Retraite

Retraite, à vrai dire je crois que le mot m’indispose même s’il rassure puisque il se pose entre nous et la mort.

Retraite, à vrai dire je crois que le mot m’indispose même s’il rassure puisque il se pose entre nous et la mort.

C’est sa fonction symbolique à ce mot : s’intercaler entre la fin définitive du délire d’immortalité et une fin de quelque chose d’autre qui serait celle de la vie dite active. Toucher à la retraite, c’est comme si on avançait la mort d’un cran supplémentaire. Avant on arrêtait de travailler et on mourrait vite. Là, maintenant, dans notre monde avec plein de mondes comme nos mains ont plein de doigts, si le travail s’arrête on ne meurt pas. Mais si l’on retarde la retraite, on fait tomber un rempart de sable face à la mort qui monte à la vitesse d’un cheval au galop comme la mer au Mont Saint Michel. Si on touche aux soixante ans de 81, on touche à la Vie et le montant des pensions n’y changera rien. Le travail apparaît comme tellement chiant, tellement stressant, tellement ensablement, isolement... On en meurt parfois. Toucher au soixante ans, c’est comme interdire un antidépresseur ou un bon coup de rouge qui vous fait oublier le train-train dont on pense crever au quotidien. C’est toucher à une sorte de paradis artificiel, un purgatoire "local confort" avant l’au-delà.

 

Si on touche à la retraite on touche aux souvenirs d’enfance de ceux qui ont eu la chance de connaître les vacances à la neige. On touche à la retraite aux flambeaux unis en un même trait lumineux qui serpente dans la nuit sur la blancheur noire de la montagne invisible. On touche aussi à l’enfance des cathos. Le retraite avant la communion, avant la confirmation, avant toute chose. On touche aux jeux de billes, à tous ce que le monde d’hier avait de sécurisant entre église, école publique, gaullisme, communisme et mairie blanche comme neige.

 

Touche pas à ma retraite a fait suite au triste et fascisant « touche pas à ma nation » à propos des Rom’s, comme un écho de gauche au « touche pas à mon peuple »du FN. C’est un peu un progrès quand même…

 

Le mouvement contre la réforme des retraites est un drôle de mouvement empêtré dans de nombreux regrets du passé.

Bien plus qu’un mouvement, un piétinement.

« Le passé (...) n’est pas si fugace, il reste sur place. » Marcel Proust

 

 

 

 

 

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