Enfin l'été lib' !

Ouf, la pluie a cessé. Le fleuve revient dans son lit. Les petits et les grands vont préparer leurs affaires, c'est le big voyage annuel. Maillot de bain, appareil photo, masque, palmes, tuba, serviettes ambre solaire et lunettes noires, c'est les vacances, c'est la transhumance !

Ouf, la pluie a cessé. Le fleuve revient dans son lit. Les petits et les grands vont préparer leurs affaires, c'est le big voyage annuel. Maillot de bain, appareil photo, masque, palmes, tuba, serviettes ambre solaire et lunettes noires, c'est les vacances, c'est la transhumance ! les corps d'hiver vont muter en corps d'été sur la plage, le farniente façon crustacés piégés par la marée sur le sable trop vite séché. On est là sous le soleil étendus les pieds vers l'eau salée à bronzer. Merguez frites, poulets rôtis, moustiques, crabes verts, langoustines, poulpes, à chacun sa métempsychose. Le clebs du voisin aboie à deux matelas pneumatiques de l’autre voisin, lui-même à proximité très proche de son propre voisin qui a laissé son cerf-volant entièrement monté planté dans le sable ce qui a pour conséquence de faire de l’ombre à une voisine laquelle est fatiguée. Elle s’est couchée tard, trois quatre heures du matin après la boite de nuit la Ziza où elle a rencontré un type sympa, peintre en bâtiment amateur d’un seul film de Jean-Luc Godard, Alphaville avec Eddy Constantine dans le rôle de Lemmy Caution. Un seul film mais quel film et quel peintre BTP ! Elle est donc crevée, allongée ou plutôt vautrée sur la plage avec l’ombre du cerf-volant en plein sur ses seins. Elle ressemble à une étoile de mer. C’est jolie une étoile de mer. L’étoile de mer se demande si elle a bien fait de redonner rendez-vous à son peintre en bâtiment ce soir au « La Ziza ». C’est qui ce type ? C’est qui Lemmy Caution ? Elle a mal à la tête. Elle s’endort quand même. Les gens sont de plus en plus nombreux sur la plage. Il y a maintenant deux étages de corps superposés. Ceux du dessous ont à peine la vue sur mer et pas un brin de soleil.  Ça sent la crème à bronzer bas de gamme mélangée à la transpiration des entassés. Curieusement, personne ne râle. Il règne même un silence de cathédrale. Le pape François s’est allongé aussi. Nu comme un ver, il a entamé le troisième étage ; une place au soleil. Le président et la présidente arrivent main dans la main avec une escorte et une échelle de pompier pour accéder à ce qui est maintenant le quatrième étage, juste au-dessus du pape à poil. Griezmann est là aussi sans ballon mais avec une baleine gonflable. Et l’homme le plus important du royaume, Didier Deschamps vers qui tous les regards se tournent. Puis le chef de gare siffle et le train s’ébranle. Paule, se réveille brutalement. Son smartphone n’a pas sonné. Un facteur sonne à sa porte. Il ressemble à son peintre de boite de nuit du bâtiment. Elle signe un papier. Elle l’ouvre et découvre qu’elle est licenciée. Les Boloré ont fermé boutique. Fini auto-lib.  

C’est l’été rêvé.

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