discrimination des personnes handicapés avec un chien d'assistance

une altercation entre Mathilde en fauteuil roulant accompagnée de son chien d'assistance et un commerçant refusant l'accès du chien. un policier dépassé ne connaissant pas la loi Madame Chazel d'un gouvernement responsable de la situation, met de l'huile sur le feu


Lettre ouverte #castres #handicap Les faits... - Mobilisation Nationale Handicap | ...

Mobilisation Nationale Handicap

19 aout, à 16:00 ·

Lettre ouverte

#castres #handicap Les faits

Tout part d’un fait divers, d’une dispute, où chacun pense être dans son droit et s’excède de la non compréhension de l’autre. Un fait divers comme il en existe des centaines, chaque jour.

Le vendredi 14 aout, à Castres, dans le commerce « Les Saveurs du Temps » un différent éclate : les gérants de la boutique ne veulent pas laisser entrer Mathilde, en situation de handicap, accompagné de son chien d’assistance. Un agent de police est présent, il semble passif face à la violence de la situation. Mathilde insiste mais fait face à l’intransigeance des commerçants, sous le regard sidéré des passants.

Un proche de Mathilde filme la scène, la jeune fille la publie ensuite sur un réseau social. Les mots sont durs, violents. En 24h la vidéo obtient plus de 2 millions de vues, les organisations de défense des droits des personnes handicapées s'insurgent (qui ne le ferait pas ?). Le lynchage devient national.

Castraise et militante, Coordinatrice régionale et nationale de MNH (Mobilisation Nationale Handicap), je me sens le devoir de recueillir les faits, dans le seul but de comprendre, sans juger.

Le mardi, à l’ouverture, je me rends aux « Saveurs du Temps » afin de dialoguer avec les gérants. Ils me relatent la situation. Mathilde veut entrer dans le magasin avec son chien, le gérant refuse, stipulant la loi interdisant les chiens d’assistance dans les commerces manipulant des denrées alimentaires pour des questions d’hygiène, il lui propose des alternatives (s’occuper du chien dehors pendant qu’elle peut rentrer, la servir dehors...). Mathilde est excédée, elle reste devant la boutique, bloque la porte, crie, empêche les autres clients de rentrer dans le commerce. La scène dure plus d’une heure, la vidéo qui les accable une vingtaine de secondes. Les gérants sont complètement dépassés par l’ampleur d’un simple différent, ils n’ont pas dormi de la nuit. Un simple fait divers se transforme en déferlement de haine contre leur commerce, eux qui ont déjà eu tant de mal a se remettre des conséquences économiques du confinement.

L’agent de la Police présent lors des faits est en vacances, je ne peux donc pas m’entretenir avec lui. Lorsque je parviens à joindre le commissariat, personne ne semble savoir de quoi il s’agit et tout le monde semble ignorer la loi spécifique à cette situation. Je suis sidérée, non pas de leur responsabilité, mais des conséquences, une fois de plus, du manque de formation que les syndicats de police réclament pourtant, à juste titre, depuis des années. Un policier formé et correctement accompagné par l’Etat aurait été a même de gérer cette situation, il n'aurait pas été livré à lui même dans cette situation difficile, mis injustement en défaut, démuni face à ce conflit qui aurait pu rapidement prendre fin, puisque il n y avait pas, en réalité, à discuter : il faut appliquer la loi et la police représentant l’autorité le permet. Il n y aurait pas eu de mots violents envers Mathilde, il n’y aurait pas eu de vidéo, il n’y aurait pas eu de lynchage, il n’y aurait pas eu de plaintes déposées des deux côtés, il y aurait simplement eu un policier capable, armé pour répondre à l’objectif premier de la police. Si l’Etat écoutait les revendications des syndicats policiers en leur offrant la possibilité d’être efficaces, leur rendant la juste valorisation de leur fonction, rien de tout ça n’aurait eu lieu. Défaut de formation encore et toujours...

Plus tard, je contacte Mathilde. Mathilde a peur et est, elle aussi, complètement dépassée par l’ampleur de sa vidéo. Le vendredi, elle se trouve face à une énième discrimination, celle de trop. Cette fois, elle ne lâchera pas, elle connait la loi, la montre au gérant comme pour se justifier, une fois de plus. Elle reste devant la boutique. Si on lui refuse l’entrée à elle, pourquoi les autres auraient ils le droit d’entrer ? C’est tombé sur ce magasin, ça aurait pu être sur celui d’avant ou celui d’après. Les violences sociétales et institutionnelles sont perpétuelles quand nous sommes en situation de handicap et elles sont invisibles, elles passent inaperçues. Le jour ou on refuse qu’elles continuent, la violence de la victime devient alors visible, parce qu’elle ose s’exprimer. La discrimination devient visible quand elle ne s’efface pas. Ce fût le cas cette fois ci.

