Le marché est en deuil, déjà.

La rascasse pleure.La sole s'effondre.Le bar déprime.Le homard fait l'autruche.La langouste s'est mise à boire.La langoustine se pique.Le congre se mord la queue.

La rascasse pleure.

La sole s'effondre.

Le bar déprime.

Le homard fait l'autruche.

La langouste s'est mise à boire.

La langoustine se pique.

Le congre se mord la queue.

'

Cancer des poumons, c'est pas un nom de poisson.

Il n'en vendait pas.

Y'en avait nulle part à l'étalage.

Où est-il allé pêcher ça?

Le marché est en deuil, déjà.

'

On entend plus la arrangue.

On entend plus les plaisanteries sur le prix de la plie et de la lotte.

On entend plus les recettes, le temps de cuisson, les nom d'épices.

Ya qu'du silence du côté de la barbue.

Y a qu'de l'amertume du côté de la sardine.

'

Cancer des poumons, c'est pas un nom de poisson.

'

Il faut qu'il sorte de la nasse.

Priez pour lui pauvres pêcheurs,

Maintenant et jusqu'à l'heure de sa guérison.

On ne sait jamais, ça pourrait l'sauver.

Remuez vous les doigts et les âmes.

Remuez-vous les fesses et les genoux, les cailloux, les poux, les bijoux.

Il faut qu'il soit vivant.

Vivant pour lui et ses amours.

Vivant pour rejeter la mort à la baille.

Claude, le poissonnier du marché.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.