le débat comme tous débats en moi, cessera.

La controverse, c’est la vie.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.