Rapport gaz de schiste: l'indécence d'une caste

La lecture de ce pré rapport montre le parti pris des rapporteurs dont l’essentiel consiste à justifier que l’on continue les essais en vue d’une exploitation, tout est fait pour minimiser les risques, l’emploi de certains termes est assez démonstratif.

Extrait (page 22): «Les risques pour l’homme ou l’environnement qui s’attachent à l’usage de ces produits peuvent être relativisés : ces produits sont destinés à être introduits dans un milieu situé à 2000 mètres de la surface et déjà fortement imprégné d’hydrocarbures. C’est seulement en cas d’incident qu’ils peuvent entrer en contact avec des milieux fragiles à protéger.»

On parle d’incident et non d’accident.

Extrait (page 15): «Appliquer le principe de précaution ne peut consister à refuser toute exploration, mais signifie s’entourer de toutes les technologies existantes et matures pour diminuer au maximum tous les risques imaginables avant de décider.»

Alors que les experts ont montré leur incapacité d’imaginer les risques en Vendée ou au Japon, comment peut on balayer d’un revers de la main le principe de précaution qui s’applique ici, l’irréversibilité (tout au moins à l’échelle d’une génération), d’atteintes à l’environnement et à la santé difficilement niables.

Page 26 on trouve cet aveu: «On peut craindre que la fracturation hydraulique engendre ou active des failles ou des fissures telles que le fluide de fracturation ait la possibilité de migrer vers des nappes d’eau souterraines. La mission constate tout d’abord que le phénomène de propagation des fissures est mal connu des scientifiques.»

Extrait (page 24): «Les expériences de l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère en Amérique du nord démontrent que ces craintes ne sont pas toujours infondées.»

Qu’en termes galants ces choses là sont dites, plus doux que: ces craintes peuvent être fondées

Extrait (page 38): « Un permis exclusif de recherches d'hydrocarbures liquides ou gazeux, dit « permis de Nant », a été accordé en 2010 à la société Schuepbach Energy LLC. Il apparaît qu’une zone incluse dans cette autorisation recoupe une partie du « cœur » du parc national des Cévennes (PNC).

« Ce permis a été octroyé sans préjuger des dispositions combinées des articles L. 331-1 et L. 331-4-1 du code de l’environnement, des articles 9, 79 et 119-1 du code minier16 et de l’article 1er du décret en Conseil d'État n°2009-1677 relatif au parc national des Cévennes, qui conduisent à prohiber toute recherche par forage dans le cœur du parc national17.)

Quelle pudeur de ne pas indiquer l’origine de ce permis exclusif visiblement illégal

Extrait (page 52): «Toutefois, l’intérêt que portent à notre pays les grands opérateurs pétroliers et gaziers et les compagnies nord-américaines spécialisées dans l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère, ainsi que les investissements qu’ils se proposent de consentir, attestent de l’ampleur du potentiel.»

N’y a t il pas une certaine impudeur à juger l’intérêt général à l’aulne de l’intérêt très particulier d’un capitalisme représenté par des Sociétés Anonymes (à Irresponsabilité Illimitée).

Extrait (page 54): «Enfin, dans deux ou trois ans, l'expérience acquise, aussi bien dans notre pays qu'en Europe et en Amérique du Nord, permettra de prendre des décisions rationnelles sur l'opportunité d'une exploitation de gaz et huiles de roche-mère en France.»

C’est à la limite de la malhonnêteté intellectuelle d’affirmer que dans un domaine où il y a tant d’inconnues, il soit envisageable de prédire l’avenir.

Extrait (page 14):« quels principes peuvent guider la France dans sa décision d’autoriser ou non d’exploiter ses gaz et huiles de roche-mère éventuellement économiquement et environnementalement exploitables » ?

Cet extrait est représentatif de ce qui sépare ceux qui se croient autorisés à parler au nom de la France et ceux qui préfèreraient que ce soient les citoyens qui décident, et ce d’autant plus que transparaît dans ce rapport le poids des intérêts privés.

comment peut on confier l'avenir de nos enfants à ceux qui par le monde ont montré leur incompétence et justifié la dissémination de technologies dont un petit nombre trouve un énorme profit et l'ensemble de l'Humanité en paye le prix.

Ceux qui n'ont pas été capable d'anticiper la catastrophe de Vendée, ceux qui ont conclu à l'impossibilité de la destruction des centrales japonaises...voudraient aujourd'hui, avec une malhonnêteté intellectuelle manifeste, par des affirmations plus proche de la voyance que de la science, confier à des barbares pilleurs de la planète une éventuelle ressource qui devrait être déclarée bien commun de l'Humanité. Cette ressource inexploitable dans les conditions actuelles de la technologie, le sera peut être un jour dans un délai non chiffrable, mais dans tout les cas c'est une décision d'intérêt général et pas d'intérêts particuliers.

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