« C'est un juif, un sale Français ! » La haine et la peur d'une fantasmatique WASP hexagonale

Ce n’est qu’un gamin qui passe dans la rue et poursuit son copain qui a dû lui chaparder quelque chose et qui hurle après lui un « mais ce mec est un juif, un sale français ».'Je me retourne et lui demande à qui il s’adresse. « C’est pas pour vous », il me fait, puis il se met à courir en direction de son pote, collégien comme lui, le même qu’il venait d’insulter en le traitant de juif et de sale français. Je me rends compte de la stupidité de ma question. J’aurais dû dire "mais ça va pas non ! » Sans doute voulais-je dialoguer, faire du prêchi-prêcha, moralisant.

Ce n’est qu’un gamin qui passe dans la rue et poursuit son copain qui a dû lui chaparder quelque chose et qui hurle après lui un « mais ce mec est un juif, un sale français ».

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Je me retourne et lui demande à qui il s’adresse. « C’est pas pour vous », il me fait, puis il se met à courir en direction de son pote, collégien comme lui, le même qu’il venait d’insulter en le traitant de juif et de sale français. Je me rends compte de la stupidité de ma question. J’aurais dû dire "mais ça va pas non ! » Sans doute voulais-je dialoguer, faire du prêchi-prêcha, moralisant.

Bon, je découvre que dans le quartier où j’exerce ma profession, pour certains et en l’occurrence des enfants, juif n’a plus besoin d’être qualifié de sale pour être une insulte. L’antisémitisme se porte jeune, ça fait des frissons dans la conscience. Pour sale français ce que je pense est plus compliqué. Sortant de la lecture du passionnant livre de BenjaminStora, « les guerres sans fin » et finissant « Notre terre » de Matthieux Bellezi, il y a de la résonance dans l'air puisque mon collégien semblait avoir des racines algériennes.

Quant à l’alliance des deux expressions en guise d’insultes « amicales », un peu comme quelqu’un pourrait dire, il s’est barré ce con, elle me laisse pantois.

Il s’est barré ce juif, ce sale français…

Avec ces insultes quand on se brûle au lieu de dire les cinq lettres comme il se doit, on dirait : juif de juif, j’me suis brûlé ; ou bien sale français de sale français, j’en ai marre ! Je me sens le juif alors que je ne le suis pas et je me sens aussi le sale français.

Juif, sale français, c’est la communauté identifiée comme étant celle des inclus. Peu importe qu’il y ait des pauvres juifs et sales français, ils sont du clan d’en face, ceux du centre ville et de la vie facile, du fric et des gros bonnets. Juif, blanc, français de souche, c’est une sorte de Wasp hexagonale(white anglo-saxon and protestant), illusoire, haïe parce que fermée et fermée parce que haïe, perçue comme l'incarnation du pouvoir dans la société. Cette haine issue de la peur, porteuse de lourdes menaces pour l’équilibre républicain, s’appelle le communautarisme. Il rampe certes mais il est là. '

Sarkozy veut, répondre à cette montée de la violence raciale et communautariste (qui existe dans les deux sens) par la revalorisation des religions dans l’espace publique. La foi transcenderait les clivages raciaux et sociaux. Je le crois sincère (c’est peut-être encore plus grave que s’il n’y croyait pas) face à un phénomène qui effraie. C’est une sincérité qui exprime son côté révolutionnaire néo-conservateur.

Il faut se souvenir, cependant, de ce que l’on avait à peine osé prétendre en novembre 2005 dans les couloirs et bureaux capitonnés des institutions locales ou nationales à propos des émeutes :

« si les religieux pouvaient calmer les choses ».

Ou encore « ce sont les imams qui tiennent».

C’est-à-dire le versant real politique du soi-disant unanime refus de l’affrontement civilisationnel. Il n' y pas que les néo-conservateurs qui croient aux miracles.

Evidemment personne ne tenait quoi que ce soit, mais on aurait bien voulu quand même que l’ancien système, le religieux au nom du politique, prenne sa part. Si cela avait été un prêtre ou un Imam qui avait ramené le calme, on aurait pris ça sans broncher, sans pousser des cris d’orfraie, content du retour à la paix civile. On se rappelle que nous avons eu l’état d’urgence du 1erministre Dominique de Villepin dont on ne sut trop s’il avait provoqué le reflux de la violence ou s’il l’avait suivi. Les religieux et les politiques n’avaient pas grand pouvoir dans cette affaire et quant à la foi en l'éternité, les seuls paradis dont ils devaient être question chez les émeutiers devaient n’être qu’artificiels pour une large part. Un ami américain (et républicain !) de passage à Paris à cette époque, m’avait dit :« vous français, votre problème c’est comme la marche des droits civiques chez nous dans les années soixante. » Plutôt que de religieux parlons droits et égalité des droits. Agissons en politique et impulsons la représentation de la diversité citoyenne.

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Intégrons le fait communautaire.

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Juif et français comme insultes, ça mérite peut-être qu’on entende ce conseil de l’ami américain.

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