Émilie, 31 ans, maman d' une petite fille trisomique, a mis fin à ses jours

un dimanche de ce mois de juillet, Émilie, 31 ans, maman de deux enfants de 6 et 8 ans, dont une petite fille trisomique, a mis fin à ses jours. d’un côté une femme, un être humain, seule avec ses deux enfants. de l’autre une administration sans l’humanité qui protège de la barbarie.

un dimanche de ce mois de juillet, Émilie, 31 ans, maman de deux enfants de 6 et 8 ans, dont une petite fille trisomique, a mis fin à ses jours.

d’un côté une femme, un être humain,  seule avec ses deux enfants.

de l’autre une administration sans l’humanité qui protège de la barbarie. 

cette femme ne demandait que son Droit et non une faveur ou un privilège. Ce Droit est celui qui figure dans La Déclaration universelle des droits de l'homme

Article 25 

1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. 

2. La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.

mais elle est morte d’épuisement dans un monde où mettre chacun à l’abri de l’arbitraire se devait être une conquête du monde moderne. Probablement, sans le vouloir elle a mis à nu la véritable nature de ce monde.

Delphine Tonnerre, journaliste à la Voix du Nord dans un article daté du 9 juillet donne des chiffres précis: « Concrètement, cela faisait passer ses ressources de 1 125 euros d’allocations françaises à... 398 euros »

elle aurait dû toucher 1125€ de la CAF qui a refusé de lui verser cette allocation. Le père de ses enfants, qui a abandonné sa famille, étant belge, c’est la Belgique qui selon d’obscures règlements, devait assurer cette allocation.

Prévenu de la situation catastrophique de cette famille habitant en France, la CAF n’a pas eu l’humanité de régler la situation.

Pour toute réponse au drame la CAF du Nord, laconique, est arrivée par mail : « Vous venez de nous apprendre le décès de Madame L. dans de tragiques circonstances. La CAF du Nord s’associe à la douleur de la famille. Son dossier a fait l’objet d’une régularisation conforme au droit commun. Pour des raisons de confidentialité, nous ne pouvons vous communiquer les éléments du dossier . » 

Quant au directeur de la Caisse nationale des allocations familiales, il exprime son émotion : « La CAF n’a fait hélas qu’appliquer la réglementation pour les couples transfrontaliers. Elle a essayé aussi de faire bénéficier Émilie de l’allocation de soutien familial. Mais, là aussi, la réglementation est complexe pour les transfrontaliers. » (selon La Voix du Nord) 

deux réponses qui ressemblent à des formulaires administratifs!

La CAF du nord parle de « droit commun », il faut n’avoir aucune notion de la différence entre le droit, la loi et un règlement pour écrire une telle nullité. Victor Hugo a parfaitement défini la différence entre le droit et la loi (Le droit se meut dans le juste, la loi dans le possible. De leur accord nait l'ordre, de leur antagonisme naissent les catastrophes.

Si la loi découle du droit, souvent l'effet désobéit à la cause, la pratique contredit la règle.

Il ne faut pas confondre le droit et sa caricature légaliste.

Le droit: la liberté, la paix, rien d'irrévocable, rien d'irréparable, l'instruction

La loi: l'échafaud, la guerre, les techniques irréversibles, l’ignorance).

le 21 juillet, le directeur de la CAF du Nord tente de se justifier. Le directeur de la CAF ne met pas ces chiffres en cause et se contente d’une très vague approximation:  « des allocations qui oscillaient entre 1 200 et 1 500 € » 

autre bizarrerie: il est fait référence à  « trentaine de contacts » entre la CAF et Émilie L. de janvier à juin » soit un contact par semaine, alors qu’il n’y aurait pas eu de rupture de prestations qui « oscillaient entre 1 200 et 1 500 € ». Peu crédible.

Mon expérience me pousse à penser que les services de la CAF ont demandé la restitution de ce qu’ils considéraient comme un trop perçu. Ils ne s’embarrassent pas de considérations humanistes, le règlement c’est le règlement.