Pourquoi Mathilde fait elle un tel scandale ? Pourquoi refuse t-elle d’être servie en extérieur ? L’acceptation

de solutions alternatives est la base même d’une discrimination et du non respect de la loi. Mon analyse

Les événements sont vécus par Mathilde avec un insupportable sentiment d’injustice face à un droit bafoué. Sentiment d’injustice doublé d’une humiliation publique cuisante liée au refus d’entrée dans l’établissement qui lui est opposé et à l’extrémité où elle se trouve acculée de se donner publiquement en spectacle.

Du point de vue d’une partie des témoins de l’incident, Mathilde, n’outrepasse-t-elle pas ses droits en « profitant » de son handicap ?

Une autre partie de ces témoins voient au contraire dans le refus du commerçant un abus de pouvoir exercé sur une personne faible (de celles dont les autorités répètent à l’envie qu’elles doivent être protégées) et un acte moralement scandaleux .

Posons-nous la question de savoir pourquoi Mathilde est amenée à livrer ces images humiliantes d’elle même sur les réseaux sociaux. Pourquoi, vivant dans un état de droit, elle ne s’en remet pas à la justice ? Comment, tout simplement, une telle situation a pu être possible ?

En 2020, « on » doit accepter l’inacceptable et c’est comme ça qu’ « on » considère normal, par exemple, qu'un enfant handicapé se trouve scolarisé 3 heures par semaine, parce que cette solution alternative permet de ne pas bousculer la routine d’une vie sociale ordinaire ou la victime se résigne.

Ce fait divers est le reflet de ce que vivent des millions de personnes handicapées tous les jours : la violence quotidienne du refus, la méconnaissance des lois de notre propre pays, l’incompréhension de la situation de l’autre, le besoin de devoir se justifier, chaque jour.

Madame Cluzel, secrétaire d’état chargée des personnes handicapées, vient crier au scandale dans un Tweet. Elle parle d’humiliation honteuse et de bêtise sans nom. Mais qui en est réellement responsable? Quel est le fond du problème? Qui est le véritable coupable ? Non seulement l’Etat abandonne les citoyens à leur confusion mais en plus jette de l’huile sur le feu. C’est tellement plus facile de faire reposer sur les épaules de deux commerçants les 50 ans de retard de la France en matière d’inclusion, desquels elle est bien plus responsable que les deux personnes qu’elle accuse lâchement.

Si « nul n’est censé ignorer la loi », les autorités ne sont pas pour autant affranchies d’un devoir d’information et de formation des citoyens sur le handicap et sur les lois qui le régissent, lois que tout un chacun doit être amené à respecter scrupuleusement en permanence et en tous lieux.

Plus particulièrement, ce devoir doit strictement s’appliquer à ceux qui, dans l’exercice de leurs activités, sont amenés au quotidien à intégrer à leurs décisions et à leurs actions les droits des personnes porteuses de handicap, que ces acteurs relèvent du domaine privé (tel notre commerçant) ou du champ régalien (tels les policiers confrontés à la gestion de cet incident).

Il ne suffit pas, en effet, qu’une loi soit annoncée et publiée pour que les autorités aient rempli leur devoir. Encore faut-il – au-delà des déclarations médiatiques généreuses et des textes législatifs copieusement promulgués – que celles-ci en évaluent ensuite et en garantissent ensuite la pleine concrétisation.

Je vous en prie, ne jouez pas le jeu de la division valides / handicapés. Ne vous trompez pas de cible, ne vous méprenez pas sur le coupable. Le responsable est celui qui ne fait pas respecter ses propres lois et s’insurgent quand deux commerçants castrais dérapent. Les responsable est celui qui laissent des adultes et des enfants dans des situation précaires, être traités illégalement, avec violence, dans ses institutions.

MNH prend parti, il prend le parti de défendre les droits des personnes en situation de handicap, des plus faibles, sans se laisser prendre au jeux des émotions, celles qui manipulent et nous font oublier le fond du problème. Celles dont se saisissent volontiers les opportunistes, en s’emparant d’un cas particulier nous empêchant de voir le problème global.

Rendons hommage à Mathilde, a tous les autres, à toutes les situations injustes, celles de tous les jours, qui nous concernent TOUS, valides et non valides. Faisons en sorte que ce cas devienne « jurisprudence » qu’il soit l’arbre qu'on escalade ensemble, pour que tous puissent enfin voir la forêt.

Ce soir, tout le monde a peur. Mathilde a peur de la plainte contre elle, les gérants ont peur de perdre leur commerce, les policiers ont peur d’être mis à mal.Les politiques eux dormiront paisiblement.

Anouck Houbron pour MNH

 

MNH soutiendra prochainement Mathilde lors d’une mobilisation pour le respect des lois spécifiques aux personnes en situation de handicap.

Parce qu’un droit, ce n’est pas une faveur.

 

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