D’ailleurs la fin de l’article est quasiment un aveu:  « Pour l’avenir, la CAF réfléchit à la manière d’accompagner au mieux « les personnes en grande difficulté sociale » lors d’un trop-perçu. »

J’ai demandé au journaliste qu’il demande des précisions au directeur, bien sur, j’en ai l’habitude, le journaliste n’a même pas pris la peine d’accuser réception de ma demande.

Je demandais le détail des sommes versées de janvier à juin 2016 et l’assurance qu’aucun remboursement n’a été demandé.

Ces directeurs, se comportent en auxiliaires dociles, complices d’un monde injuste et mensonger. Si chacun était un « honnête homme c’est à dire doué d'intelligence, mais aussi de courage et de générosité » il aurait compris qu’obéir c’est aussi consentir au mal par omission, que chacun doit rester responsable de ses actes et ne doit pas se prévaloir du « bouclier de la loi » pour échapper aux conséquences de ses décisions. Son métier est il de penser ou d’appliquer?

Hannah Arendt quand elle définit « la banalité du mal » résume bien la situation: « un exécutant, lorsqu’il se comporte simplement en exécutant peut devenir un homme dangereux ».

On peut encore citer Victor Hugo: « Veulent ils faire le mal? Non ils se trompent et ils trompent. Ils croient avoir la vérité et ils mentent au service de la vérité. De là tant de lois et d'actes aveuglément féroces. Ils forment plus une cohue qu'une assemblée »

Certes si le directeur accepte de jouer le factotum, il n’est pas le responsable direct du manque de moyens criant des administrations. Tout vient de choix politiques au plus haut niveau. Au nom de la compétitivité, de la concurrence prétendument « libre et non faussée » depuis 10 ans les services publics sont massacrés. Au cours de ce mois, l’argent du foot a écrasé notre pays, des centaines de millions au frais des contribuables ont financé des stades aux pelouses incertaines, l’UEFA a obtenu de déroger à la règle républicaine, mais le « droit commun » a condamné cette femme.

Moins du dixième du salaire du figaro du président aurait suffi pour assurer une vie très modeste à cette famille, mais il n’y a rien à redire du barbier de Hollande qui, lui même, ne fera aucun commentaire sur le cas de cette femme et pourtant c’est bien sa politique, ses renoncements qui ont entrainé ce drame.

Quand je pense que ces deux EPAV (Elus Politiciens A Vie) ambitionnent de se représenter en 2017, cela dépasse l’entendement. N’aurons nous le choix qu’entre des incompétents? Les EPAV à la casse!

Si je m’emporte contre l’administration c’est que, dans une situation bien moins dramatique, j’ai eu à subir ses errements J’ai une fille handicapée IMC (Infirme moteur cérébrale) à 80% qui dépend de la MDPH. De façon régulière il faut renouveler son dossier, selon la loi il faut présenter le dossier de renouvellement 6 mois avant. La décision précédente s’arrêtait le 31 janvier 2013. Par précaution j’ai présenté le dossier le 22 mai 2012. J’ai pris la précaution de faire lire le dossier par deux personnels de la MDPH de Lille. « Votre dossier est complet ». Par deux fois un courrier me précise que le dossier est incomplet (une habitude des services administratifs semble t il pour retarder le traitement des dossiers) , je me rends à la MDPH, tout est complet, parait il. On me précise que la date de dépôt initial vaut date officielle. OUF! Début Février 2013, ma fille s’est retrouvée sans ressources et même avec une demande de remboursement! D’un coté la MDPH ne respecte pas la loi en ne traitant pas les dossiers dans les délais légaux, de l’autre la CAF, doigt sur la couture du pantalon applique la loi: pas de régularisation de la MDPH, plus de ressources. Vous êtes handicapés, rien à foutre démerdez vous! 

le 28 Février 2013, une lettre au  Président du Conseil Général du Nord, Monsieur Kanner, intitulée « Quand l'administratif prend le pas sur l’Humain »  a reçu une réponse genre « formulaire administratif » 

 

Il a fallu attendre 14 mois pour que le problème ne se règle. Plus de 6 mois sans ressources au nom du « droit commun ».

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